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Choix du prénom

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Schlomy13
Messages: 2
Bonjour,

Ma femme est enceinte et devrait accoucher b"h dans les jours à venir. Nous sommes en pleine réflexion sur le prenom à donner à notre enfant, dont nous ne connaissons pas le sexe, et j'aurais voulu savoir quelles sont les règles à respecter pour le choisir. J'ai entendu beaucoup de choses à ce sujet mais malheureusement rien de cour ou précis

Merci pour votre aide.


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Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7284
Pour faire court et précis:

Les prénoms à éviter sont ceux qui comportent une connotation négative: soit de par leur sens (en français ou selon la traduction), soit ceux qui ont été portés par un impie notoire (de telle sorte que le prénom fasse penser à cet impie, même s'il y a pu y avoir d'autres personnes portant le même prénom).


Pour faire un peu moins court:

Des exemples: Haman, Nabuchodonosor, San'heriv (voir Midrash Beréshit Raba §49, 1) , certains veulent y ajouter Adolphe, mais c'est -à mes yeux- difficile car nous connaissons aussi de bons Adolphe (je laisse chacun avec son opinion sur Adolphe Crémieux), c'est pourquoi je pense qu'on ne devrait pas pouvoir inclure ce prénom dans la "liste noire" des noms de reshaïm (voir Gmara Yoma 38b) et il devrait être accepté de nommer son fils Adolphe (bien que ce soit plutôt un prénom du XIXème siècle).
Peut-être que dans quelques décennies ou siècles, si nous ne connaissons pas un seul Adolphe se distinguant par sa bonté, ce prénom entrera définitivement dans cette catégorie, car il fera automatiquement référence à un impie notoire.

Il y a aussi des prénoms qui comportent les deux problèmes, le sens et le fait de faire référence à un rasha, comme le prénom Nimrod.

Le Sefer 'Hassidim (§1102) interdit de nommer son enfant du nom d'une personne excommuniée, ça va un peu dans le même sens.
On ne pourra pas interdire les prénoms de tous les excommuniés -comme Eliezer (Rabbi), Baroukh (Spinoza), Ouriel (Da Costa), Shabtay (Tsvi), Yaakov (Frank)..., mais je pense que cela peut s'appliquer pour les "récents excommuniés".

Quant à l'obligation [dont vous avez dû entendre parler] de nommer son enfant par un prénom biblique/juif/hébraïque/etc. , je sais que c'est très répandu, mais c'est faux.
Voyez ce que j'écris ici:
http://www.techouvot.com/prenom_en_hebreu-vt17478.html

et aussi ce que j'écris ici:
http://www.techouvot.com/ici-vp42724.html
dans mon message du 15 aout 2014.

Bien sûr, si le port d'un prénom biblique pourrait encourager l'enfant à se diriger vers de bonnes midot, il ne faudra pas négliger cette motivation.

Ceci étant dit, il existe aussi une idée selon laquelle il ne faudrait pas nommer son enfant du nom d'une personne qui aurait vécu avant Avraham le patriarche.
Mais cette idée n'a rien de Talmudique ni d'halakhique au sens strict du terme.

Voyez ce que j'en dis ici:
http://www.techouvot.com/choix_du_prenom_adam-vt17992.html

Concernant les prénoms androgynes ou épicènes, ils ne sont pas à écarter, voyez ceci:
http://www.techouvot.com/prenom_gabriel_gabrielle-vt15961.html
(voyez cependant le Divrei malkiel III, §75)

Pour ce qui est de nommer un enfant comme l'un de ses parents, voyez ici:
http://www.techouvot.com/meme_prenom_que_son_pere-vt14165.html
(cependant voyez aussi le Sefer 'Hassidim §460 et la note du 'Hida dans Brit Olam sur place. )

On a l'habitude de ne pas nommer deux frères ou sœurs du même prénom (cf. Divrei malkiel III, §75 et Pit'hei Tshouva Y"D §116, sk.6)

Encore un point: on ne nomme pas un enfant au nom d'une personne décédée trop jeune ou de manière accidentelle.
Si on le souhaite, on donnera le prénom en lui adjoignant un second prénom, ou en le déformant légèrement.

