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1. pourquoi ça a fermé ?
Je comprends que vous parlez de l’école Methivta mentionnée plus haut.
La raison de sa fermeture est longue (et douloureuse), mais aussi instructive.
Comme certains m’ont reproché de ne pas avoir fait tout ce que j’aurais pu faire pour éviter ce qui s’est finalement passé, voire d’en être (en partie) responsable, je clarifie un tout petit peu le déroulement, sans entrer dans les détails du tout, car le but n’est pas de redéclencher une discorde.
Ça a très bien marché pendant 4 ou 5 ans, il y avait deux associés qui y ont mis toutes leurs ressources et fortune (kol hakavod aux deux).
Hélas, au bout de quelques années, il y a eu un point de désaccord entre eux. C’est terrible mais c’est souvent comme ça.
Nous pensions nous être prémunis face à ces situations prévisibles en faisant signer à chacun d’eux un engagement stipulant qu’en cas de désaccord entre eux, ils se référeraient à une entité rabbinique préalablement désignée et acceptée et se plieraient à sa décision, pour le bien de la Methivta et de la communauté.
Au départ, ladite entité était vouée à être constituée de trois personnes : Le Rosh Methivta, Rav Ariel Gay et votre serviteur. Mais d’emblée, l’un des deux associés a considéré qu’il pourrait y avoir un conflit d’intérêt si le Rosh Methivta siégeait dans ce « conseil rabbinique », puisqu’il était salarié de la Methivta (ce qui signifie, indirectement, des deux mécènes associés sur la Methivta). Il a donc été décidé que l’entité décisionnaire serait exclusivement constituée des deux autres, à savoir Rav Gay et moi-même. Il fallait espérer qu’il n’y ait pas de désaccord entre nous deux, sans quoi nous ne pourrions arbitrer un conflit en suivant une majorité, mais ce n’est pas ça qui a finalement posé problème.
Lorsque le désaccord entre les associés éclata, Rav Gay et moi avions été consultés pour arbitrer, comme prévu par le contrat initial signé par chacun des associés. Nous avions rendu notre décision, mais l’associé à qui nous donnions « tort » n’a pas respecté son engagement (de s’en remettre à notre décision) et n’a pas tenu parole (ou plutôt : n’a pas « tenu écrit » car il s’y était engagé oralement mais aussi par écrit en signant cet engagement).
Il s’est ensuite débrouillé pour évincer et exclure légalement de l’association le second associé, de sorte qu’il se retrouvât seul maître à bord. Il renvoya le Rosh Methivta qui lui avait, lui aussi, donné tort dans ladite affaire, et continua l’aventure seul, en engageant un nouveau Rosh methivta, puis une nouvelle équipe d’enseignants et il dirigeait seul la Methivta.
C’était le début de la fin.
Les Rabanim (« importés » d’Israël) qui ont occupé le poste de Rosh Methivta par la suite étaient certes des talmidei ‘hakhamim, mais pas aussi doués que le premier qui avait réussi à installer une véritable ambiance de Ahavat Torah.
Certains des Rabanim se sont disputés, eux aussi, avec le dirigeant, et l’équipe a été changée au fur et à mesure.
[Parenthèse nécessaire pour ceux qui se disent que ce n’est pas applicable dans leur cas, en pensant qu’on avait ici affaire à un homme de peu de valeur, un tricheur sans morale, un bandit sans Midot : non, détrompez-vous, rien de tout ça.
Il s’agit d’une personne raffinée, affable, polie, serviable, intelligente, bien intentionnée et qui se dévouait corps et âme pour un projet spirituel dont elle n’a jamais eu l’espoir de tirer un avantage financier, c’est tout le contraire, elle y a mis toute sa fortune et toute son énergie.
Il ne faut donc pas s’imaginer ne pas être concerné.
Comprenez bien que c’est ma vision que je vous livre, lui en aurait probablement une autre selon laquelle il aurait parfaitement respecté sa parole etc.]
Tenir seul financièrement était un défi de taille, aucun des deux associés du départ n’était assez fortuné pour cela, et même à eux deux, il fallait encore faire un gala pour assurer toutes les dépenses et frais liés à cette école d’excellence.
