Citation:
Bonjour,
J’ai grandi dans une famille très pratiquante. J’ai fait le parcours Heder/Yeshiva jusqu’à mes 19 ans environ. Mon milieu social a toujours été très religieux, à la maison comme à l’extérieur. Mon père est rabbin, etc. La religion prenait une place omniprésente dans ma vie.
J’ai vécu comme ça pendant longtemps, en étant un "suiveur", dans le sens où c’était ce qu’il fallait faire. Bien que j’étais critique sur certaines choses, je n’avais pas encore le courage de vraiment assumer ces critiques. Je faisais tout, jusqu’au moindre Minhag.
Mais ces dernières années, j’ai réalisé que quelque chose n’allait pas : ma foi baissait à mesure que ma critique augmentait. Au début, cela n’était pas dérangeant et n’avait pas de réel impact sur ma pratique, mais plus le temps passait, plus je ressentais un détachement sur ma foi qui se creusait de plus en plus. Je continuais néanmoins à pratiquer de façon mécanique, par confort mental, personnel et social.
Aujourd’hui, j’ai 21 ans et j’ai décidé d’écrire afin de ne pas rester dans cette situation. Je veux étendre ma pensée et ma réflexion, qui vont influencer mes choix de vie. Mon but est d’avoir des retours de personnes qui sont déjà passées par là. Je n’ai aucune conclusion précise recherchée, mais simplement un enrichissement de ma pensée et des éléments de réflexion.
---
Supposons que j’ai la foi (et c’est le cas). Mais est-ce suffisant ? Je ne le pense pas.
La foi existe partout.
Elle traverse les religions, les cultures, les siècles.
Des milliards de personnes y adhèrent avec sincérité, souvent avec une force admirable.
Et cela ne se limite pas aux grandes religions traditionnelles : même les membres de sectes marginales, parfois très instruits, parfois brillants, ont la foi.
Prenons un exemple extrême : les adeptes du mouvement raëlien.
Beaucoup d’entre eux ne sont ni fous, ni crédules.
Ils ont juste la foi, la certitude intime que leur croyance reflète la vérité.
Alors, si la foi peut mener à tout et à son contraire, comment pourrait-elle, à elle seule, être un critère de vérité ?
Ce que je ressens, ce que d’autres ressentent, ce que des milliards de gens dans le monde ressentent, chacun dans son système de croyance, ne peut pas suffire à déterminer ce qui est vrai.
---
Chaque personne se dit être née au bon endroit, dans la bonne culture, avec la bonne religion, et s’estime chanceuse.
Et même la personne qui réalise cela, qui se dit : « C’est un peu étonnant qu’avec des milliers de croyances, c’est moi qui ai eu la chance d’être né au bon endroit »…
Eh bien, même cette personne finit par se convaincre que sa foi est spéciale, différente, au-dessus des autres.
Elle se dit qu’elle est en dehors de ce relativisme, qu’elle a une vérité unique.
Et ce mécanisme, c’est le même pour tous les croyants sur Terre, sans exception.
Toi, là, qui lis ce texte :
Ne penses-tu pas que tu lis ces mêmes mots à travers le prisme de ta foi, ta culture, tes rites ?
Que si tu étais né dans une famille évangélique au Brésil,
tu verrais cette réflexion à travers leur foi, leurs croyances, leur réalité ?
Pourtant, face à cette évidence, ne vois-tu pas le paradoxe puissant :
nous sommes tous certains d’avoir la vérité,
mais chacun dans sa propre réalité, dans sa propre bulle ?
---
Et les mécanismes sont souvent les mêmes, d’une religion à l’autre.
Quelqu’un dira : “J’ai une attirance profonde, que je ne peux pas expliquer, pour Jésus.” Un autre dira la même chose à propos du judaïsme, ou de l’islam.
Chacun ressent. Chacun sait, au fond de lui.
Puis vient le travail de justification : on cherche à faire correspondre les textes à la réalité du monde, à accorder la foi avec la science.
On voit des signes, on repère des miracles, on se raconte des histoires.
Et tout cela, dans toutes les traditions, avec la même énergie sincère.
Et surtout, on assiste à une absence presque totale d’esprit critique de la part du croyant, peu importe la religion.
Il y a un phénomène de dissonance cognitive permanent : quoi qu’il arrive, on trouvera toujours un moyen de le faire entrer dans le cadre de ce que l’on croit déjà.
(L’exemple des Rabbanim qui, tous les trois mois, à la suite du moindre événement d’actualité, affirment que nous vivons les derniers instants avant la venue du Mashiah et que nous sommes la génération de Gog et Magog, est frappant d’autant plus qu’il s’agit souvent de figures très populaires. Je trouve cela désolant.)
