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La Torah en France

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Raph O
Messages: 38
Bonjour Rav,

Vous évoquez à plusieurs endroits les lacunes du judaïsme français, par exemple ici : https://www.techouvot.com/ne_pas_profiter_de_ce_monde_idee_chretienne-vp51161.html,
là : https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=57283#57283
et là aussi : https://www.techouvot.com/olam_hayechivot-vt15127.html

Je me retrouve tout à fait dans le constat que vous faites et je ressens ce manque au quotidien (dans ma vie à Paris). Je trouve cela très frustrant car j'aimerais que les choses bougent et que la Torah puisse évoluer en France (surtout en termes de limoud) afin d'avoir accès à quelque chose de plus authentique et moins infantilisé.

Donc j'aimerais avoir votre avis :

1) Qu'est-ce qu'un juif français peut faire à son niveau (sachant qu'il n'est pas passé par les grandes yechivot pour pouvoir diffuser cette Torah correctement) en vue d'améliorer cette situation ?
2) Comment est-il possible (à titre personnel) de combler ces manques inhérents au judaïsme Français (sur les hashkafot, sur le limoud ou sur la compréhension des agadot du chass, etc.) ?

Merci beaucoup pour vos conseils.
Kol touv.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7297
Citation:
Vous évoquez à plusieurs endroits les lacunes du judaïsme français, par exemple ici : https://www.techouvot.com/ne_pas_profiter_de_ce_monde_idee_chretienne-vp51161.html,
là : https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=57283#57283
et là aussi : https://www.techouvot.com/olam_hayechivot-vt15127.html
Je me retrouve tout à fait dans le constat que vous faites et je ressens ce manque au quotidien (dans ma vie à Paris). Je trouve cela très frustrant car j'aimerais que les choses bougent et que la Torah puisse évoluer en France (surtout en termes de limoud) afin d'avoir accès à quelque chose de plus authentique et moins infantilisé.
Donc j'aimerais avoir votre avis :
1) Qu'est-ce qu'un juif français peut faire à son niveau (sachant qu'il n'est pas passé par les grandes yechivot pour pouvoir diffuser cette Torah correctement) en vue d'améliorer cette situation ?
2) Comment est-il possible (à titre personnel) de combler ces manques inhérents au judaïsme Français (sur les hashkafot, sur le limoud ou sur la compréhension des agadot du chass, etc.) ?


Pour ce que l’on peut faire pour contribuer à faire avancer les choses en France sur ce terrain, il y a plusieurs choses que l’on peut mentionner, mais je ne vois pas UNE action unique qui permettrait à elle seule de faire basculer la situation en relativement peu de temps.

Chaque petite chose contribue et ça prendra du temps. Que ce soit la diffusion (et l’étude) de certains Sfarim, la traduction de certains sfarim, la diffusion de certains cours, etc.
Ça c’est que chaque individu peut faire. Après, pour les plus gros projets : la création de Yeshivot conséquentes, et d’écoles (frum) conséquentes.

Créer une nouvelle école n’est pas suffisant, il faut savoir s’entourer de personnes « compétentes en judaïsme ». Celui qui n’a pas étudié quelques années dans les Yeshivot ne sait généralement pas comment sélectionner les bons enseignants pour créer une ambiance yeshivique.

Ce problème ne concerne pas que les écoles de garçons, pour les filles aussi, les enseignants de Kodesh n’ont souvent qu’un niveau trop moyen.
On se dit que pour des enfants ça suffit, mais c’est une erreur, un enseignant de qualité et de haut niveau fait passer aux élèves des choses qui ne se mettent pas « sur papier ».
Les programmes scolaires (de Kodesh) sont à l’abandon, chaque prof fait sa petite cuisine, les morot reprennent, à chaque classe, chaque année, à ‘hanouka l’histoire de ‘Hanouka, à Pourim celle de Pourim, etc. Tel Sisyphe, on a vraiment l’impression que l’on revient sans arrêt à la case départ… Au lieu de « penser » un programme, avec une évolution, rappeler très brièvement l’histoire de ‘Hanouka (/de la fête) les années suivantes, pour consacrer plus de temps aux Halakhot de la fête.

Bref, rien que sur l’école et le programme scolaire il y aurait énormément à dire.

Et de manière générale, il y a tellement de choses à corriger qu’il est difficile de savoir par où commencer.
C’est pourquoi j’opterais plutôt pour la multiplication de petites actions individuelles.

Un des points fondamentaux, à part l’enseignement (qui est défectueux dès le jeune âge, pour devenir catastrophique concernant les adultes), c’est le Kvod Hatorah. Je ne parle pas du kvod Harabanim, mais du Kvod Hatorah. C-à-d valoriser la vraie Torah. Respecter, il faut respecter tout le monde, mais il faut tout de même savoir se diriger vers de la VRAIE Torah.

