livre non juif Voir le sujet suivant
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rafael



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MessagePosté le: Ven 26 Juin 2015, 10:38 Répondre en citantRevenir en haut

bonjour rav wattenberg

est ce qu'on peut lire des livres ecrit par des non juif de sience de psychologie ou par ex:"les hommes viennent de mars ..." (excepter les livres qui parle de religion , de kofroute ou de znout ect..) au niveau de la halaha mais aussi au niveau de la ashkafa (car on ma di au nom de rav ben tsion aba shaoul ,ds or letsion, ke meme un dvar torah ecrit par un goy ca fait un pgam et inconsiament sa ns influence, a plus forte raison des ecrit de hol car ils peuvent ns rentrer ds la tete des mauvaises idees indirectement et ke le ben ish hai di ce ki sort du tamé est tamé ect .....)??

merci de m'eclaircire sur ce sujet
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Dim 12 Juillet 2015, 16:47 Répondre en citantRevenir en haut

Les rabanim, en effet, mettent en garde contre la lecture de textes écrits par des personnes à la yirat shamayim défaillante.

L’idée se base, comme vous le dites, sur Hayotsé min hatamé, tamé.
« Ce qui sort de (= qui est produit par ) l’impur, est impur ».

Cette idée se trouve dans le Talmud sur un plan halakhique (de kashrout alimentaire, c’est par exemple mentionné pour s’interroger sur la kashrout du miel dans Bekhorot 7b ) et ne concerne nullement la hashkafa.

Ceux qui en étendent l’application s’appuient sur la gmara Guitin (45b) qui nous enseigne qu’un Sefer Torah qui aurait été écrit (convenablement) par un Min doit être brûlé et s’il a été écrit par un non-juif, il doit être enterré.

Pourtant ce Sefer Torah est « extérieurement » en tout point comparable à un sefer Torah classique.

Certains rabanim en expliquent la raison par une influence et des « nitsotsot hatouma » qui passeraient de l’écrit jusqu’au lecteur en raison du psoul du sofer.

Voir par exemple R. I. Toysig dans son Beth Israel Tanina (parshat Kedoshim, p.225) au nom de son maître.

Ça correspond parfaitement à l’idéologie actuelle de nombreux rabanim.

Cependant, ce n’est pas ce qu’écrit Rashi.

Selon Rashi (Guitin 45b) on doit le brûler car on considère qu’il (le Min) l’a assurément consacré à la Avoda Zara (tikrovet AZ).
(et pas à cause des nitsotsot).

Quant à la raison de l’enterrement (dans le cas du sofer non-juif), la gmara elle-même l’explique en disant qu’il est Passoul au titre de « mi shéeino bekshira, eino bektiva ».
C'est une Gzeirat hakatouv indiquant que celui qui n’est pas tenu de porter les tfilines, n’est pas apte à les écrire -ni les tfilines, ni le sefer torah.

Nous noterons donc que même si un goy écrit un livre et même s’il s’agît d’un ‘houmash (imprimé ou manuscrit), il n’y a pas de problème retenu par le Talmud à le lire.

Ce qui contredit la hashkafa répandue.

[Je précise tout de même que nous trouvons une source qui mentionne un peu l’idée de « Hayotsé min hatamé, tamé » sur autre chose que sur la kashrout alimentaire, voir Bamidbar Raba (début de ‘houkat, XIX, 1) sur le verset (Iyov XIV, 4) mi yiten tahor mitamé , qui mentionne Avraham qui vient de Tera’h, ‘Hezkia de A’haz, Yoshia de Amon, etc. et qui souligne que c’est exceptionnel, à l’instar de la vache rousse qui produit de la purification en « impurifiant » ceux qui s’en occupent]

Alors, bien entendu, il ne faut pas être stupide et donner à un enfant ou un adolescent un livre écrit par un apikoros qui rumine sa kfira dans chaque page.
Mais ceci est un autre problème, il ne faut jamais se défaire de son bon sens (si on en dispose, sinon, on se renseigne chez celui qui en possède) , le texte de la Gmara Guitin citée ne parle que d’un autre problème qui lui, ne dépendra pas de la maturité du lecteur, qui sera systématique.

Si, en dehors de cette gmara, on trouve –sur base de la logique et du bon sens- qu’il y a un problème, bien sûr, il faudra s’y intéresser et prendre garde.