Que ce soit un malheur, une coïncidence, une découverte scientifique ou une émotion, tout devient une confirmation.
Au final, on croit à ce qu’on décide de croire. Et avec un peu de recul, on voit surtout à quel point les mécanismes sont similaires, même si certaines approches semblent plus cohérentes ou plus profondes que d’autres.
---
On voit ça partout.
Un livre sacré retrouvé intact après un incendie devient immédiatement un signe.
Chez les uns, c’est un Coran qui ne brûle pas. Chez d’autres, une Bible posée au milieu des cendres. Ou une mezouza suspendue, intacte, sur un chambranle calciné.
À chaque fois, on y voit une preuve.
Pourtant, ces textes se contredisent profondément.
Alors, si chacun raconte le même “miracle” au service de croyances opposées… qu’est-ce que ce miracle prouve, au juste ?
C’est un exemple typique du biais de validation religieuse : on interprète les événements pour confirmer ce qu’on croit déjà.
Un autre phénomène, un peu différent :
Après une catastrophe un tsunami qui tue 100 000 personnes, où 200 survivent les survivants remercient Dieu, disent : “J’ai été sauvé, c’est un miracle.”
Ici, c’est un biais émotionnel : face à l’absurde, on cherche du sens.
On se focalise sur ceux qui ont survécu, on oublie la masse des morts.
On célèbre ce qui rassure, on ignore ce qui dérange.
Et ce mécanisme est universel : après chaque événement dramatique, on voit partout que les gens se tournent vers la religion, quelle qu’elle soit.
C’est une réaction humaine, instinctive, qu’on retrouve dans toutes les cultures et croyances.
Dans les deux cas, on observe comment le croyant interprète la réalité pour confirmer sa foi ou trouver du sens dans la souffrance.
---
Personnellement, cette situation est déchirante.
J’avais, et j’ai encore d’une certaine manière, même si avec le temps ça se stabilise, un esprit torturé, déchiré entre deux mondes.
D’un côté, je refuse ces questions, je veux croire.
Je veux sentir qu’il y a quelque chose qui me protège, quelque chose qui me dépasse, qu’il y a quelqu’un ou quelque chose qui s’occupe du monde.
Je veux vraiment y croire, mais je n’y arrive pas.
Ou plutôt, je n’y arrive plus, même si je le voudrais plus que tout.
---
Les fois où j’ai tenté d’en parler, où j’ai cherché des réponses auprès de rabbins, j’ai été déçu.
Beaucoup de leurs réponses sont vagues, sans réelle profondeur.
Elles rassasient certains, souvent ceux qui ne veulent pas trop creuser, mais elles manquent cruellement de fond concret.
Parfois, on ne répond pas vraiment.
On me fait simplement comprendre, de manière plus ou moins subtile, que je traverse une phase.
“C’est une crise de jeunesse, une mauvaise passe…”
Ou bien on insinue que je suis influencé par mes fréquentations ou par mes lectures (et quand bien même), que je suis déconnecté, un peu perdu.
Et surtout : que ma démarche n’est pas saine.
Mais pour moi, c’est justement l’inverse.
Ce type de réaction, c’est surtout une manière d’éviter la vraie question, de ne pas avoir à y répondre.
Toujours le même mécanisme : discréditer celui qui doute, plutôt que d’affronter le doute lui-même.
Ce que je trouve terriblement injuste, c’est que dans nos études à la yeshiva, dans la Guemara, on nous pousse à affiner notre esprit critique.
On nous apprend à poser, reposer, reformuler les questions, à penser autrement, à douter intelligemment.
Mais quand ce même esprit critique se tourne vers le système religieux lui-même, vers ses fondations… là, soudainement, ce n’est plus le bienvenu.
Et avec le temps, cela a creusé un fossé.
On m’a aussi pour me "calmer" recommandé des livres de rabbins très connus en Israël, qui tentent de concilier Torah et science.
Des ouvrages vendus à des milliers d’exemplaires, souvent cités comme “références”.
Mais en allant un peu plus loin, on découvre vite que ces théories sont largement controversées dans le monde scientifique.
Souvent mal comprises, mal citées, ou simplement arrangées pour coller au récit religieux.
Au final, ça ne m’a pas aidé non plus.
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Je suis arrivé à un point où je ne peux plus vivre dans l’entre-deux.
Grandir dans un cadre très pratiquant impose une forme de cohérence :
je ne peux pas simplement faire les choses à moitié, répéter des gestes par habitude, pratiquer extérieurement sans conviction intérieure.
