Citation:
Faut-il faire trois pas en arrière avant de commencer la amida ou seulement trois pas en avant si on a de la place?
L’idée de faire trois pas en arrière avant d’en faire trois en avant n’est pas mentionnée dans le
Talmud (cf. Yoma 53b) ni dans le
Rif (Brakhot fin de §5), ni non plus dans le
Shoul’han Aroukh (cf. O’’H §123) où il est surtout question de trois pas en fin de Amida.
Voyez le
Rama dans le
Darkhei Moshé ainsi que dans le
Shoul’han Aroukh (o’’h §95,1) qui ne mentionne, concernant le début de la Amida, que les trois pas en avant (au nom du
Rokéa’h §322) [voir aussi
Ma’hzor Vitry (§21), et
Sidour Rashi (§29)].
Et le
Mishna Broura (§95, sk.3) écrit explicitement que l’habitude est de reculer de trois pas avant d’avancer, mais que ce n’est pas demandé par la halakha (
Elia Raba).
Voir aussi
Yalkout Shimoni (Tehilim §763) duquel on comprend qu’il y a 3 pas APRES la Amida mais pas avant.
Toutefois, dans le
Shout Rashban (o’’h §36), tout en étant conscient de l’absence de source, il propose une explication qui serait à l’origine de cette habitude.
Je pense que l’origine de cette habitude est plutôt technique que halakhique, n’ayant pas la place pour avancer de trois pas, ou même, souhaitant se retrouver à sa « place de tfila », les gens ont pris l’habitude de reculer avant d’avancer de trois pas (afin de se retrouver au bon endroit).
Ainsi, il ne faut pas forcément comprendre du
Kitsour Shoul’han Aroukh (§18,2) qu’il soit imposé de reculer de trois pas avant d’avancer, il ne fait que mentionner le Minhag.
Dans le
Aroukh Hashoul’han (o’’h §95,3) aussi on pourrait comprendre que c’est obligatoire, mais je ne pense pas que ce soit ce qu’il dise.
Aussi, de grands Rabanim ne reculaient pas de trois pas (et se contentaient d’avancer de trois pas) avant la Amida, comme le
‘Hazon Ish et le
Steipler (Or’hot Rabénou éd. 2014, I, p.111, §28 et 29), ainsi que
Rav Ovadia Yossef (Or’hot Maran I, p.285).
Néanmoins, des auteurs (souvent sfarades) inspirés par la Kabbale insistent sur la nécessité de ces trois pas en arrière avant d’avancer, comme le
Ben Ish ‘Haï (Beshala’h §3), le
Kaf Ha’hayim Sofer (§95, sk.7), le
Kaf Ha’hayim Palacci (§15,2) et le
‘Hessed Laalafim (§93, sk.6).
Le
Kaf Ha’hayim Sofer, après avoir cité une raison puisée dans le
‘Hout Hashani, donne une autre raison plus proche du Pshat en disant que le fait de reculer avant d’avancer indique une crainte et une soumission (hakhnaa) devant D.ieu.
Après avoir écrit tout ça, j’ai vu que
Rav David Yossef, dans ses notes sur le
Or’hot Maran (I, p.286) rapporte plusieurs auteurs à ce sujet, dont le
Youka’h Na (R. Avraham ben Na’hman Hacohen de Salonique) (§105, sk.3) qui écrirait que l’intention du
Rokéa’h lui-même
(=source du Rama) était d’imposer un recul de trois pas avant d’avancer.