Lorsque l’un des deux fondateurs s’est retrouvé seul, je me suis demandé comment il comptait s’en sortir. Il faut comprendre qu’on ne parle pas de gens immensément riches qui n’auraient simplement qu’à réserver une plus grande partie de leur Maasser pour combler le manque occasionné par l’exclusion du partenaire. Ces gens-là donnaient déjà tout ce qu’ils pouvaient pour la Methivta, bien plus que 10% de leurs revenus et bien plus que 20% aussi (et plus encore).
J’ai supposé qu’il dût avoir un plan d’association avec un autre mécène, mais il semblerait que ça n’ait pas fonctionné, car la Methivta battait de l’aile financièrement et les enseignants se plaignaient de ne pas être payés.
Plusieurs d’entre eux sont venus s’en plaindre chez moi (et chez différents rabanim), je leur ai répondu que je n’avais plus aucun « pouvoir » dans cette Methivta et que le dirigeant ne m’écoutait plus.
Les choses allèrent s’empirant, jusqu’à la fermeture totale.
Mais dès le schisme et le renvoi d’un des deux « actionnaires » par son associé, j’avais compris que la Methivta était déjà condamnée spirituellement.
Tout ceci pour dire qu’on a beau tout prévoir, on n’est jamais à l’abri du Satan qui peut faire souffler un vent de folie et détruire une institution qui réussissait au-delà de toute espérance.
Le co-fondateur qui a déclenché tout ça, qui a trahi sa parole (et son associé) et n’a pas respecté son engagement signé, et qui a finalement (sans le vouloir et sans s’en rendre compte) « assassiné » cette yeshiva, est persuadé qu’il l’a fait Leshem Shamayim, que c’était ce que D.ieu attendait de lui à ce moment, et qu’il a fait à chaque étape ce qu’il y avait de mieux à faire.
C’est là que c’est compliqué à gérer ce genre de « ma’hloket ». Chacun perçoit et voit les choses depuis son angle de vue.
J’avais tenté à de multiples reprises de lui parler
(amicalement, car déjà bien avant d’être un des fondateurs de cette école, c’était un ami) dans le but de le comprendre et pour qu’il prenne conscience de ce qu’il faisait. Et ce, même après qu’il ait commencé à faire des choix avec des conséquences irréversibles.
Mais au bout d’un moment il n’a plus voulu m’écouter et a refusé mes demandes de RDV pour qu’on puisse se parler.
Il devait naturellement se dire que c’était ma vision qui était biaisée et que je croyais, par effet de yetser hara, que j’œuvrais Leshem Shamayim, mais qu’en fait ce que je disais n’était que le fruit de mon yetser hara et que j’œuvrais pour mes intérêts, mon Kavod et mon orgueil etc.
C’est pour ça que c’est compliqué à gérer ces situations. Chacun pense qu’il est motivé Leshem Shamayim et que l’autre est aveuglé par ses intérêts, sa bêtise ou son orgueil.
Que le lecteur me comprenne bien, je ne viens pas dire que « j’avais raison », ce n’est pas ce qui nous intéresse aujourd’hui, je pense effectivement que j’avais raison mais c’est toujours comme ça, chacun pense qu’il a raison et l’autre tort, et ne tient souvent pas assez compte de la perception de l’autre.
Mais même si lui pense que c’est moi qui avais tort, le fait est que cette yeshiva n’a pas retrouvé la même hatsla’ha, n’a fait que péricliter en raison de multiples difficultés qui se sont acharnées contre elle et a finalement rendu l’âme au bout de quelques années
(alors qu’il avait continué à déployer efforts et investissements sans relâche pour la maintenir).
Bien entendu, il doit se dire que c’était un concours de circonstances qui n’avaient rien à voir avec ce qu’il avait fait et les décisions qu’il avait prises
(que des Rabanim lui avaient pourtant reprochées). Mais il me semble que celui qui analyse avec du recul la série de difficultés que cette école a rencontrées par la suite, ne misera pas avec assurance sur un concours de circonstances totalement fortuit.
Je ne peux ni ne veux rapporter ici moult détails pour expliquer et préciser mon propos, je n’ai mentionné que ce qui est de notoriété publique, ce que tout le monde a su et vu à l’époque, car je ne souhaite pas relancer cette polémique destructrice qui a causé tant de dégâts, tant de mal, tant d’incompréhensions, tant de malentendus et tant de souffrances de part et d’autre. Que chacun reste sur sa position, de toute façon le plus grand mal est fait et cette yeshiva est détruite.
