Le Yi'houd désigne l'interdiction pour un homme et une femme de s'isoler ensemble.
En voici les points principaux :
1. Il est interdit de s'isoler avec une femme, qu'elle soit mariée [1] ou célibataire, juive ou non-juive [2].
2. Un homme peut s'isoler avec une petite fille de moins de trois ans, et une femme peut s'isoler avec un garçon de moins de neuf ans [3].
3. Si son épouse est présente, il est permis à un homme de s'isoler avec une autre femme. [4]
4.1. L'isolement d'une femme avec deux hommes (ou plus) est interdit aux sépharades [5]. En revanche, il est permis aux ashkénazes qu'une femme s'isole avec deux hommes de bonnes mœurs[/b] en journée s'ils sont en ville. Mais il est interdit qu'une femme s'isole, même avec dix hommes, s'ils sont débauchés.
4.2. Pendant la nuit (ou dans un champs), il est permis à une femme de s'isoler uniquement avec trois hommes de bonnes mœurs [7].
5. L'isolement d'un homme avec trois femmes (ou plus) est interdit aux sépharades [8], mais permis aux ashkénazes sauf si, dans le cadre de sa profession, il a affaires aux femmes [9] (comme par exemple un gynécologue). En revanche, l'isolement d'un homme avec deux femmes est interdit [10].
6. Il est permis à trois hommes (ou plus) de s'isoler avec trois femmes (ou plus) [11].
7.1. Si son mari se trouve dans la même ville, il est permis à une femme de s'isoler avec un homme, sauf s'ils se sentent familiers l'un de l'autre (libo gass ba) [12].
7.2. Si la femme sait que son mari est loin de leur domicile et qu'il ne pourra pas revenir dans l'heure qui suit, certains décisionnaires interdisent qu'elle s'y isole avec un homme [13], mais d'autres le permettent à partir du moment où ils se trouvent dans la même ville [14].
8.1. Un homme et une femme peuvent s'isoler dans une maison dont la porte est ouverte et qu'elle donne sur la rue [15] ou un endroit où il y a du passage, tel qu'une cage d'escalier [16].
8.2. Si des personnes sont susceptibles d'entrer par cette porte sans permission, il n'est pas nécessaire qu'elle soit ouverte, il suffit qu'elle ne soit pas fermée à clé. Cependant, si personne n'entre par sa porte sans autorisation, il ne suffit pas qu'elle soit simplement déverrouillée ; elle doit être alors clairement ouverte [17].
8.3. Au milieu de la nuit, s'il n'y a pas de passage dans la rue (ou dans la cage d'escalier), l'ouverture de la porte ne permet pas à un homme et une femme de s'isoler ensemble [18].
8.4. Si on a remis la clé de sa maison à des voisins en demandant à deux d'entre eux d'y entrer à plusieurs reprises au cours de la soirée, on pourra alors s'y isoler avec une femme pendant la nuit [19].
9.1. Si un enfant, garçon ou fille, âgé de 6 à 9 ans, se trouve à domicile, il sera alors permis à un homme et une femme de s'y isoler durant la journée [20], (pour les ashkénazes le garçon peut être plus âgé [21]).
9.2. La nuit, deux enfants doivent être présents pour permettre à un homme et une femme de s'isoler ensemble [22].
Sources et explications :
[1] Choul'han Arou'h (אבן העזר סי' כב ס"א). La Guemara dans le traité de Avoda Zara (36b) affirme que c'est un interdit doraïta.
[2] Choul'han Arou'h (שם ס"ב). La Guemara (שם) explique que l'interdiction de s'isoler avec une femme célibataire a été décrétée par le Roi David et son Beith Din à la suite de l'incident qu'il y eut entre Amnon et Tamar. Puis l'interdiction de s'isoler avec une non-juive a été décrétée par Beith Chamaï et Beith Hillel.
[3] Choul'han Arou'h (שם סי"א).
[4] Choul'han Arou'h (שם ס"ג), car une femme surveille son mari, comme l'explique la Michna dans le traité de Kidouchin (4:12).
[5] Choul'han Arou'h (שם ס"ה). Il ressort de la Guemara (Kidouchin 81a) qu'une femme peut s'isoler avec deux hommes de bonnes mœurs ("cacher"), car l'un a honte de fauter en présence de l'autre. Cependant le Choul'han Arou'h retient l'avis du Rambam selon lequel pas n'importe qui est considéré comme "des bonnes mœurs" mais uniquement quelqu'un qui fait preuve d'une crainte de D.ieu exceptionnelle.
