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Certes, mais Kvod harav, sa grande amitié avec l'empereur ne correspond pas à l'image que l'on se fait lorsque l'on dit que la pression de l'exil se renforçait.
C’est méconnaitre les rouages de la politique 😊. Même en période difficile, on peut avoir des liens et de bonnes relations avec des dirigeants.
Mais pour notre cas, c’est très simple : Rabbi lui-même est né dans une période de Gzeira (interdisant la brit mila…), le fameux Antonin dont il était proche avait plus ou moins le même âge et n’était donc pas encore aux manettes à cette époque.
Vivre quelques années d’accalmie parce qu’un empereur est subitement bien disposé face au judaïsme, ne garantit pas du tout la pérennité de cette période bénie pour la Torah, Rabbi en a donc profité pour ordonner la Torah Orale tant que c’était possible. Et ses craintes se sont vues confirmées, car la situation s’est dégradée après son décès.
Il n’est pas aisé d’identifier cet Antonin, d’aucuns considèrent que c’est
Antonin le pieux, son agnomen les y a poussés naturellement, alors qu’en réalité, dans la Rome antique, la « piété » ne désignait pas seulement la dévotion religieuse, mais aussi le respect profond des dieux, de la famille et de la patrie.
En l’occurrence, il a été surnommé « le pieux » parce qu'il a œuvré auprès du sénat pour faire diviniser (apothéose) l'empereur
Hadrien (son père adoptif et prédécesseur), voilà le respect des dieux, de la famille et de la patrie 😊.
Rien d’une réelle dévotion ou piété religieuse dans le sens où nous l’entendons.
Hadrien n’était pas un saint du tout et Antonin voulait en faire un dieu, c’est dire…
Même si, dans les faits,
Antonin est considéré comme un gentil parmi tellement d’empereurs cruels.
D’autres affirment que l’Antonin de Rabbi serait
Marc Aurèle (qui était aussi un empereur de la dynastie des antonins, et c’était le neveu d’Antonin le pieux), dont la réputation de sage encourage à y voir celui dont le Talmud parle.
Toutefois, à la lecture de ses «
Pensées pour moi-même », même si elles comportent de nombreux passages très proches de
Mishlei et de Maamarei ‘Hazal, on peut constater qu’elles ne reflètent pas vraiment les positions que lui attribue le Talmud puisqu’elles sont empreintes d’esprit païen et polythéiste.
Dans tous les cas,
Antonin le Pieux et
Marc Aurèle font tous les deux parties des « cinq bons empereurs » (selon la qualification de
Machiavel).
Si c’est le premier,
Rabbi serait né vers l’an 86, si c’est le second, il serait né vers 121.
Si on suit la lecture simple du Talmud
(Kidoushin 72b),
Rabbi serait né vers la date de décès de
Rabbi Akiva, or, ce dernier serait mort après le ‘Horban Beitar, donc vers 135… rien ne marche.
A moins d’interpréter «
Nolad » en mode «
Lav Davka », on ne parlerait pas de la naissance « biologique » de Rabbi mais du moment où l’on a remarqué qu’il était destiné à un grand avenir, ce qui aurait pu avoir lieu vers ses 14 ans, et il serait né en 121 comme
Marc Aurèle.
Ou alors, plus hasardeux encore, imaginer que l’appellation «
Antonin » dans le Talmud ne soit que l’archétype générique de l'empereur romain bienveillant, et il s’agirait d’un empereur de la dynastie des Sévères surnommé (à juste titre ou non) Antonin…
PS : je crois avoir déjà parlé du problème de l’identification de cet Antonin loué par ‘Hazal ailleurs sur Techouvot et plus en détails encore dans un shiour qui date d’il y a une vingtaine d’années sur Pirkei Avot (Perek 2 mishna 1).