Je dois choisir : soit je m’investis pleinement, soit j’accepte d’arrêter de faire semblant.
Et la vraie question, la seule qui compte au fond, est simple :
Est-ce que c’est vrai ?
Pas symboliquement fort, pas émotionnellement beau. Vrai.
Est-ce qu’il y a quelque chose de réel derrière cette religion ?
Une base suffisamment solide pour justifier des choix, des contraintes, des renoncements ?
Parce que pour l’instant, malgré la beauté des textes, la profondeur des rites, la richesse culturelle… je ne trouve rien de réellement convaincant.
Et ça ne me suffit plus.
Ce n’est pas que je rejette, ou que je me détache.
Au contraire, je suis profondément attaché à mon identité juive, à notre histoire, à nos valeurs.
Mais cette attache ne répond pas à la question essentielle : est-ce fondé ?
Je vois autour de moi des gens qui continuent par inertie.
Qui font Shabbat, qui mettent les tefilin, qui suivent le rythme… mais qui, quand on gratte un peu, ne savent pas vraiment pourquoi.
Et je refuse de m’ajouter à cette liste.
Je ne veux plus faire Shabbat jusqu’à 23h juste parce que “c’est comme ça".
Je ne veux plus mettre les tefilin parce que “il faut (et parce que ça protège les Hayalim...)”.
Si je dois m’engager, ce sera pour de vrai.
Et s’il n’y a pas de base convaincante, je préfère l’honnêteté au confort.
Dans le pire des cas, je resterai ce que je suis :
attaché à mon peuple, à nos traditions, à une certaine forme de continuité.
Je ferai probablement encore certaines choses.
Mais ce sera tout.
Comme une grande partie des Juifs aujourd’hui, d’ailleurs.
Merci pour votre temps.
Pour quelqu’un de 21 ans qui a fait le parcours ‘Héder/Yeshiva, je suis étonné de si peu de fautes de conjugaison/orthographe 😊.
Chapeau.
Plus sérieusement, avez-vous une question précise ?
Car vous dites beaucoup de choses mais je ne sais pas trop ce qui vous turlupine.
Je comprends que vous avez du mal avec les Amei Haarets et « Rabbins de Youtube » qui insistent sur les miracles d’absence de catastrophe, lorsqu’il y a 10 survivants et 10.000 morts, ou avec ceux qui prophétisent et annoncent la fin des temps et la guerre de Gog oumagog tous les trois mois.
Mais si vous avez fait de la Yeshiva et que vous êtes fils de rabbin, vous devriez être au-dessus de tout ça et savoir qu’il y a parmi nos rabanim quelques farfelus, et qu’ils sont généralement les plus médiatisés.
Un Ba’hour Yeshiva s’en moque, il sait que ces gens-là ne représentent pas la Torah et ne tient pas compte de leurs bouffées délirantes, sauf lorsqu’il veut s’aérer un peu et rigoler un coup.
Comme je ne sais pas trop sur quoi vous répondre, je reprends votre message en citations distinctes et glisse quelques appréciations au fur et à mesure.
Surtout, ne vous formalisez pas de mon ton qui peut parfois être perçu comme railleur, ce n’est pas le cas, j’écris parfois de manière un peu directe (tout en restant respectueux) afin d’interpeller mon correspondant.
Vous m’êtes très sympathique et je ne viens pas du tout vous froisser, juste vous faire réfléchir.
Et je sais que lorsque j’écris à des personnes ayant ce type de question/problématique, j’ai tendance à piquer un peu.
Citation:
J’ai grandi dans une famille très pratiquante. J’ai fait le parcours Heder/Yeshiva jusqu’à mes 19 ans environ. Mon milieu social a toujours été très religieux, à la maison comme à l’extérieur. Mon père est rabbin, etc. La religion prenait une place omniprésente dans ma vie.
J’ai vécu comme ça pendant longtemps, en étant un "suiveur", dans le sens où c’était ce qu’il fallait faire. Bien que j’étais critique sur certaines choses, je n’avais pas encore le courage de vraiment assumer ces critiques. Je faisais tout, jusqu’au moindre Minhag.
Mais ces dernières années, j’ai réalisé que quelque chose n’allait pas : ma foi baissait à mesure que ma critique augmentait. Au début, cela n’était pas dérangeant et n’avait pas de réel impact sur ma pratique, mais plus le temps passait, plus je ressentais un détachement sur ma foi qui se creusait de plus en plus. Je continuais néanmoins à pratiquer de façon mécanique, par confort mental, personnel et social.
