Citation:
Vous avez dû entendre parler, du rav Koshlevsky, rosh yeshiva qui a eu un enfant à 88 ans.
Torah box a même fait un livre à son sujet relatant ce miracle.
Je me permets de poser une question qui peut paraître déplacée : au delà de l'aspect miraculeux de la naissance, l'aspect magnifique du papa qui a attendu tant d'années, je suis un peu mal à l'aise pour plusieurs raisons :
1. La principale : même si nous ne nous basons pas sur les statistiques et que hashem est au dessus des chiffres , nous savons plus ou moins qu'un enfant qui nait d'un père qui a 88 ans, ne devrait pas avoir ce dernier à ses côtés très longtemps...
Et même si c'est le cas, combien d'années pourra il être investi, et lucide avec son enfant ?
Je me place du point de vue de l'enfant, potentiellement jeune orphelin ( has veshalom ) : est-ce que de son point de vue ce n'est pas légitime de se dire plus tard que c'était un peu égoïste de la part de son père de faire un enfant aussi tard ( pour réaliser la mitsva de pirya verivia )
Alors oui vous me direz que sa mère est plus jeune ( quoi que âgée de 55 ans il me semble à la naissance ? ) , mais malgré tout je me mets à la place de cet enfant.
Et bien entendu je sais : un papa bien portant peut mourir subitement a 30 ans, là où un rosh yeshiva de 88 ans peut en vivre encore 20 en bonne santé, mais je réfléchis de manière rationnelle.
2. Le danger de la grossesse pour la maman et l'enfant :
Toutes les études le prouvent : grossesse + 50 ans : au-delà de la chance de grossesse naturelle sans don d'ovocytes, qui est en dessous de 1 %, la femme s'expose de manière très concrète ( pas de vastes risques, on parle bien de risques concrets ) : hypertension, diabète, pre éclampsie, césarienne obligatoire.
Et le bébé aussi est exposé a un degré moindre : risque de prématurité, et retard de croissance.
Donc elle a pris de gros risques...
En gros ma question : LA MITSVA A REALISER DE PIRIA VERIVIA DANS CE CONTEXTE NE PASSAIT ELLE PAS EN SECOND PLAN ? N'y a t-il pas des fois dans la vie où en quelque sorte il faut se dire " ok, j'ai pas eu ce zhout, maintenant c'est plus le moment de forcer les choses, même si je raté la mitsva " ( pour les raisons évoquées plus haut )
Si Avraham et Sarah avaient suivi votre conseil, nous ne serions pas là à en discuter 😊.
Vous dites que le bébé, plus tard, pourrait en vouloir à son père. Je ne sais pas, c’est compliqué, il pourrait aussi se dire que si son père n’avait pas persévéré et tant prié pour l’avoir, il ne serait pas là ! il ne serait pas né.
Alors qu’est-ce qui est mieux entre naître avec un père de cet âge ou ne pas naître du tout ?
Naître ou ne pas naître, telle est la question...
Et puis,
Rav Kushlevsky s’en est finalement remis à la décision de D.ieu, tout Rosh Yeshiva qu’il est, il n’est pas en position de décider d’une naissance, surtout à cet âge ! Il fait sa Hishtadlout et c’est à D.ieu de décider s’il est bon ou non de confier un enfant à un tel vieillard.
Il semblerait que D.ieu ait opté pour le lui confier.
Je le souligne dans son cas en raison de son âge. Je veux dire que lorsqu’une personne commet une Aveira et donne naissance à un Mamzer, on ne peut pas si aisément dire que D.ieu aurait opté pour qu’il y ait un Mamzer, car « al pi dérekh hatéva » une grossesse peut arriver. Mais lorsque les deux parents sont âgés, « al pi dérekh hatéva » il n’y a généralement pas de grossesse, donc il y a une Svara de dire qu’il s’en remet à D.ieu.
Ceci étant dit, je comprends tout à fait votre idée, c’est certain que cet enfant n’aura pas une enfance « idéale » de
notre point de vue.
A priori, tout le monde préfèrerait avoir ses parents un peu plus longtemps et avoir des parents plus jeunes.
Mais diriez-vous la même chose à une personne plus jeune mais malade רח"ל, qui a trente ans mais qui ne sait pas si elle arrivera à 40, faut-il lui interdire d’avoir un enfant ?
Ou, en moins « accentué », une personne en pleine forme mais handicapée ; là aussi on pourrait se dire qu’a priori un enfant préfère grandir avec des parents « comme tout le monde ». Est-ce une raison pour interdire à ceux qui sont un peu plus différents des autres d’avoir des enfants ?
Ou, en moins « accentué » encore, une famille pauvre doit-elle aussi être privée d’enfants, en partant du principe qu’un enfant, a priori, préfère grandir dans une famille, si ce n’est riche, au moins à l’aise et à l’abri du besoin?
Bref, avec ce raisonnement on peut aller loin. Et si l’on demande à l’enfant ce qu’il préfère entre naître dans cette famille et ne pas naître (c-à-d disparaitre sur place), il est probable qu’il préfère naître (vivre).
Certains diront que s’il n’était pas né il n’en aurait pas eu conscience, mais ça aussi c’est une supposition, nous n’en avons aucune garantie. Et si l’on croit à l’existence de l’âme indépendamment du corps (pour après 120 ans), c’est donc que l’âme avait une conscience avant d’arriver dans le corps, le fait qu’on l’ait oublié ne l’efface pas (si ce n’est de notre mémoire).
Maintenant, si vous me demandez si c’est ce qu’auraient fait tous les Rabanim dans son cas, je ne le pense pas.
Plusieurs grands Rabanim auraient voulu avoir un enfant et n’en ont pas eu (Reb Reouven Margulies, le Rabbi de Loubavitch, le ‘Hazon Ish…) et, à ma connaissance, ils ne caressaient plus cet espoir une fois octogénaires (le ‘Hazon Ish ne l’a jamais été).
Je ne dis donc pas qu’il faille imiter
Rav Kushlevsky, je dis seulement que vos arguments peuvent être relativisés.
D’un autre côté, vous êtes tout à fait en droit de ne pas partager l’euphorie collective autour de cet évènement en n’y voyant que du positif ; effectivement, cet enfant ne va pas grandir dans des conditions similaires à celles de ses amis, il aura des parents âgés et son père sera plus vieux que les grands-pères de ses copains d’école. Mais chacun naît dans des conditions particulières et un contexte familial unique, c’est la vie. Le
Baal Shem Tov aussi est né de parents âgés…