Et pourtant, il s’agit d’un juif Yeré Shamayim, qui respecte les Mitsvot, qui étudie la Torah et qui a consacré sa fortune pour cette institution de Torah. Il appartient à ce qu’on appelle la crème de la crème des Baalei Batim de nos Kehilot Frum.
Il existe certes de plus grands donateurs qui font tenir les Yeshivot, mais rares sont ceux qui investissent (proportionnellement) une si grande part de leur fortune, de leur énergie et de leur temps comme il l’a fait.
Il ne vivait pas dans le luxe, ne dépensait pas des fortunes pour les vacances ou les voitures, il se consacrait et consacrait son argent à cette yeshiva-école, et avec beaucoup de dévouement et d'abnégation. Ces gens-là sont très rares et très précieux.
Je peux considérer qu’il a entrainé la perte de cette yeshiva, sans que cela ne m’empêche de voir et reconnaitre son investissement remarquable pour elle, ses efforts et son dévouement.
C’est terrible, c’est un peu comme un parent qui tue son propre enfant sans s’en rendre compte.
Je lui avais fait savoir que ce qu’il faisait était grave, que les conséquences en seraient irréversibles et qu’il condamnait la Methivta par sa volonté de n’en faire qu’à sa tête en dépit des avertissements et mises en garde des Rabanim mêlés à cette affaire. Mais rien n’y fit, il fit fi de mes remontrances.
J’avais tenté de trouver de l’aide et des conseils auprès de plusieurs Rabanim, certains n’habitant pas en France et d’autres plus proches géographiquement, comme Rav Rozenberg z’’l, Rav Brand etc. mais ça n’a pas suffi à le faire changer d’avis.
Nous constatons aussi, malheureusement, que des discordes sévirent à différentes époques dans plusieurs Yeshivot. Généralement, c’est le même « scénario » qui revient : les deux clans se réclament du « Leshem Shamayim »...
Rav ‘Haïm Shmulevitz soulignait que de nombreuses entraves et difficultés n’ont pas réussi à détruire les Yeshivot comme la Ma’hloket a pu le faire.
Comment éviter ce danger ? Comment se prémunir et garantir que cet écueil n’abîmera pas les efforts investis ? Je ne sais pas.
Il semblerait que le Zkhout de s’inscrire dans l’histoire de la transmission de la Torah ne soit pas si facile d’accès, et chaque promotion réussie de cette Methivta est un mérite à part et duquel il faut se réjouir, même si on aurait pu espérer qu’il y en ait bien plus et pendant bien plus longtemps.
Avant de conclure, je rappelle que le but de ce message n’est pas de réveiller une vieille ma’hloket déjà enterrée et c’est pourquoi je me suis borné à n’en mentionner que des grands axes, connus de tous à l’époque et reconnus par tous. Ces infos sont assez factuelles et difficilement discutables il me semble, il y a beaucoup plus à dire et des tas d’autres détails importants, mais il serait dangereux et inutile d’en parler ici.
Dangereux car étant donné qu’ils n’étaient pas si publics que ça à l’époque, les « dévoiler » raviverait des tensions qui n’apporteraient rien de très positif.
Et inutile, car le peu qui a été ici mentionné suffit amplement à montrer que la création d’une Yeshiva/de Mosdot d’excellence n’est pas sans risque, même avec des gens qui nous paraissent au-delà de tout soupçon, qui sont impliqués et dévoués, et même en prenant toutes les précautions possibles par des contrats signés et des engagements officiels.
Je ne dis pas que cela doive nous bloquer et nous refroidir, mais il faut en être conscient, car ça peut s’avérer très dur à vivre en cas de « ma’hloket ».
C’est là le but de mon message. C’est pourquoi je souligne aussi [ce qui me semble être] la vision de la personne qui porte selon moi la responsabilité de la mort de cette Yeshiva, en disant qu’elle se réclame du Leshem Shamayim et des bonnes Midot et pense avoir fait les bons choix aux bons moments et que c’est au contraire moi qui ai été aveuglé par mon Yetser Hara, mes intérêts, mon Kavod, ma bêtise, etc.
Mon objet n’est pas de trancher entre nous ni de plaider ma cause, mais de prévenir qu’en matière de désaccord sur un mossad d’excellence, le grand danger est que chacun se réclame du Leshem Shamayim et soit persuadé que l’autre s’égare. Dès lors, il deviendrait très difficile de raisonner son adversaire et presqu’autant d’éviter le schisme.