Aujourd’hui, j’ai 21 ans et j’ai décidé d’écrire afin de ne pas rester dans cette situation.
Bravo ! Bonne résolution.
Citation:
Je veux étendre ma pensée et ma réflexion, qui vont influencer mes choix de vie. Mon but est d’avoir des retours de personnes qui sont déjà passées par là. Je n’ai aucune conclusion précise recherchée, mais simplement un enrichissement de ma pensée et des éléments de réflexion.
Supposons que j’ai la foi (et c’est le cas). Mais est-ce suffisant ? Je ne le pense pas.
La foi ? Non, c’est très insuffisant.
Croire en la Torah sans savoir ce qu’est la Torah ne peut qu’être insuffisant.
Il faut découvrir la Torah écrite et la Torah orale, c-à-d le Talmud (et les Midrashim).
Citation:
La foi existe partout.
Elle traverse les religions, les cultures, les siècles.
Des milliards de personnes y adhèrent avec sincérité, souvent avec une force admirable.
Et cela ne se limite pas aux grandes religions traditionnelles : même les membres de sectes marginales, parfois très instruits, parfois brillants, ont la foi.
Prenons un exemple extrême : les adeptes du mouvement raëlien.
Beaucoup d’entre eux ne sont ni fous, ni crédules.
Sérieux là ? ou c’est pour mettre un peu d’humour ?
Les adorateurs de Raël ne seraient pas crédules ? Ben mince alors, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Citation:
Ils ont juste la foi, la certitude intime que leur croyance reflète la vérité.
Alors, si la foi peut mener à tout et à son contraire, comment pourrait-elle, à elle seule, être un critère de vérité ?
Elle ne l’est pas.
La « foi » que peut ressentir et imaginer chaque débile sur terre ne doit pas vous servir de critère d’analyse.
Il faut admettre qu’il y a sur terre des gens plus ou moins dérangés mentalement et ne pas tenir compte de leur démence.
Citation:
Ce que je ressens, ce que d’autres ressentent, ce que des milliards de gens dans le monde ressentent, chacun dans son système de croyance, ne peut pas suffire à déterminer ce qui est vrai.
Assurément. Le ressenti c’est bien, mais insuffisant.
Citation:
Chaque personne se dit être née au bon endroit, dans la bonne culture, avec la bonne religion, et s’estime chanceuse.
Et même la personne qui réalise cela, qui se dit : « C’est un peu étonnant qu’avec des milliers de croyances, c’est moi qui ai eu la chance d’être né au bon endroit »…
Pas tout à fait.
Echangez avec des convertis vous verrez, certains auraient préféré naître dans la religion qu’ils ont choisie.
Et lorsqu’on considère tous les juifs non pratiquants, on a du mal à imaginer qu’ils pensent être nés dans la bonne religion (ou alors ils ne comprennent pas ce que ça veut dire).
Citation:
Eh bien, même cette personne finit par se convaincre que sa foi est spéciale, différente, au-dessus des autres.
Elle se dit qu’elle est en dehors de ce relativisme, qu’elle a une vérité unique.
Et ce mécanisme, c’est le même pour tous les croyants sur Terre, sans exception.
J’ai mentionné les (nombreuses) exceptions plus haut.
Citation:
Toi, là, qui lis ce texte :
Ne penses-tu pas que tu lis ces mêmes mots à travers le prisme de ta foi, ta culture, tes rites ?
Que si tu étais né dans une famille évangélique au Brésil,
tu verrais cette réflexion à travers leur foi, leurs croyances, leur réalité ?
Pourtant, face à cette évidence, ne vois-tu pas le paradoxe puissant :
nous sommes tous certains d’avoir la vérité,
mais chacun dans sa propre réalité, dans sa propre bulle ?
Vous avez parfaitement raison concernant « la masse » du peuple, s’ils étaient nés ailleurs, ils auraient suivi un autre rite, une autre religion.
Mais ça ne veut pas dire qu’il faille s’en suffire et s’arrêter là.
En tout cas la Torah ne demande pas de croire aveuglément, il faut « savoir », Veyadata dit le verset.
Mais si vous êtes Ba’hour Yeshiva, ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre (à moins que vous n’ayez fréquenté qu’une Yeshiva « très approximative »).
Citation:
Et les mécanismes sont souvent les mêmes, d’une religion à l’autre.
Quelqu’un dira : “J’ai une attirance profonde, que je ne peux pas expliquer, pour Jésus.” Un autre dira la même chose à propos du judaïsme, ou de l’islam.
