Citation:
Dans le même ordre d'idée, cela se fait-il de dire "Tsom Kal" ? Selon moi, cela donne une impression de négliger et de mépriser le jeûne, non seulement en réduisant le Takhlit du jeûne à "ne pas manger !". Mais aussi, en ésperant que cela ne soit pas trop dur, et qu'on puisse s'en débarasser...
Effectivement, certains souhaitent pour cette raison « Tsom Moïl ».
Néanmoins je ne suis pas convaincu de la « réduction » dont vous parlez.
Je m’explique : Il faut tout d’abord constater que si l’on se souhaite des tas de choses depuis toujours, comme un bon shabbat ou un bon Yom Tov ou un bon mazal etc. nos ancêtres ne se souhaitaient pas « tsom kal » (ni « bon jeûne »). Ce n’est pas anodin.
L’origine du souhait « tsom kal » (qui est très récent) est à mettre en relation, je pense, avec la réalité du XXème siècle où les Taaniot sont devenus beaucoup plus durs et pénibles pour bon nombre de personnes.
Plusieurs Rabanim ont parlé de « Yarda ‘houlsha Laolam » depuis la seconde guerre mondiale, d’autres ont dit que la génération est physiquement affaiblie, ou autres formulations qui reviennent plus ou moins au même. Il semble indéniable que la masse des juifs avait beaucoup plus de facilité à jeûner il y a un ou deux siècles.
D’autres « nouvelles halakhot » indépendantes des Taaniot mais liées sur ce point ont vu le jour, comme l’autorisation de manger ou boire, et même du sucré si nécessaire (ou pour certains même du pain !), avant la Tfila le matin « pour avoir les forces de prier ».
Je pense qu’à part une éventuelle nouvelle faiblesse des corps depuis le XXème siècle, il y a aussi (ou peut-être est-ce, si ce n’est la même chose, intimement lié) l’abondance qui fait que nous mangeons tous les jours à notre faim (b’’h) et ne sommes pas tellement habitués aux privations.
Plus encore, nous nous sommes habitués à manger même sans avoir réellement faim, un petit chocolat, une glace, etc. ce qui rend les Taaniot encore un peu plus difficiles.
Bien entendu, certains jeûnent encore comme nos ancêtres, avec une relative facilité, mais il y a beaucoup plus de personnes qu’avant qui sont très affaiblies par un Taanit.
D’où les nouvelles shitot chez Brisk dispensant ceux qui étudient toute la journée de jeûner (sauf pour le 9 av et YK) car la perte de limoud inhérente à la faiblesse du Taanit est plus grave que le Taanit lui-même.
Pourquoi personne n’y avait pensé (à grande échelle) il y a 300 ou 400 ans ?... CQFD.
Ce qui signifie qu’en fait, de nos jours, pour beaucoup de nos contemporains, jeûner est effectivement plus difficile que pour nos ancêtres. Voilà qui explique l’apparition de ce souhait (« tsom kal ») et qui le justifie un peu : en effet, le but du jeûne est de faire Tshouva, et il arrive souvent que l’on soit tellement affaibli par le jeûne que cette Tshouva s’en trouve amoindrie. (Si l’on pouvait par exemple ne pas manger mais autoriser à boire, on imaginerait plus facilement une Tshouva.)
Du coup, en souhaitant Tsom kal, on se souhaite de supporter le Tsom (comme nos ancêtres le supportaient) et que, grâce à cela, il nous soit possible de bien faire Tshouva (et non que l’on puisse grâce à cela passer une journée normale où l’on ne ferait pas tshouva).
Voilà mon limoud Zkhout sur ce souhait.