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Les trois principes de Rav Elyowicz z"l

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Yaer
Messages: 5
Bonjour Rav Wattenberg,

Je voulais connaître votre avis concernant ce passage tiré du livre écrit sur Rav Arouch d’Aix-les-Bains, vendu lors du kinous des 80 ans de la yeshiva.

Pourquoi Rav Elyowicz a-t-il mis l’accent sur ces points en particulier ?

Je cite :

Rav Elyowicz formula à l’intention de Rav Arouch une promesse d’une portée éternelle : il mériterait le Olam Haba à condition de s’attacher rigoureusement, tout au long de sa vie, à trois principes.

Le premier consistait à porter en permanence deux couvre-chefs, que ce soit dans l’intimité du foyer ou dans l’espace public. Rav Arouch observait scrupuleusement cette directive : il associait la kippa à une casquette à l’intérieur, et à un chapeau à l’extérieur.

Le second principe lui imposait de ne pas recourir à l’érouv, fût-il méhoudar. Fidèle à cette directive, il s’en abstenait avec la plus grande vigilance.

Enfin, le troisième principe exigeait que Rav Arouch donne son ma’asser exclusivement aux talmidé ‘hakhamim, ce qu’il respecta scrupuleusement tout au long de sa vie.
Une version alternative de ce principe mentionne également l’importance de ne jamais prendre de repas à l’extérieur. Conformément à cette exigence, Rav Arouch ne mangeait jamais à l’extérieur, même lors de réjouissances comme les mariages, préférant se restaurer chez lui avant de s’y rendre.

Merci.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7297
Citation:
Sujet : Pourquoi ces principes en particulier ?

Bonjour Rav Wattenberg,
Je voulais connaître votre avis concernant ce passage tiré du livre écrit sur Rav Arouch d’Aix-les-Bains, vendu lors du kinous des 80 ans de la yeshiva.
Pourquoi Rav Elyovics a-t-il mis l’accent sur ces points en particulier ?
Je cite :
Rav Elyovics formula à l’intention de Rav Arouch une promesse d’une portée éternelle : il mériterait le Olam Haba à condition de s’attacher rigoureusement, tout au long de sa vie, à trois principes.
Le premier consistait à porter en permanence deux couvre-chefs, que ce soit dans l’intimité du foyer ou dans l’espace public. Rav Arouch observait scrupuleusement cette directive : il associait la kippa à une casquette à l’intérieur, et à un chapeau à l’extérieur.
Le second principe lui imposait de ne pas recourir à l’érouv, fût-il méhoudar. Fidèle à cette directive, il s’en abstenait avec la plus grande vigilance.
Enfin, le troisième principe exigeait que Rav Arouch donne son ma’asser exclusivement aux talmidé ‘hakhamim, ce qu’il respecta scrupuleusement tout au long de sa vie.
Une version alternative de ce principe mentionne également l’importance de ne jamais prendre de repas à l’extérieur. Conformément à cette exigence, Rav Arouch ne mangeait jamais à l’extérieur, même lors de réjouissances comme les mariages, préférant se restaurer chez lui avant de s’y rendre.


Ce que j’aime bien sur Techouvot, c’est que les questions sont extrêmement variées et qu’on m’y demande souvent d’expliquer ce que d’autres ont dit ou auraient dit.

Etant donné que je n’ai pas connu Rav Arouch -ni Rav Elyovics qui est Niftar il y a presque 60 ans (en plein Shiour), j’aurais du mal à pouvoir expliquer avec assurance le choix de ces trois points que l’un a conseillé à l’autre.
Y avait-il un lien avec une particularité ou une aptitude spécifique de Rav Arouch ? Je n’en sais rien.
Je vous donne tout de même une réponse, mais en précisant qu’elle ne peut être prise avec assurance puisque je ne connais pas les protagonistes.

Citation:
Le premier consistait à porter en permanence deux couvre-chefs, que ce soit dans l’intimité du foyer ou dans l’espace public. Rav Arouch observait scrupuleusement cette directive : il associait la kippa à une casquette à l’intérieur, et à un chapeau à l’extérieur.

Là, pour le coup, je trouve cela très étonnant.
Je sais que Rav Elyovics n’était pas étranger aux notions de la ‘Hassidout, il était élève du Maharshag et donc de l’école hongroise des élèves du ‘Hatam Sofer.
Ces derniers sont effectivement Makpidim sur le « double kissouy », mais pendant la Tfila, pas 24h sur 24 et à la maison.

C’est d’autant plus étrange que Rav Elyovics lui-même ne suivait pas cette pratique ! Il y a une photo connue de ce Rav en Kipa, sans son chapeau.

Voilà pourquoi il faut prendre avec des pincettes ce qu’un livre rapporte sur un conseil donné six décennies plus tôt, il se peut qu’il manque un détail ou qu’une idée ait été mal formulée, que ce n’était pas exactement ce que le Rav lui avait dit, ou que c’était lié à un contexte qui n’a pas été rapporté.