Chacun ressent. Chacun sait, au fond de lui.
Labriout à chacun.
Mais il ne faut pas s’en suffire, il faut apprendre et étudier ce qu’est sa religion.
Sinon, on prête le flanc à votre critique, justement.
Et on prend le risque d’adhérer à une religion à laquelle on n’adhère pas réellement.
Citation:
Puis vient le travail de justification : on cherche à faire correspondre les textes à la réalité du monde, à accorder la foi avec la science.
On voit des signes, on repère des miracles, on se raconte des histoires.
Et tout cela, dans toutes les traditions, avec la même énergie sincère.
Et surtout, on assiste à une absence presque totale d’esprit critique de la part du croyant, peu importe la religion.
Je vois beaucoup d’incohérences avec un ba’hour Yeshiva.
Comment écrivez-vous le français avec si peu de fautes
[il parait qu’on peut dicter son texte et laisser l’IA le rédiger, mais je pense que dans ce cas, certaines tournures auraient été évitées et j’imagine mal l’IA écrire -ce que j’ai lu un peu plus haut : « Bien que j’étais critique »…] et, surtout, comment pouvez-vous croire aux « balivernes religieuses » diffusées sur Youtube et Chépakoi.com qui font rire un véritable Ba’hour Yeshiva ?
Citation:
Il y a un phénomène de dissonance cognitive permanent : quoi qu’il arrive, on trouvera toujours un moyen de le faire entrer dans le cadre de ce que l’on croit déjà.
(L’exemple des Rabbanim qui, tous les trois mois, à la suite du moindre événement d’actualité, affirment que nous vivons les derniers instants avant la venue du Mashiah et que nous sommes la génération de Gog et Magog, est frappant d’autant plus qu’il s’agit souvent de figures très populaires. Je trouve cela désolant.)
Je trouve surtout désolant qu’un Ba’hour Yeshiva, de surcroît fils de rabbin, puisse prêter attention aux « Rabanim Youtube », ou croire que les « figures populaires » soient les dignes représentant de la Torah.
Il y a vraiment une anomalie dans votre discours, je suis perplexe.
Il existe des Ba’hourei Yeshiva qui se posent des questions et qui sont en recherche de plus de profondeur, mais généralement, ils savent bien que les rabanim médiatisés qui parlent constamment de magie, de Babas, de miracles, de venue imminente du messie, de fin du monde, de guerre mondiale, de Gog Oumagog, etc., sont des rabanim pour Amei Haarets.
Ceux qui s’intéressent réellement à la Torah, au Limoud Hatorah, ne sont pas intéressés par ces prophètes. Avez-vous vu beaucoup de grands Talmidei ‘Hakhamim tenir ce type de discours centrés sur la périphérie ?
Citation:
Que ce soit un malheur, une coïncidence, une découverte scientifique ou une émotion, tout devient une confirmation.
Eh bien voilà, vous comprenez donc bien que c’est du blabla pour Amei Haarets tout ça. Alors pourquoi vous intéressez-vous à ces Rabanim ? Pourquoi feignez-vous de croire qu’il n’existerait que des Rabanim de ce type, qu’ils seraient les représentants de la véritable Torah et qu’il n’y aurait pas une autre voie dans la Torah ?
Citation:
Au final, on croit à ce qu’on décide de croire. Et avec un peu de recul, on voit surtout à quel point les mécanismes sont similaires, même si certaines approches semblent plus cohérentes ou plus profondes que d’autres.
On voit ça partout.
Un livre sacré retrouvé intact après un incendie devient immédiatement un signe.
Chez les uns, c’est un Coran qui ne brûle pas. Chez d’autres, une Bible posée au milieu des cendres. Ou une mezouza suspendue, intacte, sur un chambranle calciné.
À chaque fois, on y voit une preuve.
Pourtant, ces textes se contredisent profondément.
Alors, si chacun raconte le même “miracle” au service de croyances opposées… qu’est-ce que ce miracle prouve, au juste ?
Bienvenue au monde des gens normaux ! On dirait que vous avez découvert la lune.
Sérieusement, vous, Ba’hour Yeshiva, n’aviez pas encore réalisé que les balivernes religieuses des Amei Haarets alimentés par des « Rabanim Youtube » étaient souvent très incohérentes -même avec beaucoup de bonne volonté pour les juger positivement ?
Il vous aura fallu 19 ou 21 ans pour ça ?
En principe, à 15 ans, un fils de rabbin qui a fait ‘Héder et Yeshiva Ktana le sait déjà.
Je ne peux pas croire que vous auriez été naïf à ce point.