Enfin, on évitera aussi les Christian, Christine et Cie qui donnent l'impression d'une adhésion à une autre religion. Mais je ne crois pas qu'il y ait réellement une opposition halakhique stricte à cette famille de prénoms.
(Il y a par exemple des Jésus -en hébreu Yeshoua)
Schlomy13
Messages: 2
Merci pour votre diligence et la clarté de votre réponse.

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Torah123
Messages: 126
Bonjour Rav,

Qu'en est-il du prénom Shekhem ? En effet, on sait que le personnage n'est pas glorieux (bien Racha' même) comme mentionné dans l'histoire avec Dina (Bérechit 34). Et pourtant, ce prénom a été donné à un descendant de Ménashé, cf. Bamidbar (26,31) !
J'imagine que l'on pourrait répondre qu'il y avait plusieurs Shekhem dans le coin, et donc le prénom n'est pas 100% condamné. Mais quand bien même, il aurait du être interdit de le donner dans la famille (bien qu'eloignée) de Dina...

Merci à vous :)
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7284
Citation:
Qu'en est-il du prénom Shekhem ? En effet, on sait que le personnage n'est pas glorieux (bien Racha' même) comme mentionné dans l'histoire avec Dina (Bérechit 34). Et pourtant, ce prénom a été donné à un descendant de Ménashé, cf. Bamidbar (26,31) !
J'imagine que l'on pourrait répondre qu'il y avait plusieurs Shekhem dans le coin, et donc le prénom n'est pas 100% condamné. Mais quand bien même, il aurait du être interdit de le donner dans la famille (bien qu'eloignée) de Dina...

C’est une question sfarade 😊.
Le vilain dans Beréshit (34,2) c’est Shkhem (ou si vous voulez Shekhem), alors que le descendant de Menashé (Bamidbar 26,31) c’est Shékhem (idem dans Divrei Hayamim I,7,19). C-à-d avec un ségol (et non un sheva) sous le Shin.

Les Sfaradim n’y font pas attention car ils prononcent souvent le sheva comme un ségol, et diront par exemple « les béné israel » au lieu de dire « les bnei israel » (ou benei, ou bné, mais pas bénei). Du coup, le vilain Shkhem (agresseur de Dina) est appelé Shékhem, mais c’est une erreur.
Torah123
Messages: 126
C'est une réponse ashkénaze 😅
Merci Rav pour votre réponse ! Cependant pourquoi il faudrait considérer que le Chéva Na' se prononce "eu" comme les ashkénazim et non "é" comme les Sefaradim ?
Et, quand bien même ce serait le cas, je trouve cela toujours aussi dérangeant... En effet, les prénoms Shékem et Sheukhem (ou autres..) sont quasiment similaires !
On sait tous que le prénom 'Essav n'est pas à donner à ses enfants (car Racha') et celui qui appelerait son fils 'Èssav (avec un accent grave) serait quelque peu ridicule à argumenter que ce n'est pas exactement le même nom :)

Merci beaucoup !!
DMU
Messages: 3
Pourquoi est ce une erreur de prononcer Shékhem (ben hamor) ?
Le shva au début d'un mot, il est prononcé (שווא נע).
Mais bien sûr qu'il y a une différence dans le prononciation des deux
Shekhem, dans l'accent tonique.
Le fils de Hamor, c'est Miléél, le descendant de Menaché, c'est Milera
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7284
A Torah123:

Citation:
C'est une réponse ashkénaze 😅
Merci Rav de votre réponse ! Cependant pourquoi il faudrait considérer que le Chéva Na' se prononce "eu" comme les ashkénazim et non "é" comme les Sefaradim ?


Je précise que lire « euuuh » n’est pas « ashkenaze » mais « Yekke ».
Et encore, il s’agit des Yekkes français.
Pour les autres ashknazim c’est un « e » à la différence des Sfaradim qui en font un « é ».

