Citation:
Qui est Hachmonay à Hanouca ? C'est un prénom ?
Ce n’est pas un prénom mais un surnom, et certains y voient un « nom de famille », c-à-d un surnom qui désignait une famille et non un seul individu.
(Les commentateurs qui parlent des « חשמונאים » , (au pluriel) considèrent que c’est un « nom de famille ».)
Dans le texte du Al Hanissim on dit
בימי מתתיהו בן יוחנן כה"ג חשמונאי ובניו
Et il n’est pas très clair si ‘hashmonaï se rapporte à מתתיהו ou à son père יוחנן. A priori il s’agit du fils, מתתיהו.
C’est ce qui ressort du
Midrash Sho’her Tov (§36) : « ונגאלו על ידי מתתיהו חשמונאי ובניו », et c’est que l’on comprend de plusieurs Rishonim, voyez par exemple le
Ramban (Beréshit 49,10) qui écrit lui aussi מתתיה חשמונאי.
Le
Radak (Tehilim 68,32) aussi écrit sur l’explication du mot חשמנים la phrase suivante: הם הסגנים והגדולים כמו שנקרא מתתיה חשמונאי (il ne s’agirait donc pas d’un surnom propre à מתתיה exclusivement). C’est aussi ce qui ressort du
Radak (Zekharia 11,14).
On voit ça aussi dans le
Méiri (Pti’ha de Avot, éd. Zikhron Yaakov p.6 sv. Vehamalkhouyot).
Idem dans le
Seder Hakabala du Raavad (éd. Bnei Torah p.9) où ‘Hashmonaï חשמונאיest un surnom de מתתיהו (et n’est pas un « nom de famille »).
Mais d’autres Rishonim l’ont compris autrement, il s’agirait de Yo’hanan.
Le
Aboudarham (‘Hanouka) explique le Al Hanissim et écrit explicitement que ‘Hashmonaï est le surnom de Yo’hanan (et non de son fils) : פירוש יוחנן המכונה חשמונאי
A priori, si c’était le cas, au lieu de בימי מתתיהו בן יוחנן כה"ג חשמונאי ובניו , on aurait dû dire בימי מתתיהו בן יוחנן חשמונאי כה"ג ובניו.
C’est l’argument du
Pri ‘Hadash pour dire que חשמונאי ne se rapporte pas à יוחנן.
Voyez le
‘Hida dans
Kissé Ra’hamim dans son commentaire
Tosfot sur
Massekhet Sofrim (§20,8).
Il y cite le
Bérakh Its’hak qui comprend que ‘Hashmonaï se rapporte à Yo’hanan
(il indique le Seder Olam à l’appui, qui dirait que Yo’hanan aurait deux noms, Yo’hanan et ‘Hashmonaï, mais on n’y pas cette information) et s’oppose au
Pri ‘Hadash [il résulterait de cette divergence, une prononciation légèrement différente qu’on pourrait rendre en ‘hashmonaï et ‘hashmonay ; selon le Bérakh Its’hak c’est le nom de la personne, donc on dit ‘hashmonay (avec un pata’h sous le Alef), alors que pour le Pri ‘Hadash c’est ‘hashmonaï (avec un ‘hirik sous le Alef) car c’est un nom de famille], mais l’argument contre le
Bérakh Its’hak reste que d’après lui il aurait plutôt fallu dire מתתיהו בן יוחנן חשמונאי כה"ג ובניו.
Le
Ben Ish ‘Haï (pour le coup, par cohérence, il faudrait alors écrire ‘Hay, mais en matière de retranscription je suis un peu les conventions établies lorsqu’elles existent) dans
Rav Pealim (IV, §31) attribue cet argument au
Batei Knessiot (§682) tout en déplorant que le
‘Hida (Birkei Yossef o’’h §682) n’ai pas pris parti entre le
Pri ‘Hadash et le
Bérakh Its’hak en se contentant, à son habitude, de citer ce que chacun dit sans se prononcer, il préfère alors la démarche du
Batei Knessiot qui explique que d’après le
Bérakh Its’hak il aurait fallu dire מתתיהו בן יוחנן חשמונאי כה"ג ובניו.
C’est étonnant car s’il est vrai que le
‘Hida ne le dit pas dans son
Birkei Yossef, il le dit dans son
Kissé Ra’hamim (op cit.). Il semblerait que le
Ben Ish ‘Haï ait oublié ce passage du
Kissé Ra’hamim, ou peut-être n’y avait-il pas accès.