Par exemple, si Rav Arouch lui avait dit connaitre certains problèmes de Yirat Shamayim liés au Issour Gzeila (de type cleptomanie) [ce que je ne pense PAS], il aurait pu lui conseiller cela en se basant sur la Gmara Shabbat (156b) où il est dit (à propos de R. Na’hman bar Its’hak) que cela pourrait avoir un effet bénéfique de bien se couvrir la tête constamment.

Il me semble que cette « halakha » ‘hassidique est très discutable et son origine pourrait être le fruit d’une interprétation peu plausible de ce passage du Talmud, voyez ce que j’explique à ce sujet ici : https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=56494#56494 .
Mais je veux bien croire que Rav Elyovics adhérait à cette habitude ‘hassidique, seulement l’imposer en dehors des temps de prière me semble excessif (et lui-même ne s’y pliait pas), encore une fois sauf si celui à qui il le conseillait était dans une situation particulière qui nous échappe et que nous ne connaissons pas.
Dans un cas comme dans l’autre, il n’y aurait pas lieu de s’en inspirer dans d’autres situations.


Citation:
Le second principe lui imposait de ne pas recourir à l’érouv, fût-il méhoudar. Fidèle à cette directive, il s’en abstenait avec la plus grande vigilance.

Je suppose que vous parlez d’un Erouv qui permet de porter dans la rue le shabbat (et pas de cuire de Yom Tov pour Shabbat etc.).
Là, ça se justifie beaucoup mieux du point de vue halakhique, car il faut savoir que le Erouv tel que mis en place de nos jours, que ce soit en Israël ou ailleurs, s’il est valide, il l’est pour le Psak ashkenaze, mais un Sfarade qui veut suivre le Shoul’han Aroukh et le Rambam ne peut pas s’en contenter. Les conditions de validations du Erouv pour les sfaradim sont beaucoup plus drastiques et -à ma connaissance- jamais respectées.
Du coup, Rav Elyovics voyant un jeune talmid algérien, l’aurait mis en garde contre le Erouv.


Citation:
Enfin, le troisième principe exigeait que Rav Arouch donne son ma’asser exclusivement aux talmidé ‘hakhamim, ce qu’il respecta scrupuleusement tout au long de sa vie.

L’idée serait qu’en réalité, l’adresse première du Maasser Rishon était le Shévet Lévi. Ce dernier étant de nos jours représenté par les étudiants de Torah (Cf. Rambam, hil. Shmita Veyovel XIII,13), on comprend que la destination idéale pour le Maasser reste ceux qui se consacrent au Limoud Torah.

Citation:
Une version alternative de ce principe mentionne également l’importance de ne jamais prendre de repas à l’extérieur. Conformément à cette exigence, Rav Arouch ne mangeait jamais à l’extérieur, même lors de réjouissances comme les mariages, préférant se restaurer chez lui avant de s’y rendre.

Là, ça peut toucher aux problèmes de Kashrout, très fréquents.
Ou encore, éventuellement à un autre problème propre spécifiquement aux Sfaradim : il est fréquent que les traiteurs, restaurants, etc. emploient des non-juifs qui vont s’occuper de la cuisson des aliments, ce qui les rend impropres à la consommation selon le Rav Yossef Karo (Sfaradim), tandis que les Ashkenazim, suivant le Rama, se contentent d’une très symbolique participation d’un juif à la cuisson pour pouvoir consommer le plat cuit par un non-juif. Voyez ce que j’ai écrit ici : https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=45476#45476

Ou alors, il s’agirait d’une hanhaga de prishout pour un Talmid ‘Hakham, qui consiste à ne pas être מרבה סעודתו בכל מקום (cf. Psa’him 49a).

Quant à l’idée même de mériter le Olam Haba pour le respect de ces principes, je vous cite :
Citation:
il mériterait le Olam Haba à condition de s’attacher rigoureusement, tout au long de sa vie, à trois principes.

Il faut savoir que le Rambam écrit dans son Piroush hamishna sur la fin de Makot (3,16) que l’accomplissement d’une (seule) mitsva à fond, sans aucun calcul personnel, une mitsva 100% Lishma, est déjà en mesure de donner accès au Olam Haba:
כשיקיים אדם מצוה מתרי"ג מצות כראוי וכהוגן ולא ישתף עמה כוונה מכוונת העולם בשום פנים אלא שיעשה אותה לשמה מאהבה כמו שבארתי לך הנה זכה בה לחיי העולם הבא.

Et l’idée de pointer trois conduites sans lien apparent se retrouve plusieurs fois dans le Talmud, par exemple lorsqu’on a demandé à certains sages grâce à quel mérite ils ont bénéficié d’une longévité particulière (voir Meguila 27b-28a).

PS: je ne me relis pas et c'est dommage...
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