J’avoue que le son « euuuh » très français semble peu probable, mais le « é » (très sfarade) est impossible, si la lecture du Sheva ne se distinguait pas de celle du Tseirei, à quoi bon créer deux sigles distincts ?
La même question sera encore aggravée si le Ségol produit le même son. Qui serait le farfelu qui serait allé inventer trois sigles différents pour rendre le même son ?

Le son « e » étant plus facilement retrouvé dans les langues de pays ashkenazes, il a été maintenu, ce qui n’a pas été le cas dans les pays sfarades. C’est comme le son de la lettre V (Veit) qui, dans les pays arabes, se lisait comme le Beit (sans distinguer entre avec ou sans daguesh), car le V n’existe pas en arabe.

Inversement, le Dalet sans daguesh (Dalet refouya) que certains sfaradim ont réussi à préserver est une sorte de « DZ » qui ne s’apparentait à rien du tout en terres ashkenazes, du coup, il a disparu et se lit indistinctement du Dalet avec daguesh.

Il y a sept siècles, les Rishonim français écrivaient בדרש ou בדירש pour parler de la ville de Béziers, cela semble être un argument en la faveur de cette lecture du dalet refouya en « DZ » chère à Rabbi Méir Mazouz.
Toutefois, j’ai lu dans Gallia Judaïca (Paris 1897, p.96) que le nom de cette ville se disait autrefois Bédiers et Beders, du latin Bittera et Bitteris.

Ce qui repousse la preuve pour Rav Mazouz, toutefois, nous sommes malgré tout en mesure d’en déduire que ces sons (le D et le Z) sont proches et se sont intervertis même en français, ce qui nous laisse supposer une lecture du Dalet refouya (puisque בג"ד כפ"ת) proche de celle de Rav Mazouz.


Citation:
Et, quand bien même ce serait le cas, je trouve cela toujours aussi dérangeant... En effet, les prénoms Shékem et Sheukhem (ou autres..) sont quasiment similaires !
On sait tous que le prénom 'Essav n'est pas à donner à ses enfants (car Racha') et celui qui appelerait son fils 'Èssav (avec un accent grave) serait quelque peu ridicule à argumenter que ce n'est pas exactement le même nom :)

Oui, si aucun autre prénom proche n’existe, celui qui inventerait Eussav n’aurait pas gagné grand-chose car cela renvoie automatiquement à Essav.
Mais de petites subtilités peuvent avoir leur importance lorsque les deux prénoms existent.
Comme dans Shkhem et Shékhem, ou encore Avshalom et Avishalom, voyez Tosfot Yoma (38b). Voyez aussi Tosfot Guitin (11a) sur Shabtaï et Shabtaï, l’un avec un Alef et l’autre sans (שבתאי et שבתי), ça se ressemble terriblement (encore plus que Shkhem et Shékhem) et pourtant ce Alef changera tout, avec un Alef c’est un « Shem Avoda Zara » et sans Alef c’est un nom juif Kasher.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7284
A DMU :

Citation:
Pourquoi est ce une erreur de prononcer Shékhem (ben hamor) ?
Le shva au début d'un mot, il est prononcé (שווא נע).
Mais bien sûr qu'il y a une différence dans le prononciation des deux
Shekhem, dans l'accent tonique.
Le fils de Hamor, c'est Miléél, le descendant de Menaché, c'est Milera

Je ne dis pas que c’est une erreur parce que les deux שכם ne seraient pas distinguables l’un de l’autre, mais surtout parce que le שוא נע comme le שוא נח ne peut pas se prononcer comme un Tseirei (ou un Ségol), sans quoi on aurait pu le ponctuer d’un Tseirei.
Il ne peut pas y avoir deux sigles différents pour reproduire le même son. Voyez plus haut ce que je viens de répondre à Torah123.