Ou alors c’est que vous avez vécu dans un environnement très fermé, très borné, très obtus et se voulant très pieux.
Cher ami, ouvrez les yeux : les frum liés au Limoud n’adhèrent pas plus que vous à ces niaiseries.
Un miracle n’est pas suffisant pour prouver un non-sens, une impossibilité.
Si c’est « impossible », tous les miracles du monde ne suffiront pas à prouver que c’est vrai.
Dans les mots de
Rav Saadia Gaon (Emounot Vedéot Maamar 3 -éd. Leipzig 1859, p.83): « אין מופת על נמנע ».
Voyez aussi la façon dont le
Grand Rabbin Lazare Wogue le rapporte dans
« Les miracles selon le judaïsme » (Paris 1869, p.30).
Citation:
C’est un exemple typique du biais de validation religieuse : on interprète les événements pour confirmer ce qu’on croit déjà.
Un autre phénomène, un peu différent :
Après une catastrophe un tsunami qui tue 100 000 personnes, où 200 survivent les survivants remercient Dieu, disent : “J’ai été sauvé, c’est un miracle.”
Il faut distinguer les sauvetages : s’il a été sauvé car il était en voyage ce jour-là, parler de miracle est un peu ridicule.
Mais s’il a été sauvé après avoir été emporté et balayé par les flots, lui et sa maison, et qu’il s’en est miraculeusement sorti contre toute attente, c’est différent. Ça reste naturel, mais la qualification de miracle par abus de langage s’entend plus aisément.
Citation:
Ici, c’est un biais émotionnel : face à l’absurde, on cherche du sens.
On se focalise sur ceux qui ont survécu, on oublie la masse des morts.
On célèbre ce qui rassure, on ignore ce qui dérange.
Non, là, en effet, ça serait incorrect.
Mais il ne s’agirait, je pense, que de célébrer le miracle concernant cette personne, cela n’exclut pas de s’attrister sur les nombreuses victimes.
Si un malade, en phase terminale, guérit subitement sans que l’on comprenne trop de quelle manière, on parlera de miracle et on se réjouira, tout en ayant à l’esprit la peine et la tristesse du décès de tous ses camarades de chambre à l’hôpital le même jour.
Citation:
Et ce mécanisme est universel : après chaque événement dramatique, on voit partout que les gens se tournent vers la religion, quelle qu’elle soit.
C’est une réaction humaine, instinctive, qu’on retrouve dans toutes les cultures et croyances.
Dans les deux cas, on observe comment le croyant interprète la réalité pour confirmer sa foi ou trouver du sens dans la souffrance.
Je trouve ça normal et positif.
Les épreuves nous éloignent un peu du monde matériel et nous rendent forcément un peu plus spirituels.
Donc chacun se tournera vers ce qu’il connait.
Un chrétien qui se tournerait alors vers sa religion, c’est très bien aussi. Idem pour un musulman. Tant qu’il pratiquera sa religion avec bon sens et bonté, c’est bien pour lui et c’est bon pour la planète entière.
Citation:
Personnellement, cette situation est déchirante.
J’avais, et j’ai encore d’une certaine manière, même si avec le temps ça se stabilise, un esprit torturé, déchiré entre deux mondes.
D’un côté, je refuse ces questions, je veux croire.
Ce n’est pas sensé être contradictoire.
Vous raisonnez en catholique.
Dans le judaïsme il n’y a pas vraiment de « dogmes ».
Vous avez l’impression que le Rambam et tant d’autres y voyaient une « situation déchirante » ?
Ils avaient une Emouna forte et basée sur une réflexion et une étude approfondie des Hashkafot.
Certes, il faut s’en donner les moyens, apprendre ce qu’est la Torah avant de vouloir commencer à la théoriser sans la connaitre, mais le but n’est pas de croire bêtement et notre sort n’est pas scellé par notre naissance.
Citation:
Je veux sentir qu’il y a quelque chose qui me protège, quelque chose qui me dépasse, qu’il y a quelqu’un ou quelque chose qui s’occupe du monde.
Je veux vraiment y croire, mais je n’y arrive pas.
Ou plutôt, je n’y arrive plus, même si je le voudrais plus que tout.
Pourquoi voulez-vous sentir qu’il y a quelque chose qui s’occupe du monde ? Contentez-vous de vouloir arriver au Emet.
S’il y a quelque chose qui s’occupe du monde, très bien, et sinon, non.