Mais si ce n’est pas le bon sens qui indique que des nitsotsot passent du livre au lecteur, c’est que ce n’est que l’imagination de celui qui les perçoit.

Ainsi, on distinguera entre un livre de hashkafa/torah (où il faudra faire attention à la yirat shamayim de l’auteur) et un livre de science où le danger est quasi-nul, si le lecteur est sain d’esprit.

Pour un livre de psychologie du genre John Gray et Cie (comme le titre que vous citez, mais il a écrit –parait-il- d’autres essais moins kshérim), ce n’est pas aussi simple que pour un livre de science (de maths par exemple), mais c’est encore loin du livre de hashkafa d’un rabbin tordu qui vient parler au nom de D.ieu.

Le lecteur sain sait que cet auteur n’est pas un saint (malgré que Gray fût moine à une époque) et qu’il n’écrit qu’en tant que psychologue (il y a de sérieux doutes sur son doctorat qu’il aurait simplement acheté, mais entre nous, ça ne change pas grand-chose).

On ne boira donc pas toutes ses paroles comme si elles étaient transmises du Sinaï et tout ira bien.

Ce qui sera difficile à établir clairement, c’est la liste des livres tolérés, car tout dépendra de différents paramètres comme l’âge et la maturité du lecteur et d’autres.

Le Rav Shlomo Kluger (Haelef Lekha Shlomo Y’’D §257) considère que tant qu’il n’y a pas de ‘hshash particulier (livre de hashkafa tordue), ni de raison spécifique d’interdire une lecture « lemigdar milta » (comme pour la grammaire à son époque), il sera toléré de lire un livre -même écrit par Mendelssohn ! (point remarquable lorsqu’on sait toute la polémique qu’il y a autour des écrits de ce personnage, pour un peu plus de détails, cf: http://www.techouvot.com/refome_ou_progres-vt14592.html?highlight= )

Nous voyons donc qu’il n’interdisait pas un livre en fonction de son auteur en imaginant que des nitsotsot de touma passeraient nécessairement au travers de cette lecture vers le cœur pur du lecteur innocent.

Cela peut arriver, mais uniquement lorsque le thème s’y prête.
Si nous parlons d’un livre de recettes de cuisine ou d’un manuel de bricolage, même écrit par un kofer gamour, on pourra le lire.

Le problème existe vraiment lorsqu’il s’agît de transmettre des hashkafot ou de la Torah, comme dit dans le Talmud (‘Haguiga 15b et Moed Katan 17a) , si le maître ne ressemble pas à un ange, n’apprend pas la Torah de sa bouche.
Cette règle est retenue et citée dans le Shoul’han Aroukh (Y’’D §246, 8).

Il est donc important de savoir de qui on apprend la torah et ne pas lire n’importe quel sefer ou écouter n’importe quel cours sous prétexte qu’il parle de Torah.

Il est vrai que la Gmara (‘Haguiga 15b) demande comment rabbi Méir a continué à apprendre des enseignements d' A’her [(alias Elisha ben Avouya) après qu’il ait abandonné la foi] et qu’elle répond que R. Méir arrivait à faire le tri entre les idées kshérot et le reste dans les enseignements d’ A’her .

Cela pourrait nous indiquer qu’il est possible de « faire son marché », mais il faut savoir que les a’haronim discutent du héter qui consiste à se baser sur ce que faisait R. Méir étant donné que ce dernier était déjà un Talmid ‘hakham et qu’il était considéré comme extraordinairement intelligent, dépassant très nettement ses contemporains (cf. Erouvin 13b).

Voilà pourquoi certains Poskim considèrent que l’on ne doit pas s’imaginer l’égal de R. Méir et se permettre de tenter de faire le tri dans les enseignements d’un rav aux idées « psoulot ».

Voir le Shakh (Y’’D §246 sk.8) et le Lé’hem Mishné (hil. Talmoud Torah §IV, 1).

J’ajouterais encore, que même lorsque l’auteur du livre semble un peu « passoul », nous trouvons qu’il peut être toléré d’étudier ses commentaires et sa Torah dans la mesure où son « psoul » ne risque pas de porter à conséquence sur son enseignement de Torah.

C’est ce qui ressort du ‘Hida :
Le Shoul’han Aroukh (O’’H §307, 16) critique R. Emmanuel de Rome pour avoir écrit des Divrei ‘hesehk (~« romans à l’eau de rose ») dont il (le S.A.) interdit la lecture.