Cet argument pour la défense du
Pri ‘Hadash vaut ce qu’il vaut, néanmoins, j’ai trouvé une source assez solide qui semble prouver qu’il s’agit bien d’un surnom de Yo’hanan, il s’agit de
Flavius Josèphe qui écrit dans
Mil’hémet Hayehoudim (1,1,3) (éd. Reouven Mass, Jér. 1993, p.25) [ou en français
La guerre des Juifs (1,1,3) (éd. de Minuit, Paris 1977, p.125)] מתתיהו בן חשמונאי.
[Et on ne peut pas imaginer que חשמונאי soit un nom de famille et בן חשמונאי voudrait dire « rattaché à la famille ‘hashmonaï », car si le terme « ben » peut avoir cette acception en hébreu, il ne faut pas oublier que Josèphe a écrit son livre en grec et dans cette langue, comme en français, lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il est « fils de ‘Hashmonaï », ça veut dire que c’est le nom ou le surnom de son père.]
On lit aussi dans le
Shaar Haguilgoulim (§32) « אח"כ נתגלגל במתתיה בן חשמונאי ». Là, pour le coup, on peut imaginer qu’il s’agisse d’un nom de famille, mais en tout cas חשמונאי ne serait pas le surnom exclusif de מתתיה. Voir aussi
Shaar Haguilgoulim (§38).
Il existe une autre lecture qui considère que ‘Hashmonaï ne serait ni le père ni le fils :
Dans le
Targoum Shir Hashirim (6,9) on peut lire :
נפקו בני חשמונאי ומתתיה וכל עמא דישראל ואגיחו בהון קרבא
Il y a aussi une version du Al Hanissim dans
Massekhet Sofrim (§20,8) qui comporte un Vav avant ‘hashmonaï et ça change tout:
בימי מתתיהו בן יוחנן כהן גדול וחשמונאי ובניו
On comprend qu’il s’agit d’une autre personne.
C’est aussi ce qui ressort du Talmud
Meguila (11a) שהעמדתי להם שמעון הצדיק, וחשמונאי ובניו, ומתתיה כה"ג, on comprend que ‘hashmonaï est une tierce personne, ni מתתיה ni son père.
Mais voyez le
Ben Ish ‘Haï dans
Benayahou sur
Meguila (11a sv. Lo Meastim) qui semble avoir une autre version de la Gmara : ומתתיה בן יוחנן כה"ג וחשמונאי ובניו, au sujet de laquelle il indique qu’il y a une erreur de copiste et qu’il faut effacer le Vav au début de וחשמונאי pour donner ומתתיה בן יוחנן כה"ג חשמונאי ובניו.
Seulement, dans la version que nous avons dans la Gmara, effacer un Vav ne suffira pas vraiment. Toutefois, dans le
Shas de Munich (Dikdoukei Sofrim ad loc.) la version est : שהעמדתי להם יוחנן בן מתתיה כה"ג.
L’excellent
Rav Aharon Lewin dans son
Shout Avnei ‘Héfets (§58,11) s’étonne de cette Gmara
Meguila, n’imagine pas que חשמונאי puisse faire allusion à une tierce personne et indique que la version du
Dikdoukei Sofrim semble plus satisfaisante.
Un peu plus haut
(§58,6) il parle d’une autre question qui est plus répandue : savoir si le titre « כהן גדול » se rapporte au père ou au fils.
Il prouve du
Rambam (hil. Klei Hamikdash §5,7) qu’il s’agit du père (Yo’hanan) car le fils habitait en dehors du Jérusalem, ce qui n’est pas possible pour le Cohen Gadol comme l’écrit le
Rambam.
Cependant, la Gmara
Meguila (11a) appelle bien le fils cohen gadol (מתתיה כה"ג), ce qui l’amène à conclure que l’appellation Cohen Gadol (là-bas et dans Al Hanissim) ne signifie pas le « cohen gadol » auquel nous pensons, mais veut dire « un grand cohen » comme on dirait « un grand homme ».
Dans son
Hadrash Vehaïyoun (Vayikra), il apporte des preuves que ‘Hazal s’expriment parfois ainsi, et une nouvelle preuve encore dans son
Shout (§58,10).
[Quand j’étais à la yeshiva,
Reb Berl Powarsky avait donné une explication similaire pour expliquer un
Rambam étrange qui écrit
(Hil. Psoulei Hamoukdashin I,23) : והולכה שלא ברגל אינה הולכה. לפיכך כהן גדול שקבל את הדם ועמד במקומו וזרקו למזבח נפסל הזבח
Les commentateurs s’étonnent, pourquoi le
Rambam parle spécifiquement du Cohen Gadol, la Zrika se fait parfaitement avec un cohen hédiot ! Et
Rav Powarsky d’expliquer que l’intention du
Rambam n’est pas de parler du cohen gadol, mais d’un cohen grand de taille, ce qui lui aurait permis de procéder à la Zrika sans accomplir la Holakha…]