Citation:
Le texte des selichots dit que D' qui a REPONDU à Abraham sur le mont Moriah nous répondra à nous aussi. S’il est dit que D' lui a répondu cela veut dire qu’Abraham a formulé une demande à cette endroit, merci de me dire quelle était cette demande et de quelle manière elle a été accompli ?
J’aurais répondu qu’il n’est pas nécessaire de « formuler » une demande par une prière, pour pouvoir dire qu’il a été exaucé.
Même si le terme ענית signifie « Tu as répondu » et laisse entendre qu’une requête ait été préalablement formulée, lorsqu’il s’agit de D.ieu qui exauce un vœu, il n’est pas indispensable de parler d’un vœu formulé verbalement. Comme on le voit dans le verset (Yeshaya 65,24) והיה טרם יקראו ואני אענה, la « réponse » de D.ieu est qualifiée de « Ania » (אענה) même avant la formulation de toute requête.
Donc même si Avraham n’a pas discuté l’ordre divin et s’est dirigé avec l’intention de pratiquer la Akeida, puisqu’il aurait préféré qu’Its’hak reste en vie, lorsque le contrordre intervient, c’est qualifié de « Ania ».
Une idée similaire se trouve sous la plume de l’inépuisable
Reb Dovid Kohn, dans
Yom Hakadosh (V, p.11) ; il écrit qu’il n’est pas nécessaire de trouver une Tfila en bonne et due forme car on peut aussi qualifier de Tfila une volonté qui se traduit par des gestes (il expliquera avec cela les Mi Shéana sur Aharon, Pin’has, Yehoshoua, Elisha et ‘Hanania-Mihael-Azaria).
Voyez aussi ce qu’il explique pour Avraham, après avoir posé votre question, dans
Yom Hakadosh (V, p.8).
Je préfère mon idée selon laquelle on peut parler de Ania pour quelqu’un qui n’a que « prié inconsciemment », il n’est même pas nécessaire de « prier par les gestes ».
[Il faut aussi souligner que le terme de Ania n'indique pas toujours une "réponse", mais simplement une proclamation. Comme on le voit dans différents Psoukim. Par exemple dans les Bikourim: Veanita veamarta. Et d'autres versets similaires. Comme Veanou Haleviim etc. bien qu'il n'y ait aucune question posée.]
Autre possibilité, toujours en suivant cette idée : dire qu’Avraham voulait absolument offrir un sacrifice, ainsi, lorsqu’on lui a dit d’épargner son fils, il était certainement soulagé mais aussi contrarié de ne pouvoir faire un Korban, c’est cette volonté qui a été satisfaite en coinçant un bélier à proximité.
On peut encore expliquer simplement que la prière d’Avraham était dans le verset
(Beréshit 22,8) ויאמר אברהם אלקים יראה לו השה לעלה בני dont la tournure étrange est interprétée au niveau du Drash (cf.
Rashi ad loc. et
Beréshit Raba §56,4) comme voulant dire אלקים יראה לו השה, ואם אין שה, לעלה בני (c-à-d que D.ieu nous indiquera l’animal à sacrifier, et si non, « Leola Bni » c’est Its’hak qui sera le sacrifié). Cette prière a donc été exaucée, un animal a été désigné et Its’hak sauvé.
On peut aussi dire, en se basant sur le Midrash
(Beréshit Raba §56,11), que lorsque D.ieu dit qu’il s’engage (ou « jure ») dans le passouk
(Beréshit 22,16) à la suite de la Akeida, cela signifie qu’Avraham lui a demandé de ne plus le mettre à l’épreuve (אמר לו השבע לי שאין אתה מנסה אותי עוד מעתה). Et c’est à cette prière que D.ieu aurait donc répondu favorablement.
Dans le
Targoum Yonathan (et aussi
Targoum Yeroushalmi)
(Beréshit 22,14) et plus explicitement encore dans le
Yeroushalmi Taanit (2,4) il est dit qu’Avraham a prié pour que le mérite de son acceptation de la Akeida (alors qu’il aurait pu répondre à D.ieu qu’Il lui a pourtant promis une postérité par Its’hak - כי ביצחק יקרא לך זרע), serve à la descendance d’Its’hak pour les sauver en dépit de leur absence de mérites :
אמר אברהם לפני הקדוש ברוך הוא רבון העולמים גלוי וידוע לפניך שבשעה שאמרת לי להעלות את יצחק בני היה לי מה להשיב ולומר לפניך אתמול אמרת לי כי ביצחק יקרא לך זרע ועכשיו את אומר והעלהו שם לעולה. חס ושלום לא עשיתי כן אלא כבשתי את יצרי ועשיתי רצונך. כן יהי רצון מלפניך ה' אלקי שבשעה שיהיו בניו של יצחק בני נכנסים לידי צרה ואין להם מי ילמד עליהם סניגוריא אתה תהא מלמד עליהם סניגוריא.
ה' יראה. את נזכר להם עקידתו שליצחק אביהם ומתמלא עליהם רחמים. מה כתיב בתריה. וישא אברהם את עיניו וירא והנה איל אחר וגו׳. מהו אחר. אמר רבי יודה בירבי סימון. אחר כל הדורות עתידין בניך ליאחז בעונות ולהסתבך בצרות וסופן להיגאל בקרניו שלאיל הזה.
[Je précise au passage que la traduction de
Schwab (p.157) qui souligne que bien que le verset porte « A’har » et non « A’her », la Drasha l’interprète comme « A’her », semble totalement superflue, puisqu’on peut parfaitement lire « A’har kol hadorot » et il n’est pas question « d’autres générations » mais simplement de « après toutes les générations ».
Cette étrange lecture se retrouve chez certains commentateurs qui donnent parfois même l’impression d’avoir lu dans le ‘houmash le mot avec un Tseirei ( !) [Cf.
Yisma’h Israel (parshat Vayera) et
Maharsha (Taanit 15a)].
Pour ce qui est du
Yeroushalmi, j’ai vu que le
Rabaz a lui aussi eu cette lecture étonnante, cf.
Shout Harabaz (III, §38).
Je souligne aussi qu’il avait le terme חדא à la place de בתר qui figure dans le
Targoum Onkelous.]