Et si vous le souhaitez réellement «
plus que tout », vous devriez plutôt d’abord vérifier les sources et les Rishonim, voir ce qu’ils en disent. Pensaient-ils tous la même chose à ce sujet ? Etaient-ils aussi convaincus que vous de toutes vos Hashkafot héritées de Youtube ?
La Hashga’ha Pratit est-elle en fonction du niveau spirituel ? etc.
Renseignez-vous sur la Torah, vous verrez qu’il y a une richesse insoupçonnée, analysez les différences entre le Rambam, le Ramban, le Ralbag, le Abrabanel et tant d’autres qui parlent de ces sujets.
Citation:
Les fois où j’ai tenté d’en parler, où j’ai cherché des réponses auprès de rabbins, j’ai été déçu.
Beaucoup de leurs réponses sont vagues, sans réelle profondeur.
Et alors? Moi aussi j'ai été déçu par de nombreux Rabanim
(et si Youtube avait existé plus tôt j'aurais aussi certainement été écœuré), mais ce n'est pas une raison de baisser les bras, au contraire!
Quand on est déçu d’un restaurant, on en cherche un autre, on ne décide pas de faire la grève de la faim.
Si vous êtes déçu des réponses de vos rabbins, cherchez d’autres rabbins. Ils existent.
Citation:
Elles rassasient certains, souvent ceux qui ne veulent pas trop creuser, mais elles manquent cruellement de fond concret.
Elles rassasient les fans de vos rabbins de Youtube.
Si vous comprenez que c’est du light, pourquoi penser que ces Rabanim soient les représentants légaux et exclusifs de la Torah sur Terre ?
Citation:
Parfois, on ne répond pas vraiment.
On me fait simplement comprendre, de manière plus ou moins subtile, que je traverse une phase.
“C’est une crise de jeunesse, une mauvaise passe…”
N’écartez pas non plus totalement cette possibilité.
Vous qui recherchez le Emet, admettez qu’on est parfois un peu trop jeune ou trop en crise pour pouvoir espérer tout parfaitement bien comprendre et digérer sur place.
Citation:
Ou bien on insinue que je suis influencé par mes fréquentations ou par mes lectures (et quand bien même), que je suis déconnecté, un peu perdu.
Pour le «
et quand bien même », vous avez raison, mais je vous l’explique en liant cela à l’argument précédent : des fréquentations ou lectures peuvent influencer une personne en crise plus facilement qu’une autre. Ça ne veut pas dire que ce soit votre cas sur toute la ligne, mais qu’il peut y avoir 5 ou 10% de ça.
Citation:
Et surtout : que ma démarche n’est pas saine.
Mais pour moi, c’est justement l’inverse.
Pour moi aussi.
Il faut s’intéresser à ces questions, ne pas les ignorer.
Mais il faut aussi savoir qu’on ne dispose pas toujours des moyens de clarifier à fond chaque chose quand on est encore jeune, inexpérimenté et qu’on n’a pas encore lu tout le Shas.
Pour penser la Torah, il faut d’abord l’apprendre.
Ces réflexions sont saines et importantes, mais il faut être humble et conscient de ses faiblesses.
Ça n’empêche pas de commencer à réfléchir, mais il serait bien prétentieux de vouloir arriver à un point final à 21 ans, et ô combien ridicule de se forger des Hashkafot personnelles sans avoir étudié le Shas
(il se peut qu’il y ait un texte qui vous aurait échappé et qui changerait toute la donne, et je remarque que vos prémisses sont souvent teintées de grande naïveté religieuse).
Citation:
Ce type de réaction, c’est surtout une manière d’éviter la vraie question, de ne pas avoir à y répondre.
Toujours le même mécanisme : discréditer celui qui doute, plutôt que d’affronter le doute lui-même.
Alors ne les imitez pas en discréditant la gente rabbinique parce que les rabbins que vous avez rencontrés vous semblent incohérents.
Citation:
Ce que je trouve terriblement injuste, c’est que dans nos études à la yeshiva, dans la Guemara, on nous pousse à affiner notre esprit critique.
On nous apprend à poser, reposer, reformuler les questions, à penser autrement, à douter intelligemment.
Mais quand ce même esprit critique se tourne vers le système religieux lui-même, vers ses fondations… là, soudainement, ce n’est plus le bienvenu.
Sachez qu’il existe une autre religion, différente de celle que vous avez rencontrée.
Une religion où il est bienvenu de réfléchir à ces questions, mais où il faut savoir faire preuve de maturité et d’humilité en comprenant qu’il faut se donner les moyens d’une analyse totale et définitive avant de se l’autoriser.
Citation:
Et avec le temps, cela a creusé un fossé.