A partir du moment où les juifs de France sauront diriger leur intérêt sur la vraie Torah (et les rabanim qui la diffusent), et arrêteront de se diriger instinctivement vers le « bling-bling » [ce qui inclut les « kabbalistes » mais aussi les (vrais) Rabanim respectés pour autre chose que la beauté de la Torah qu’ils transmettraient, c-à-d les Rabanim qui n’ont pas une belle Torah à transmettre, mais que les gens vénèrent pour d’autres raisons, comme leur réputation, leur Yi’hous, leur allure impressionnante, leur richesse/pouvoir, ou la peur qu’ils inspirent], nous aurons beaucoup plus de Rabanim proposant une belle Torah, c-à-d une Torah honnête, humaine, véritable, franche, sincère, sans hypocrisie, sans cinéma, sans faux-semblants.

On a les Rabanim que l’on mérite, c’est ainsi.

Si le « rabbinat » français (l'ensemble des Rabanim en France) est globalement décevant, c’est parce que NOUS sommes globalement décevants (en matière d’intérêt pour la Torah).

Quant au Tikoun individuel, difficile de répondre sur mesure sans connaitre. Tout dépendra de la personne, ses aptitudes, sa situation familiale, financière, spirituelle, etc.
EOM
Messages: 20
Bonjour Rav,
Quel serait les programmes qu'il conviendrait de mettre en place dans les écoles ?
Faudrait il ajouter une matière Hashkafa dès le plus jeune âge ?
Quels seraient les changements idéal a effectuer ?
Merci par avance pour vos éclaircissements !
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7297
Citation:
Bonjour Rav,
Quel serait les programmes qu'il conviendrait de mettre en place dans les écoles ?
Faudrait il ajouter une matière Hashkafa dès le plus jeune âge ?
Quels seraient les changements idéal a effectuer ?


C’est un peu comme si vous me demandiez quelles sont les améliorations à apporter pour changer un vélo en voiture… Il y en a beaucoup, la question serait plutôt qu’est-ce qu’on peut garder.

Je ne sais pas par où commencer, je vous donne quelques exemples mais il ne s’agit pas d’une liste exhaustive :

Revoir les programmes, de fond en comble, en Kodesh comme en ‘hol.
Les seules classes où le programme n’est pas décevant sont peut-être les classes de primaire en ‘hol (mais pas en kodesh).

C-à-d que le ‘hol en primaire ça peut aller, mais pas en secondaire et le kodesh ça ne va pas dans toutes les classes.

Hélas, pour le ‘Hol, les écoles dépendront des irresponsables qui sont aux responsabilités au ministère de l’abrutissement national, surtout s’il faut obtenir un diplôme, on doit bien suivre l’exécrable programme tel que tracé par ces autorités.

Mais pour le Kodesh, il est possible de faire beaucoup mieux que ce qui se fait dans les écoles françaises, je veux dire même les écoles religieuses.

Les enseignants ne doivent pas être d’un niveau considéré suffisant pour des enfants, il faut que ce soit bien plus, car il ne suffit de pas qu’ils soient « plus calés » que les enfants, afin de pouvoir leur expliquer de manière approximative des choses qu’ils ne savent pas.

Même si l’apprentissage d’un enfant reste très limité, il y aura une grande différence entre ce qu’il apprendra d’un Talmid ‘Hakham et ce qu’il apprendra d’un Am Haarets, les enseignements du Talmid ‘Hakham seront beaucoup plus précis, plus vrais, plus inspirants, plus formateurs. On ne verra pas forcément la différence de manière flagrante à la fin de la journée, mais quelques années après ça fera toute la différence.

Dès l’âge de 10 ans, un enfant devrait apprendre la Torah/Gmara avec un Talmid ‘Hakham. Avant aussi dans la mesure du possible.

Et dans les plus petites classes, quel dommage d’apprendre une seule parasha par année (dans le meilleur des cas), ils n’apprennent quasiment rien en ‘Houmash, et rien sur le Nakh.

Et que dire du programme de Halakha... Pourquoi les élèves apprennent si peu de choses, si mal et rarement précises et justes ? Certainement parce que l’enseignant lui-même ne « domine » pas le sujet.
Et combien de temps est consacré à répéter des halakhot basiques déjà acquises les années précédentes ?

Et combien de temps est perdu à « polluer » l’esprit des élèves par des Midrashim mal compris par les enseignants et donc mal enseignés, et qui vont, finalement, affaiblir la Yirat Shamayim des enfants et les (dé)former à une Hashkafa qui a déjà fait énormément de dommages et de dégâts ?

Vous demandez s’il faut enseigner la Hashkafa, je pense que oui, mais essentiellement à un âge plus avancé que les petites classes. Disons à partir de 14 ans.
Avant cela, il faut aussi une Hashkafa claire, mais ça passera à travers les autres enseignements, il n’est pas forcément bon d’y réserver une matière spécifique avant qu’ils n’aient l’âge qui leur permette d’envisager différentes Hashkafot sans se noyer.
Il me semble que 14 ans est un bon âge pour commencer à découvrir les différentes Hashkafot de nos ‘Hakhamim.
Avant cela (et après aussi), il faut leur enseigner « plein de Torah », qu’ils aient des connaissances vastes et précises.