Le ‘Hida (Shem Hagdolim II, lettre beth, kountras a’haron daf 13a) mentionne ce passage du Shoul’han Aroukh en le soutenant vivement, mais cela ne l’empêche pas de conseiller l’étude du commentaire de ce même R. Emmanuel de Rome sur le Sefer Mishlei !

Ce qui constitue une contradiction très nette à la hashkafa qui stipule que tout ce qu’écrit un passoul est passoul, hayotsé min hatamé, tamé…

Le ‘Hida lui, considère apparemment que même si certains des écrits de cet auteur sont interdits, s’il n’y a pas lieu de penser qu’il diffuse des idées psoulot dans un autre de ses écrits, il n’y pas de raison de s’en priver.

J’ai vu que le Massat Kapi (II, p.9) veut préciser que si l’on pourra encore lire ses commentaires sur la Torah, mais on n’intégrera pas pour autant ses chants dans la liturgie juive.
(et il préconise donc d’interdire un chant liturgique qu’il pense être de ce R. Emmanuel )

Je ne comprends pas vraiment ce ‘hilouk.
Au contraire, si l’un des deux est dangereux, il me semble que c’est celui où il diffuse de la Torah, une torah qui pourrait être empreinte de hashkafot néfastes (et pourtant le ‘Hida le tolère), mais ses poèmes et chants me semblent moins dangereux.

D’ailleurs, s’il fallait interdire les poèmes et les chants religieux d’un auteur qui aurait donné dans les divrei ‘heshek, comment expliquer que nos prières comportent des chants de R. Yehouda Halévy malgré qu’il ait aussi écrit des Divrei ‘Heshek ?

Nous trouvons dans plusieurs sfarim des citations de non-juifs surtout dans le Be'hinat Hadat , dans les sfarim de Yashar MiKandia et de Rabenou Menashé Ben Israel et surtout chez les rabanim italiens comme dans le Meor Enayim de R. Azaria di Rossi (cf. la partie Imrei Bina §2) et les sfarim de Rabbi Yehouda Arié de Modène et ceux de R. Elie Benamozegh .

Plus encore, il y a un sefer qui n'est qu'une longue citation d'un non-juif, le 'Heshbon Hanéfesh de rav Mendel Léfin-Satanover qui n'est rien d'autre qu'une traduction/adaptation d'un livre de moussar de Benjamin Franklin ! C'est dire à quel point on ne craint pas les Nitsotsot! (à moins que cet auteur soit doté d'un paranitsotsot ...)

Je parle de ce sefer Moussar "purement goy" et d'autres sifrei moussar largement inspirés d'écrits de non-juifs, ailleurs sur techouvot ( http://www.techouvot.com/etude_aux_toilettes-vt17655.html?highlight= ) ,
en voici un extrait:

Il y a même un sefer moussar "purement goy", le 'Heshbon Hanéfesh de rav Mendel Léfin-Satanover (imprimé en 1845 à Vilna) qui ne fait que reprendre un livre de morale de Benjamin Franklin !

Bizarrement ce livre a été imprimé suite aux vives recommandations de rav Israel Salanter.
(cf. Tnouat Hamoussar I, p.260 note 15 et aussi Making of a Godol p.XXI dans la note )


Je ne dis pas que c'est bizarre car l'auteur d'origine n'est pas juif, je n'y vois pas de problème, comme on dit "Kabel [/shema] aémet mimi shéomro" (accepte la vérité de celui qui la dit) (Cf. Rambam dans les 8 prakim -préface de Avot et repris par d'autres auteurs)

Voir aussi ce qu'écrit un autre rishon, rabbi Yaakov bar Abba Mari bar Shimon bar Anatole ...dans son livre Malmad Hatalmidim (Lyck 1866- vers la fin de la akdama , l'avant dernière page)
אין לבחון הדבר רק מצד עצמו ולא מצד אומרו
(Il écrit cela pour ne pas qu'on lui reproche de citer dans son sefer les interprétations du sage Mickaël qu'il cite allègrement alors qu'il n'est pas juif.)

[Voir encore à ce sujet Tossefet Brakha Bamidbar p.184 qui cite le Malmad Hatalmidim (avec inexactitude -kedarko) et amène plusieurs preuves des 'hazal (plus de 20) qu'il n'y a pas de mal ni de honte à citer des non-juifs comme source.]

