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D. a proposé la Torah aux nations. Comment exactement ?

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etane
Messages: 39
Bonsoir rav,
On m’a posé la question suivante :
Le midrash dit que D. a proposé la torah à toutes les nations mais qu’elles ont toutes refusé. Comment exactement cela s'est concrètement passé ? D. est-il apparu comme à Avraham à chaque goy individuellement pour lui demander s’il accepter ?
Merci beaucoup pour votre réponse.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7313
Citation:
Bonsoir rav,
On m’a posé la question suivante :
Le midrash dit que D. a proposé la torah à toutes les nations mais qu’elles ont toutes refusé.Comment exactement (concrètement) cela s’est-il passé ? D. est-il apparu comme à Avraham à chaque goy individuellement pour lui demander s’il accepter ?


Non, je ne pense pas que chaque individu ait été consulté, il s’agit d’une idée Agadique, D.ieu s’est adressé à l’essence de chacun des peuples via leur « Sar » (~Malakh) préposé.

Cela signifie que « leur façon d’être » a refusé la Torah, en ce qu’elle (leur façon d’être) est orientée autrement que le sens que la Torah tente de nous inculquer.

Voyez une idée très proche de celle-ci dans les mots du Maharal (Gvourot Hashem §72 -p.328a) « ולא מצאנו ששלח השם אליהם נביאים. אלא שראה בהכנתם אם יש להם הכנה לתורה, ולא מצא בם הכנה לתורה, וזהו מיאון שלהם ».
C-à-d que leur refus n’est rien d’autre que leur nature, leur mentalité, leur volonté profonde.
Voir aussi dans le même sens le Maharal dans un autre de ses livres, Tiféret Israel (§1 -p.9b).

Si je dis que c’est une idée « très proche » bien qu’il soit probable que ce soit exactement la même, c’est parce que je m’écarte un peu de ce qui pourrait paraître raciste dans les propos du Maharal.
Voilà pourquoi je parle de leur « façon d’être » plutôt que de leur « nature » comme on le comprendrait du Maharal.
Il y a plusieurs phrases qui semblent « racistes » dans les Sfarim du Maharal, comme dans le cas qui nous occupe (la citation que j’ai rapportée ne l’indique pas forcément, c’est le contexte, ayen sham), mais on peut souvent le lire autrement et exclure toute xénophobie de son propos.

Bref, ‘Hazal, à travers une parabole, expliquent a posteriori pourquoi la Torah n’a pas été donnée aux Nations et disent que même si elle leur avait été proposée, elles l’auraient rejetée.
Le Midrash (dans la majeure partie des occurrences) parle de trois Nations (Essav, Yishmael, Amon&Moav) et chacune « refuse » en raison d’une Mitsva du Décalogue, mais qui fait aussi partie des Shéva Mitsvot Bnei Noa’h, לא תרצח, לא תנאף, לא תגנוב.
C’est une manière de dire que ces trois peuples enfreignaient à une trop grande fréquence ces péchés, alors que les Hébreux s’en gardaient bien mieux.

Voilà pourquoi je souligne qu’il s’agit de leur « façon d’être » et non de leur « nature » car, bien entendu, même les descendants de ces gens peuvent se parfaire sur ces points.

Il faut se souvenir, concernant les deux Nations qui existent encore (parmi ces trois), Essav et Yishmael, qu’elles étaient polythéistes à cette époque. Une grande partie de leurs descendants a depuis choisi le monothéisme, ça change la donne. (Le Rambam perçoit dans cette évolution positive une préparation aux temps messianiques.)

[Il faut aussi souligner que parmi les nombreuses versions de cette Agada, il en est une, dans les Pirkei deRabbi Eliezer (§41) qui ne mentionne pas Amon (et Lo Tinaf) mais « tous les autres peuples » qui, eux, auraient refusé en raison du Issour Avoda Zara.
Sur place, le Radal (§14) souligne qu’Essav et Yishmael étaient par contre prêts à accepter cette Mitsva (puisqu’ils ont buté seulement sur d’autres Mitsvot) car ils sont tout de même des descendants d’Avraham le monothéiste.
Voir aussi Nitsotsei Or (Avoda Zara 2b §9) qui, après avoir souligné que des psoukim on ne parle que de deux peuples, indique le Zohar (Raya Meheimna) (Pin’has daf 227b) qui parle de 72 peuples. Voir aussi Safa Leneemanim (Varsovie 2021, note 231, p.365).]