Certains insistent pour dire que l’essentiel n’est pas de leur remplir la tête mais le cœur (de Ahavat Torah).
Ça dépend de qui on parle. Pour des enfants qui viennent de famille « convaincues », il faut veiller à leur remplir la tête. Pour les familles qui ne sont pas très pratiquantes, effectivement, il faut veiller à « séduire le cœur » des enfants.
Dans tous les cas, pour tous les types d’enfants, l’enseignement ne doit pas être sévère et désagréable. [Certains le disent avec ces mots : « l’enseignement ne doit pas être comme en ‘hol, scolaire ». Je ne le dis pas exactement comme ça car le fait que l’enseignement du ‘hol soit « scolaire » est aussi assez déplorable en soi.]

Je sais que les enseignants se disent « j’aimerais l’y voir, avec une classe de garçons turbulents, si tu n’es pas sévère tu n’obtiens rien »… Je ne dis pas qu’il faille négliger la sévérité pour maintenir la discipline, mais il faut, comme des parents devraient aussi le faire, maintenir une crainte de l’enseignant tout en maintenant une bonne ambiance grâce au fait que l’élève soit persuadé que l’enseignant cherche à aider l’élève et souhaite son bien.

Je ne nie pas que ce soit un art et qu’il ne soit pas donné à tout le monde d’assurer ce poste d’enseignant pour enfants, mais ça n’est pas une raison pour engager des enseignants « scolaires » qui ne savent pas transmettre un limoud de qualité.

Ce que je sais, c’est que dans le cadre de ma maigre expérience sur le terrain, lors de la création de (feu) la Methivta de Puteaux, j’avais insisté pour que l’enseignant de Gmara et qui dirigera le Kodesh soit un Talmid ‘Hakham de premier plan, en la personne de Rav Moshé Yaakov Shnéor qui, bien qu’habitué à enseigner en Yeshiva Gdola (plutôt 20 ans que 10), a accepté le pari de diriger le Kodesh de la Methivta et d’enseigner la Gmara à des enfants de 12 ans.

Le résultat a été sans appel et absolument époustouflant, même les plus sceptiques au départ ont dû reconnaitre la différence plus que flagrante au bout d’un an et à plus forte raison au bout de 3 ou 4 ans.
Des petits enfants qui ne connaissaient rien en Gmara sont devenus en quelques mois des « accrocs » au Talmud et allaient étudier d’eux-mêmes le shabbat au Beit Hamidrash, sans y être tenus, ni obligés, et sans y gagner quoi que ce soit d’autre que du limoud !
Tous ont étudié la Gmara pendant des années et aujourd’hui, plusieurs d’entre eux sont de jeunes avrekhim Talmidei ‘Hakhamim très prometteurs bez’’h.

Je suis profondément persuadé que si l’on s’était contenté d’un « Rav enseignant d’école » classique, même s’il sait traduire convenablement la Gmara et que c’est largement suffisant pour apporter des informations aux élèves, ça n’aurait pas donné 10% de ce résultat.

Je me rends compte que j’ai beaucoup parlé des garçons (même s’il y a encore beaucoup à dire et détailler) et pas assez des filles.

L’enseignement de la halakha y est aussi assez souvent catastrophique, les Midrashim étranges y sont enseignés avec grande conviction et sans réelle compréhension, hélas, les connaissances en ‘Houmash et Nakh sont faibles et parfois déplorables…

Le problème des enseignants est toujours présent, c’est parfois une petite jeune fille sans formation, d’autres fois, avec une formation de séminaire, mais hélas, là-bas aussi il arrive que les enseignants leur enseignent des Midrashim kepshoutam sans les comprendre.

Et de manière générale, la notion de « programme » de Kodesh est tellement négligée que même les bonnes enseignantes ne donnent pas toujours le meilleur d’elles-mêmes.

Au primaire, chaque semaine, mes enfants rentraient avec un Dvar Torah sur la Parasha. Je me souviens d’une des Morot de certaines de mes filles dont je pouvais reconnaitre et apprécier le Dvar Torah chaque semaine, tant il dénotait de ce à quoi les autres nous avaient habitués…
Elle avait étudié 3 ans au séminaire de Gateshead et on voyait la différence de manière très très nette.
Ça ne veut pas dire que le passage à Gateshead soit une garantie, mais ça aide.

Je m'arrête-là, sans avoir le sentiment de vous avoir répondu suffisamment, mais j'ai touché au sujet et lancé des pistes et idées.

Hélas, je n'ai même pas le temps de me relire, veuillez excuser les fautes.
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