Je ne dis pas non plus que c'est bizarre étant donné le lien entre cet auteur et Moses Mendelssohn . Seulement je trouve bizarre que rav Israel Salanter ait été séduit à ce point par ce livre car personnellement je le trouve très très décevant - pour ne pas dire inquiétant.

En dehors du fait que la grande majorité des informations qui en ressortent ne sont pas intéressantes (elles n'amènent ni à la yira, ni à la ahava, ni à la tshouva, ni à la yedia), encore fallait-il que ces maigres informations soient disséminées au compte goutte parmi des phrases et des paragraphes mi-superflus mi-absurdes.

Les Simanim 24 ou 26 par exemple devraient suffire à inquiéter un lecteur normalement constitué.

Le seul lien avec la tshouva que l'on pourrait y voir, c'est la kapara que doit procurer la souffrance de lire ce livre.

Personnellement, je n'aime pas lire qu'une partie d'un livre, je préfère le lire du début à la fin, mais pour celui-ci, j'ai dû faire exception (après m'être fait violence pour arriver jusqu'au §130) car je craignais sérieusement le bitoul Thora.

C'est surtout ses phrases extrêmement longues sans apporter de nouveaux éléments (au point de se demander s'il était payé au mot lors de la rédaction) qui me rendent ces lectures impossibles.

C'est aussi la raison pour laquelle je n'arrive pas à lire le Pa'had Its'hak de rav Hutner . Il mérite peut-être la palme d'or du sefer le plus mal rédigé - en fait ce n'est pas rav Hutner qui l'a écrit (en hébreu) mais sa fille la rabanit David - ou faut-il dire le Dr Bruria David.


En sefer moussar d'un goy il y a aussi le Sefer Hamidot d'Aristote (je dis goy malgré que certains soutiennent qu'il se soit converti en fin de parcours, ce qui m'a l'air totalement farfelu même si de grands tsadikim ont cru en cette fable) traduit et imprimé à Lemberg en 1877 par Moshé Schulbaum.


Le très fameux 'Hovot Halevavot , bien que n'étant pas une traduction de livres d'auteurs non-juifs, il en est néanmoins fortement inspiré (d'auteurs arabes).


Il y a aussi le Tsema'h Tsadik de Rabbi Yehouda Arié de Modène (l'auteur du commentaire Haboné sur le Ein Yaakov ) qui n'est en fait qu'une traduction de Fior di Virtù (la Fleur de la vertu) du moine Thomas !
Les références au Nouveau Testament ont été remplacées par des sources similaires parmi les divrei 'hazal , le tout traduit en hébreu, imprimé à Venise en 1600 et présenté comme sefer moussar.

(Ce livre a été réimprimé en 1899 à New York avec indications et références des sources par Yaakov Druckerman , décédé à 52 ans juste avant la parution de ce livre sur lequel il avait travaillé.)

La page de garde laisse entendre que Rabbi Y.A. en est l'auteur, mais il écrit lui-même dans 'Hayei Yehouda (p.42) qu'il n'en est que le traducteur.


Bon, je constate qu'une fois de plus je m'égare et sors totalement du sujet, je m'arrête donc là. Il y a encore d'autres sfarim qui se basent sur des enseignements de non-juifs, voir encore tout ce qu'écrit rabbi Azaria di Rossi dans son Meor Enayim ('helek Imrei Bina §2) pour se justifier d'avoir cité tant de non-juifs (faut dire qu'il ne radine pas, il doit en citer une bonne centaine en tout !).



EN CONCLUSION , il est difficile de justifier un "interdit" de lire un livre uniquement sous prétexte que son auteur serait "passoul", néanmoins, le bon sens indique que si cet auteur passoul risque d'avoir laissé une trace de ses hashkafot erronées en filigrane, il deviendra risqué de le lire tant qu'on n'est pas soi-même un érudit averti.

En complément, voyez ce que j'écris ici:
http://www.techouvot.com/lautre_de_herve_elie_bokobza_im_arav_dome_lemalah-vt14715.html?highlight=

PS: Veuillez pardonner les éventuelles fautes d'orthographe/frappe, la longueur du post décourage la "relecture". J'espère qu'elle n'aura pas le même effet sur la "lecture" ...
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