La question de l'omission du miracle de la fiole d'huile dans les sources anciennes qui rapportent l'histoire des Maccabées et de Hanouka est effectivement une question captivante qui a fait couler beaucoup d'encre.
Voici deux théories qui prétendent élucider ce mystère : celle de Rav Nathan Fried et celle de Rav Levy Itzhak 'Haritan.
1. La théorie de Rav Nathan Fried
Rav Nathan Fried dans son introduction à la Meguilat Antiochus Mour'hevet (1992 p. 7) pose la question de l'omission du miracle de la fiole d'huile dans la version originale de la Meguilat Antiochus et dans les textes de al hanissim et de hanerot hallalou.
Il répond à cette question en avançant que les sages qui étaient en terre d'Israël à l'époque du Talmud et du Midrash ne connaissait pas ce miracle.
Il explique que la baraïta qui relate le miracle de la fiole d'huile ne figurait pas dans leur version de Meguilat Taanith. Car c'est une baraïta tirée du Talmud de Babylone qui fut ajoutée ultérieurement à la Meguilat Taanith.
C'est la raison pour laquelle ce miracle n'est pas mentionné dans les sources provenant de la terre d'Israël.
Si effectivement ils ne connaissaient pas ce miracle, on peut se demander pourquoi, selon eux, on avait institué d'allumer des bougies à Hanouka.
Cette question est posée par la Pssikta Rabati (chap. 2) : Pourquoi allume-t-on des bougies à Hanouka ? Parce que lorsque les fils de Hashmonaï vainquirent les Grecs, ils entrèrent dans le Temple, y trouvèrent huit broches de fer et y allumèrent les bougies.
2. La théorie de Rav Levy Itzhak 'Haritan
Rav Levy Itzhak 'Haritan dans son introduction au livre Makabim (Jérusalem, 2018, p. 20), en se basant sur les propos de Rav Itzhak Ishaya Weiss dans son livre Birkat Elisha (tome II p. 251-253), propose une autre explication.
Il prétend que habitants de la terre d'Israël n'ont pas souligné le miracle de la fiole d'huile, car à l'époque des Maccabées, ils étaient familiers avec ce genre de miracles.
En effet, non seulement ils pouvaient voir les dix miracles qui avaient lieu au Temple quotidiennement, comme les relatent les Maximes des Pères (5:5). Mais surtout, un miracle similaire à celui de la fiole d'huile se produisait tous les jours au Temple, celui du ner ma'aravi, c’est-à-dire la lumière occidentale de la Menorah (le candélabre).
Le Talmud (Chabbat 22b) raconte que le ner ma'aravi [selon le Rambam (Beit Habe'hira 3:8), il s'agit de la lumière de la branche centrale de la Menorah], on y versait une quantité d'huile pour qu'elle brûle une nuit, mais miraculeusement, elle restait allumée plus de vingt-quatre heures.
Par conséquent, ils ne furent pas impressionnés par le miracle de la fiole d'huile.
D'un autre côté, les décrets et persécutions des Grecs furent pour eux très difficiles après une longue période d'indépendance spirituelle. Par conséquent, ils ne soulignèrent que le miracle de la victoire face aux Grecs, celui-ci étant pour eux davantage significatif.
Et puisque le miracle de la fiole d'huile ne fut presque pas mentionné dans les sources, son souvenir peu à peu tomba dans l'oubli.
En revanche, les juifs de Babylonie qui souffrirent beaucoup de la domination des Babyloniens et des Perses [comme on le voit dans le traité de Guitin 17a] ressentaient toujours que l'Éternel protège sa brebis entourée de soixante-dix loups, et ne considéraient pas le miracle de la victoire face aux Grecs comme une raison suffisante pour en instituer une fête.
C'est pourquoi ils expliquèrent que la fête de Hanouka fut établie en souvenir du miracle de cette fiole, dont la quantité limitée d'huile permit d'allumer la Menorah pendant huit jours, ce miracle étant considéré comme extraordinaire à leurs yeux.
En résumé, selon cette théorie, le miracle de la fiole d'huile était pour les habitants de la terre d'Israël un point de détail par rapport à l'importance de celui de libération de la Judée de la tutelle grecque, d'autant qu'ils étaient habitués à voir de tels miracles au Temple, comme celui du ner ma'aravi.
C'est pourquoi ils n'ont pratiquement pas mentionné dans leurs écrits ce miracle, lequel tomba peu à peu dans l'oubli parmi les sages qui se trouvaient en terre d'Israël.
En revanche, aux yeux des sages de Babylonie, le miracle de la fiole d'huile avait beaucoup plus d'importance. A tel point qu'ils soutinrent que la mitzvah d'allumer les bougies de Hanouka pendant huit jours fut instituée en souvenir de ce miracle.
Dernière édition par Rav Mordehai Alberman le Mer 07 Janvier 2026, 9:07; édité 2 fois