On m’a aussi pour me "calmer" recommandé des livres de rabbins très connus en Israël, qui tentent de concilier Torah et science.
Des ouvrages vendus à des milliers d’exemplaires, souvent cités comme “références”.
Mais en allant un peu plus loin, on découvre vite que ces théories sont largement controversées dans le monde scientifique.
Souvent mal comprises, mal citées, ou simplement arrangées pour coller au récit religieux.
Au final, ça ne m’a pas aidé non plus.
A propos de ces livres, j’en ai légèrement parlé ici :
https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=45488#45488 au sujet d’un livre, «
La révolution », il y a un lien vers un autre fil et un lien vers un shiour où je parle un peu de ça.
Citation:
Je suis arrivé à un point où je ne peux plus vivre dans l’entre-deux.
Grandir dans un cadre très pratiquant impose une forme de cohérence :
je ne peux pas simplement faire les choses à moitié, répéter des gestes par habitude, pratiquer extérieurement sans conviction intérieure.
Je dois choisir : soit je m’investis pleinement, soit j’accepte d’arrêter de faire semblant.
Et la vraie question, la seule qui compte au fond, est simple :
Est-ce que c’est vrai ?
Pas symboliquement fort, pas émotionnellement beau. Vrai.
Est-ce qu’il y a quelque chose de réel derrière cette religion ?
Une base suffisamment solide pour justifier des choix, des contraintes, des renoncements ?
Parce que pour l’instant, malgré la beauté des textes, la profondeur des rites, la richesse culturelle… je ne trouve rien de réellement convaincant.
Et ça ne me suffit plus.
Ce n’est pas que je rejette, ou que je me détache.
Au contraire, je suis profondément attaché à mon identité juive, à notre histoire, à nos valeurs.
Mais cette attache ne répond pas à la question essentielle : est-ce fondé ?
Je vois autour de moi des gens qui continuent par inertie.
Qui font Shabbat, qui mettent les tefilin, qui suivent le rythme… mais qui, quand on gratte un peu, ne savent pas vraiment pourquoi.
Et je refuse de m’ajouter à cette liste.
Je ne veux plus faire Shabbat jusqu’à 23h juste parce que “c’est comme ça".
Je ne veux plus mettre les tefilin parce que “il faut (et parce que ça protège les Hayalim...)”.
Là aussi, désolé, mais vos références ne sont pas yeshiviques, mettre les Tfilines «
parce que ça protège les ‘Hayalim » ? come on ! please.
Citation:
Si je dois m’engager, ce sera pour de vrai.
Et s’il n’y a pas de base convaincante, je préfère l’honnêteté au confort.
Dans le pire des cas, je resterai ce que je suis :
attaché à mon peuple, à nos traditions, à une certaine forme de continuité.
Je ferai probablement encore certaines choses.
Mais ce sera tout.
Comme une grande partie des Juifs aujourd’hui, d’ailleurs.
Une grande partie des juifs… Amei Haarets ! c’est l’essentiel que vous oubliez.
Hissez-vous au-dessus de ça, apprenez (réellement) la Torah, le Shas et les Rishonim, vous y découvrirez que la vraie Torah n’est pas exactement celle que vous connaissez, et vous en serez ravi.
Il est très fréquent qu’un jeune religieux par héritage familial, soit un peu moins naïf que son entourage et ne se plaise pas à emboiter le pas aux théories parfois ridicules des rabanim de Youtube.
Naturellement, par faiblesse humaine, il tend à vouloir se désengager religieusement, en se donnant bonne conscience car les fondements du judaïsme (tels que présentés sur Youtube) lui semblent assez folkloriques. C’est pour cela que je parlais d’humilité, de recherche de Emet et d’apprentissage du Talmud.
Il faut d’abord apprendre aux vraies sources ce qu’est le judaïsme, avoir l’humilité de reconnaitre que tant qu’on n’a pas appris le vrai judaïsme on ne peut légitimement pas s’en faire une idée suffisante pour le juger, et enfin, s’assurer constamment que notre volonté soit bien d’arriver au Emet et non à une conclusion qui nous arrangerait un peu plus.
Comprenez qu’il y a quand même des juifs qui ne sont pas totalement bêtes et qu’ils auraient aussi pensé à vos arguments s’ils vivaient votre « judaïsme youtubien », c’est donc qu’il y a une autre vision de la Torah que celle que vous croyez être la seule valable car représentée sur Youtube.
Welcome dans le monde de la vraie Torah, ואידך פירושה הוא זיל גמור.
PS : J'ai été très long, je ne me relis pas, désolé pour les fautes.