[6] Rama (שם). Il retient l'avis du Rashba et du Ran selon lesquels quiconque qui n'est pas débauché est considéré comme ayant de bonnes mœurs.
[7] Rama (שם). Il est écrit dans le traité de Kidouchin (81a) qu'une femme qui est en route ne pas peut être accompagnée de deux hommes mais de trois, car si elle était accompagnée de deux hommes et qu'un d'eux devait s'absenter un moment pour aller faire ses besoins, elle se retrouverait seule avec l'autre. Le Ra'avad ajoute que pour la même raison, pendant la nuit, une femme ne peut s'isoler qu'avec au moins trois hommes.
[8] Choul'han Arou'h (שם). Il est écrit dans la Michna (Kidouchin 4:14) qu'un homme qui, dans le cadre de sa profession, a affaire aux femmes n'a pas le droit de s'isoler avec elles. Le Choul'han Arou'h retient l'avis de Tossefot selon lequel celui qui, dans le cadre de sa profession, a affaire aux femmes n'a pas le droit de s'isoler avec elles même en présence de son épouse. En revanche, celui qui, dans le cadre de sa profession, n'a pas affaire aux femmes ne peut s'isoler avec elles qu'en présence de son épouse ; sinon, c'est interdit.
[9] Rama (שם). Il rapporte l'avis de Rachi selon lequel celui qui, dans le cadre de sa profession, n'a pas affaire aux femmes peut s'isoler avec beaucoup de femmes sans que son épouse soit présente. Le Beith Shmouel (שם סק"ח) de préciser qu'avec trois femmes ou plus, c'est permis.
[10] Beith Shmouel (שם), comme il est écrit dans la Michna (Kidouchin 4:12).
[11] Choul'han Arou'h (שם ס"ו). Il statue qu'il est permis à de nombreux hommes de s'isoler avec de nombreuses femmes. Le Beith Shmouel (סק"ח) d'expliquer que trois hommes (ou plus) peuvent s'isoler avec trois femmes (ou plus), et c'est l'avis retenu par le Dvar Halakha (סי' ט סי"א).
[12] Choul'han Arou'h (שם ס"ח), d'après la Guemara dans Kidouchin (81a), car lorsque son mari est en ville, elle craint qu'il n'arrive soudainement.
[13] Rav Moshé Feinstein (אגרות משה אה"ע ח"ד סי' סה אות ז), Rav Shlomo Zalman Auerbach (מנחת שלמה ח"ג סי' קג אות יג) et Rav Elyashiv (.ספר הערות קידושין פא).
[14] Le 'Hida (שו"ת יוסף אומץ סי' צז) et le Hazon Ish (דבר הלכה סי' ז הערה ו). Ce dernier explique que lorsque son mari se trouve dans la même ville qu'elle, elle ressent naturellement de la peur envers lui, même si elle sait qu'il ne peut pas venir pour le moment.
[15] Choul'han Arou'h (שם ס"ט).
[16] Dvar Halakha (סי' ג ס"ה).
[17] Binyan Tzion (סי' קלח), qui fait un compromis entre l'avis du Rashba dans une responsa (ח"א סי' אלף רנא) selon lequel il suffit que la porte ne soit pas fermée à clé, et l'avis de Rabbi Akiva Eiger (סי' קא) selon lequel il faut que la porte soit clairement ouverte.
[18] 'Hokhmat Adam (כלל קכו ס"ז).
[19]. Dvar Halakha (סי' ג ס"ג), car la nuit, il faut deux surveillants, comme on le verra dans le point 9.2.
[20] Choul'han Arou'h (שם ס"י). Il rapporte les propos de la Guemara (Kidouchin 81b) selon lesquels il est permis de s'isoler avec une femme s'il y a avec elle une petite fille qui, d'une part, est en âge de raconter qu'elle a vu une relation conjugale [c’est-à-dire a partir de 6 ans, comme l'affirme le Hazon Ish (דבר הלכה סי' ד ס"ג)], et, d'autre part, qui n'est pas en âge d'être séduite [c’est-à-dire jusqu’à l'âge de 9 ans, comme l'écrit le Ba'h]. Par ailleurs, il en va de même s'il y a un garçon de cette tranche d'âge, comme on le voit dans le Rama (יורה דעה סי' קצב ס"ד).
[21] Car pour les ashkénazes, deux hommes peuvent s'isoler avec une femme, comme on l'a vu dans le point 4.1.
[22] Dvar Halakha (סי' ד ס"ט), car s'il n'y avait qu'un seul enfant, il y aurait à craindre qu'il s'endorme.
Dernière édition par Rav Mordehai Alberman le Mar 09 Juin 2026, 7:39; édité 3 fois