[A part ça, pour info, concernant la distinction que vous soulignez entre l’accent tonique Miléeil ou Milera, je ne suis pas convaincu que cela puisse suffire pour s’exonérer du problème de Shem Reshaïm Yirkav dans Yoma 38b, même si l’accent tonique permettra parfois de distinguer entre deux racines.]
Torah123
Messages: 126
Je pose également la question au sujet du prénom Shevna (שבנא). On le connait comme un impie notoire (cf. Sanhédrin 26b et Rashi ad loc. (surtout la 2ème réponse de Rashi)). Et pourtant, le frère de Hillel Hazaken s'appelait ainsi (et avec le même orthographe) comme on le voit, par exemple, dans Sota 21a. Il semble que les parents d'Hillel ne s'en souciaient pas outre mesure, et plus que ça, Hillel non plus ne semblait pas avoir usé de tous les stratagêmes afin de lui changer de prénom...
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7284
Citation:
Je pose également la question au sujet du prénom Shevna (שבנא). On le connait comme un impie notoire (cf. Sanhédrin 26b et Rashi ad loc. (surtout la 2ème réponse de Rashi)). Et pourtant, le frère de Hillel Hazaken s'appelait ainsi (et avec le même orthographe) comme on le voit, par exemple, dans Sota 21a. Il semble que les parents d'Hillel ne s'en souciaient pas outre mesure, et plus que ça, Hillel non plus ne semblait pas avoir usé de tous les stratagêmes afin de lui changer de prénom...


C’est une bonne question, j’en ai parlé à quelques reprises dans mes cours (probablement ad loc. sur Sotah (21) ou sur Sanhédrin (26), mais il me semble que j’en ai parlé ailleurs avec plus de détails. Je ne sais plus où. Je crois que c’est dans le Shiour sur Avot que je donne le shabbat après-midi… si c’est le cas, il n’y a pas d’enregistrement.)

La question est intéressante et je déplore ne pas avoir accès à des Sfarim pour vous répondre plus en détails, mais disons au moins ceci :
Les Rishonim ont bien entendu été dérangés par cette question, déjà les Tosfot (Yoma 38b) écrivent qu’il faut corriger la version dans la Gmara et le nom du frère de Hillel était שכנא (avec un khaf) et non שבנא (avec un veit).

Une autre réponse (citée elle aussi dans ce Tosfot) consiste à dire qu’il y avait deux Shevna et l’un d’eux était un Tsadik.
Du coup, le prénom n’a pas à être rejeté si l’on nomme l’enfant au nom du Tsadik (il y a bien eu des Reshaïm prénommés Moshé ou Avraham…).

[Je souligne au passage un point étrange : ce texte du Tosfot (dans la première réponse) dit qu’il faut corriger la version dans le premier chapitre de Shabbat (daf 12b) lorsqu’on parle de Hillel et Shevna (שבנא) en mettant un khaf au lieu du veit (שכנא).

Ce qui est bizarre c’est que dans Shabbat (12b) on parle certes d’un Shevna, mais pas de « Hillel et Shevna », il s’agit de « Shevna Ish Yeroushalayim », le Tosfot aurait mieux fait d’indiquer Sotah que Shabbat.
Il se peut que l’auteur du Tosfot se soit embrouillé entre ces deux textes de Gmara qui mentionnent Shevna et ait écrit de mémoire.]

On pourrait aussi, sans changer la Guirsa, imaginer une ponctuation différente, par exemple s’appeler Shavna ou Shovna n’est pas comme Shevna (-cf. Tosfot Ktouvot 104b et Yoma 38b qui distinguent entre Avshalom et Avishalom. Dans le même esprit, on peut souligner une distinction de prononciation quand bien même ne porterait-elle pas à conséquence au niveau de la Guematria 😊).

Il y a dans le Tosfot Meguila (10b), pour répondre au même problème, une précision de Nikoud entre Efron et Ofran (bien qu’il faille déplacer le Vav ajouté dans le Shas pour indiquer le ‘Holam).

Il y aura de nombreux prénoms que l’on rencontre dans le Talmud qui vont nécessiter ce type de réponses, comme R. Youda bar Titus (Yeroushalmi Avoda Zara II,3) et d’autres.
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