L’idée que j’ai ajoutée en parlant du « Sar »/Malakh représentant de la Nation, se trouve dans le Zohar (III, 192b).
Le Zohar (III, 192a) pose la question : « lorsque D.ieu est allé proposer la Torah à Séir et à Paran, à quel prophète s’est-il adressé pour le faire ? Car il n’y a eu de dévoilement devant tout un peuple que pour le peuple d’Israel ».
Et le Zohar (192b) répond que D.ieu ne s’est pas adressé à un prophète de Séir, mais à Samael.

Je sais que certains diront que ce sont là deux idées distinctes, mais je ne partage pas leur opinion, je pense que ce qu’a écrit le Maharal n’est rien d’autre que ce que dit le Zohar, cette idée de consultation du Sar/Malakh signifie exactement ce que j’expliquai plus haut, que leur « façon d’être » et leurs objectifs de vie était incompatibles avec la Torah.

Après avoir écrit ceci, j’ai eu le plaisir de remarquer que le Avnei Nezer (Shout Y’’D §454, 44 -daf 144a) m’avait devancé en cela et, après avoir cité le Zohar (avec une erreur de référence, au lieu de 132, il faut lire 192, les deux se ressemblent en Ktav Rashi) qui dit que D.ieu s’est adressé au Sar de chaque nation, il ajoute : וכיוצא בזה הם דברי מהר"ל בס' גבורות אלא שאמרה בלשון אחר (~ le Maharal dit la même chose mais avec d’autres mots).

Tout cela étant dit, fondamentalement, rien ne s’opposerait à imaginer que D.ieu, avant de nous envoyer Moshé Rabénou, se soit révélé à un prophète (ou un représentant) desdites Nations pour qu’il propose la Torah à son peuple.
C’est ce qu’a compris (et écrit) le Rambam, dans Iguéret Teiman (Leipzig 1859, daf 4a) (éd. Sheilat, p.135), D.ieu se serait dévoilé à un représentant de chacune de ces nations pour leur proposer la Torah avant de nous la proposer par Moshé. [C’est a priori contredit par le Zohar, mais ce n’est pas de nature à poser problème au Rambam. Certains pensent qu’il ne l’aurait même jamais lu…]

Comme j’ai mentionné quelques différences de version dans cette Agada entre les sources, j’ajoute aussi que certaines sources un peu plus folkloriques se sont embrouillées et ont attribué à Yishmael (Paran) le passouk de Lo Tinaf (alors que c’est celui d’Amon, tandis que Yishmael c’est Lo Tignov).

Il est probable que cette confusion soit aussi basée sur un Maamar des ‘Hazal dans Kidoushin 49b (עשרה קבים זנות ירדו לעולם, תשעה נטלה ערביא).
A tel point que l’on trouve cette erreur, même parmi les A’haronim classiques, comme le Kdoushat Levi (Drush Leshavouot ד"ה ונבאר הכתוב) (et il la répètera une seconde fois par la suite peu après).

[Et Agav deAgav, le texte en question est aussi enclin à donner une impression très nette de xénophobie, comme cela arrive souvent dans les textes de certains kabbalistes.]

Et pour une version vraiment folklorique, il y a le chant de Yom Tov Ehrlich dans lequel D.ieu propose la Torah à d’autres pays et chacun refuse en raison d'une certaine Mitsva… Il ne s’est pas trompé pour Yishmael, mais il ajoute avec malice plusieurs pays et leur attribue donc un vice.

[Et toujours la rubrique Agav deAgav deAgav (cf. Yad Malakhi §8 sur Aydei DeAydei DeAydei, cependant on peut y voir une objection à partir de ce qu’il écrit dans §645 et aussi le Maguia dans ses Héarot daf 231a s’oppose à ce ‘hidoush), le passouk qui rebute les anglais y est Lo Ta’hmod, alors que d’après mon maître R. ‘Haïm Yaakov Rottenberg ז"ל, la aveira liée à cette langue serait le Shéker.]

PS: vu l'heure tardive, je ne me relis pas, désolé pour les fautes.
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