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Lag Ba'omer : deuil ou joie ?

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Catman
Messages: 139
Bonjour Rav,

Le 33 du Omer est-il un jour de joie (pas de tahanounim , musique...) ou de deuil (interdiction de se raser) ?

Peut-on donc faire cheheyanou le 33 ?

De plus, pourquoi faut-il attendre le matin du 34 pour se raser, vu que le jour commence la veille?

Merci Rav

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Rav Mordehai Alberman
Messages: 181
1. Lag Ba'omer est essentiellement un jour de joie. Toutefois, certaines coutumes de deuil y sont encore vigueur pour les sépharades. Les décisionnaires ont tenté d'élucider ce paradoxe, comme on le verra plus bas dans les explications.

2. Selon la stricte loi, il est permis de réciter la bra'ha de shéhé'héyanou pendant toute la période du omer, a fortiori pendant Lag Ba'omer.

3. Les sépharades doivent attendre le matin du 34 pour se raser, car en principe, ils doivent s'abstenir de se raser pendant 34 jours. Cependant, en vertu du principe halakhique de miktzat yom kékoulo (littéralement : "une partie du jour est considérée comme un jour entier"), en respectant les lois du deuil pendant les premières minutes du dernier matin, c'est comme s'ils les avait respectées toute la journée.


Sources et explications :

1. Lag ou Lad Ba'omer ?

Le Beth Yossef (סי' תצג) rapporte l'avis de Rabbi Yehoshoua Ibn Shou'eb (un élève du Rashba) selon lequel il faut respecter 34 jours de deuil pendant la période du omer.

Il rapporte un midrash selon lequel les élèves de Rabbi Akiva décédèrent entre Pessah et Pross Atzeret, c’est-à-dire jusqu’à 15 jours avant la fête de Shavouot [comme on le voit dans la Guemara de Bekhorot (58a) que Pross Hapessa'h correspond à 15 jours avant Pessah]. Or, en soustrayant 15 jours des 49 jours du omer, on obtient 34 jours.

Le Shoul'han Arou'h (סי' תצג ס"ב) vraisemblablement retient cet avis, car il écrit qu'il est de coutume de ne pas se couper les cheveux jusqu'au matin du 34.

D'un autre côté, le Rama écrit qu'il est de coutume dans les pays ashkénazes de se couper les cheveux le jour de Lag Ba'omer (le 33), au cours duquel on a la coutume de se réjouir un peu.

Le Gaon de Vilna et le Mishna Broura (סק"ח) expliquent que cette coutume se fonde sur l'avis selon lequel l'hécatombe qui décima les élèves de Rabbi Akiva prit fin le jour de Lag Ba'omer.

Les décisionnaires soulignent le paradoxe de Lag Ba'omer

Le Pri 'Hadash (סי' תצג אות ב) affirme que le fait qu'aujourd'hui les sépharades d'un côté se réjouissent le jour de Lag Ba'omer et ne récitent pas les ta'hanoun (supplications) ; et que d'un autre côté, ne se coupent pas les cheveux avant le 34 est contradictoire.

Le Pri Megadim (שם מ"ז סק"א) et le Mishna Broura (שם סק"ז) expliquent que le Shoul'han Arou'h soutient que, certes, les élèves de Rabbi Akiva décédèrent aussi le jour du 34 ; cependant, l'hécatombe pris principalement fin le 33, et uniquement un petit nombre d'entre eux décédèrent le 34.

Rav Moshé Feinstein (אגרות משה או"ח ח"א סי' קנט) explique que la coutume des sépharades aujourd'hui de se réjouir le jour de Lag Ba'omer ne correspond pas à l'avis du Shoul'han Arou'h.

Il semble qu'il comprenne que, d'après le Shoul'han Arou'h, il n'y a pas lieu de se réjouir le jour de Lag Ba'omer ; et les sépharades ont la coutume de s'y réjouir car ils s'appuient sur les propos du Rama.

Autres explications de la joie de Lag Ba'omer

La Guemara dans le traité de Yevamoth (62b) raconte que les 24000 élèves qu'avait Rabbi Akiva dans le nord de la terre d'Israël décédèrent tous entre Pessah et Shavouot. Puis, Rabbi Akiva se rendit dans le sud de la terre d'Israël et enseigna la Torah à Rabbi Meïr, Rabbi Yehouda, Rabbi Yossé, Rabbi Shimon Bar Yo'haï et Rabbi Eléazar ben Shamoua.

Aussi, le Sha'ar Hakavanot (דרושי הפסח אות יב) rapporte que Rabbi Shimon Bar Yo'haï se révéla au Arizal pour lui dire que Lag Ba'omer est pour lui un jour de joie et qu'il faut s'y réjouir.

Le 'Hida, dans un premier temps, dans son Birkei Yossef (סי' תצג ס"ד) rapporte les propos du Pri Etz 'Haïm selon lesquels Lag Ba'omer est le jour de décès de Rabbi Shimon Bar Yo'haï.

Cependant, dans son livre Mar'it 'Aïn (ליקוטים סי' ז אות ח), il revient sur ses propos en expliquant que le livre Pri Etz 'Haïm contient beaucoup d'erreurs contrairement au Sha'ar Hakavanot, dans lequel il est écrit que Lag Ba'omer est un jour de joie pour Rabbi Shimon Bar Yo'haï, mais pas le jour de son décès.

Il émet alors l'hypothèse que Lag Ba'omer est un jour de joie pour Rabbi Shimon Bar Yo'haï, car c'est le jour où Rabbi Akiva commença à lui enseigner la Torah.

Dans le même sens, le Pri 'Hadash (סי' תצג ס"ב) s'interroge sur la raison pour laquelle il convient de se réjouir le jour où l'hécatombe qui décima les élèves de Rabbi Akiva prit fin, alors qu'aucun d'entre-deux ne survécut.

Il propose une possibilité de réponse selon laquelle on se réjouit du fait que les cinq nouveaux élèves de Rabbi Akiva ne moururent pas prématurément, contrairement à ses premiers élèves.

Voyez aussi le 'Hayé Adam (כלל קלא סי"א) qui écrit que Lag Ba'omer correspond à la Hiloula de Rabbi Shimon Bar Yo'haï en l'honneur duquel on a la coutume de se réjouir.

Or, dans le Zohar (:ספר דברים - אדרא זוטא - דף רצו) le jour du décès de Rabbi Shimon Bar Yo'haï est appelé Hiloula.

2. Selon la stricte loi, il est permis de réciter la bra'ha de shéhé'héyanou pendant la période du omer, comme nous l'avons montré dans une précédente réponse (https://www.techouvot.com/acheter_des_vetements_pendant_le_omer-vt14908.html), a fortiori pendant Lag Ba'omer qui est un jour de joie.

3. Le principe halakhique de miktzat yom kékoulo (littéralement : "une partie du jour est considérée comme un jour entier") stipule qu'en respectant les lois du deuil pendant les premières minutes du dernier matin, c'est comme si on les avait respectées toute la journée.

C'est la raison pour laquelle les sept jours de deuil (les shiva) ne durent pas sept jours complets, mais ils prennent fin le matin du septième jour.

C'est la raison aussi pour laquelle les sépharades ont le droit de se raser le 34 au matin, car en respectant les lois du deuil pendant les premières minutes du dernier matin, c'est comme s'ils les avait respectées toute la journée.
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