Citation:
Bonjour Rav Wattenberg
Faut-il donner le maasser sur les aides de l'état, en particulier la bourse étudiant et les APL ?
Merci pour tout le travail que vous faites sur ce site.
La halakha la plus répandue est qu’on n’est pas tenu de donner le Maasser sur de l’argent qui nous est « donné pour un but précis », c-à-d une somme donnée en fonction d’un coût, d’une somme à dépenser
(par exemple : « tiens un euro pour t’acheter une baguette »), dans la mesure où cela correspond réellement au prix ou que ça lui est inférieur (et ça participe).
(Le prix de la baguette varie en fonction des villes, elle revient moins cher à Marseille qu’à Neuilly.)
Mais s’il lui dit « tiens cent euros pour t’acheter une baguette », cela ne dispense pas de Maasser car la somme n’a rien à voir
(ce n’est pas réellement « pour acheter une baguette »).
[Et dans le cas de « tiens deux euros pour t’acheter une baguette », on ne sera tenu de donner le Maasser que sur la monnaie récupérée à la boulangerie.]
Il y a des Ma’hmirim
(Shout Even Israel IX, §92,13) qui donnent le Maasser dans tous les cas, même si la somme correspond exactement
(et ils n’auront donc plus assez d’argent pour acheter la baguette ! 😊 Certains les en dispensent dans ce cas, car celui qui a donné l’argent voulait qu’il puisse s’acheter une baguette. Mais si l’argent ne lui est pas donné et qu’il a été mandaté pour acheter une baguette qui lui sera finalement offerte, là c’est différent), et même sur un cadeau non numéraire reçu
(Shout ‘Hikrei Lev, Y’’D II, §102) (Shout Yad Halévi II, Y’’D §44)!
Il faudra donc donner 10% du prix estimé de l’objet
(donc d’après cette opinion, même celui à qui on a offert la baguette devra donner le Maasser dessus).
Ce qui signifie qu’en recevant un cadeau d’anniversaire d’un ami ou d’un proche, il faudrait donner 10% de sa valeur au Maasser
(celui qui n’a pas d’argent ne sera pas tenu de vendre le cadeau pour pouvoir donner le Maasser, mais devra noter sa dette).
Rares sont ceux qui suivent cette pratique surérogatoire, mais ils existent.
Il y a plus de trente ans,
Rav ‘Haïm Freiman m’avait justifié cette position (qui était la sienne) par le passouk
(Beréshit 28,22) וכל אשר תתן לי עשר אעשרנו לך qui sert de Asmakhta à la notion de Maasser et semble indiquer une application totale, même sur un objet reçu en cadeau.
Voir
Ramban (Beréshit 14,20).
Je lui avais objecté que d’après cette logique, il en serait de même lorsqu’on est invité chez un ami, il faudrait, après le repas, faire une estimation de la valeur de ce qu’on a mangé et donner le Maasser !
Idem pour un fils chez son père !
Il m’a répondu : אין הכי נמי (= "effectivement") ( !).
Rav S.Z. Auerbach considérait qu’il fallait donner le maasser sur un cadeau « non numéraire » (voir aussi
Mishné Halakhot XII, §241), mais le
‘Hazon Ish ne l’imposait que pour de l’argent reçu en cadeau.
Son neveu,
R. ‘Haïm Kanievsky lui avait demandé s’il devait donner le Maasser sur les cadeaux reçus à son mariage et le
‘Hazon Ish lui a répondu :
sur les objets non, sur l’argent oui (même si l’argent a été donné « pour acheter tel objet ») (Or’hot Rabénou II, p.138).
Voir aussi
R. ‘Haïm Kanievsky dans
Derekh Emouna (Matnot Aniim §7, Tsiyoun Halakha §67).
C’est aussi l’opinion de
Rav Yaakov Kamenetsky dans
Emet Leyaakov (Y’’D §249) qui dispense les cadeaux non numéraires de Maasser.
Concrètement, les APL sont destinées à payer le loyer
(et sont même, dans certains cas, déduites directement auprès du bailleur), c’est donc « dans un but précis » et il n’y a pas d’obligation de prélever le Maasser dessus
(puisque la somme est toujours inférieure au loyer).
Pour ce qui est de la « bourse étudiant », ça me semble différent, car c’est plus large, ce n’est pas destiné à une dépense en particulier, il faudra donc prélever le Maasser -dans la mesure où l’on y est tenu par la Hahalakha
(ce qui vient exclure la personne qui n’a pas assez pour vivre…).