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Rashi et le Pchat

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Rafa2007
Messages: 142
Kvod harav, je sais que le sujet a déjà été abordé sur le site, mais Rachi fait-il vraiment du pshat ?!
C'est ce qui est dit "partout" et ce jusqu'au Rabbi voulant que le pshat de Rachi soit compréhensible par un enfant de 5 ans. Pourtant je comprends bien l'objection de Rashbam. Rachi cite beaucoup de midrashim, d'interprétations de Hazal ou donne des explications bien surprenantes par rapport au Passouk.

Merci.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7419
Citation:
Kvod harav, je sais que le sujet a déjà été abordé sur le site, mais Rachi fait il vraiment du pshat ?!
C'est ce qui est dit "partout" et ce jusqu'au Rabbi voulant que le pshat de Rachi soit compréhensible par un enfant de 5 ans. Pourtant je comprends bien l'objection de Rashbam. Rachi cite beaucoup de midrashim, d'interprétations de Hazal ou donne des explications bien surprenantes par rapport au Passouk.



Oui, j’ai déjà répondu à cette question ici : https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=58300#58300 , je vais citer ce que j’y dis et ensuite je vais le présenter d’un autre angle pour l’expliquer avec d’autres mots.

Voici ce que j’ai déjà répondu :

« Rashi voulait expliquer le Pshat des Psoukim mais s’est souvent "laissé porter" à citer les Midrashim et -parfois- il n’a cité que le Drash et non le Pshat.
J’avoue que c’est interpelant de la part de celui qui répète constamment qu’il vient établir le Pshat.

Le Ibn Ezra le lui reproche explicitement, il écrit dans Safa Broura (Fürth 1839, daf 5a) que Rashi a expliqué le Tanakh selon le Drash en pensant qu’il écrivait le Pshat, « alors qu’il n’y a de Pshat dans ses livres, qu’une explication sur mille ( !). Et dire que les sages de notre génération se félicitent de tels Sfarim…» (et ne voient pas que Rashi s’écarte du Pshat).

Voici le texte en hébreu :
אמרו כלל אין מקרא יוצא מידי פשוטו והדרש הוא תוספת טעם. והדורות הבאים שמו כל דרש עיקר ושורש, כרב שלמה ז"ל שפירש התנ"ך על דרך דרש והוא חושב כי הוא על דרך פשט, ואין בספריו פשט רק אחד מני אלף, וחכמי דורנו יתהללו באלה הספרים

En fait, Rashi lui-même en était conscient et le reconnait à son petit-fils Rashbam (Bereshit 37,2).

Rabbi Avraham Bakrat (contemporain du Abrabanel) écrit dans son Sefer Hazikaron (commentaire sur Rashi, écrit à Tunis en 1507 et imprimé à Livourne en 1845, daf 89a col.2, sv. Lo Tové) qu’il est établi que Rashi, dans la majorité des versets, délaisse le Pshat et cite les Midrashim.
Et bien qu’il écrive parfois « qu’il vient expliquer et établir le Pshat », son intention dans ces phrases ne se rapporte qu’au verset concerné, pas à toute la Torah.
Dans les mots:
וכבר ידעת שהרב ברוב פסוקי התורה מניח פשט הכתוב ומביא מרדשם ז"ל. ואע"פ שלפעמים כותב ואני לישב פשוטו של מקרא באתי, לאותו הפסוק בלבד יכוון לא לכל התורה

Voici qui interroge sur le commentaire de Rashi…

En fait, généralement, même si Rashi cite un Midrash, il s’agit d’un Midrash nécessaire au niveau du Pshat, c-à-d que les mots du verset posent problème sans citer ce Midrash et c’est pour cela que Rashi le cite et l’insère dans son explication.

Ainsi, on pourrait dire que l’intention de Rashi est d’expliquer le Pshat dans toute la Torah, même lorsqu’il cite un Midrash, car son intention est d’expliquer une tournure étrange ou un mot superflu.

Il s’agirait d’un niveau intermédiaire entre le Pshat et le Drash.
Un peu comme le font le Malbim et Haktav Vehakabala qui soulignent en quoi les mots eux-mêmes amènent au Drash des ‘Hazal.

On retrouve cette volonté chez R. David Tsvi Hoffman dans son commentaire sur Vayikra (écrit en allemand et traduit en hébreu et publié par Mossad Harav Kook -Jér. 2022), chez R. Shimshon Refael Hirsch, chez Ranhou (Weisel) dans Pshouto Shel Mikra (sur Vayikra -Rishon Letsion 2021), et chez R. Arié Kaplan (The Living Torah, 1980 – traduit en français La Torah vivante, 1996).

Le Ibn Ezra reproche malgré tout à Rashi de ne pas avoir choisi d’expliquer exclusivement selon le Pshat, et critique donc son commentaire.

Cependant, comme le souligne R. Zeev Yaavets dans Toldot Israel (XI, p.137-138), le peuple a préféré le commentaire de Rashi à celui du Ibn Ezra (ce qui n’est pas tellement étonnant vu la rédaction ardue et difficile d’accès des commentaires du Ibn Ezra, mais justement, cela ne prouve pas vraiment la préférence pour les Midrashim que sous-entend R.Z. Yaavets)

(Certains Rishonim faisaient un grand effort au niveau de la rédaction pour gagner en clarté, c'est le cas de Rashi.
D'autres Rishonim ne se souciaient pas autant que lui de mettre leur texte à la portée de tout lecteur.
Et enfin, le Ibn Ezra, semble lui aussi avoir fait un effort, mais dans l'autre sens: pour rendre son commentaire plus difficile d'accès et le réserver à une élite.) »


Fin de citation.

A présent je tente une nouvelle formulation, à votre demande, pour essayer de clarifier un peu plus les choses :

Pour Rashi le pshat ne veut pas dire la même chose que pour Rashbam.

Pour le Rashbam (et pour vous aussi), le Pshat signifie se défaire de toute explication midrashique.
Tandis que pour Rashi la recherche du Pshat consiste en une explication de chaque terme, chaque formulation du Passouk.

Le point commun c’est que certains Midrashim (ceux qui s’éloignent des mots) seront laissés de côté, mais Rashi veille à reprendre des interprétations des ‘Hazal en choisissant celles qui expliquent bien les mots du verset, en respectant les règles de grammaire, alors que le Rashbam ne se soucie pas autant d’expliquer chaque mot, son intention est plutôt d’expliquer le sens du verset, donc ses explications ne visent pas forcément à interpréter chaque mot mais à rendre le sens naturel et compréhensible de la Torah.

Il en résulte que pour le Rashbam, tout ce qui peut sembler miraculeux et magique doit être atténué (sauf si c’est clairement voulu, comme dans les aventures de la sortie d’Egypte), alors que Rashi ne sera pas dérangé par des explications midrashiques qui impliquent de nouveaux « miracles » ou qui montrent des évènements surnaturels, dans la mesure où ces midrashim viennent expliquer le sens des mots du passouk et se basent dessus (en respectant la grammaire).
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