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Patient Alzheimer dans un hospice non casher

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aralé
Messages: 158
Kvod Harav

Peut-on mettre une personne atteinte d'Alzheimer ou de démence dans une institution non-juive, donc nourriture pas casher ?

Merci d'avance pour votre réponse.
Rav Mordehai Alberman
Messages: 154
Une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'une démence, si elle se trouve à une phase avancée caractérisée par une incapacité à reconnaître ses proches, une désorientation et une confusion mentale ; il est alors permis, en cas de nécessité, de la placer dans une institution où les repas ne sont pas casher.

Mais si elle n'a pas encore atteint ce stade de la maladie, il faut éviter.


Sources et explications :

Le Talmud et les décisionnaires évoquent à maintes reprises la notion de shoté. Traduit par le terme idiot (au sens propre), le shoté par définition est une personne qui n'a pas de da'at (de raison).

Le Talmud (Haguiga 2b) et le Rambam (חגיגה פ"ב ה"ד) statuent que le shoté est dispensé d'accomplir les mitsvot.

Donner un aliment interdit à un shoté

Il ressort du Shoul'han Arou'h (או"ח סי' שמג ס"א) qu'un enfant en bas âge, bien qu'on n'ait pas l'obligation de l'habituer à observer les mitsvot, malgré tout, il est proscrit de lui donner à manger un aliment interdit. Il s'agit de l'interdit doraïta de sfiya évoqué dans le Talmud (Yevamoth 114a).

Certes, il ressort du Teroumat Hadeshen (סי' סב) que l'interdit de sfiya ne n'applique pas à un shoté.

En effet, il écrit que le Torah proscrit de donner des aliments défendus à un enfant pour ne pas qu'il garde l'habitude de les consommer lorsqu'il deviendra majeur.

On peut en déduire que cet argument ne s'applique pas au shoté qui ne sera jamais contraint à observer les mitsvot.

Cependant, la plupart des décisionnaires contestent cette position et soutiennent que l'interdit doraïta de sfiya s'applique également au shoté. C’est-à-dire qu'il est proscrit de lui donner à manger une nourriture interdite.

Le 'Hatam Sofer (שו"ת או"ח סי' פג) démontre que telle est l'opinion du Rashba (גיטין נה:) et adopte son point de vue.

De même, le Amoudé Esh (סי׳ ד כלל ו) écrit qu'il en ressort ainsi des propos de Rabénou Yerou'ham (נתיב יח ח"ג).

Et c'est également l'avis du Pri Megadim (או"ח סי' רסו מ"ז סק"ד), du Min'hat 'Hinoukh (מצוה ה סק"ד) et du Kaf Ha'haïm (סי' שמג סקכ"א).

Les propos du 'Hatam Sofer

Le 'Hatam Sofer (שם) évoque le cas d'un enfant de sept ans atteint d'un grave retard mental. Or, les experts affirment que s'il allait dans une certaine institution d'éducation spécialisée qui se trouve dans une autre ville, il pourrait peu à peu développer ses facultés mentales jusqu'à devenir apte à travailler. Seulement, il sera forcément amené à consommer la nourriture non-casher qui y est servie.

Il écrit que s'il a un statut de shoté, il est permis de le placer dans cet établissement, car puisqu'on ne lui donne pas à manger cette nourriture directement et qu'on ne demande pas explicitement aux non-juifs de la lui donner à manger, nous n'enfreignons pas l'interdit de sfiya.

[Voyez le Mishna Broura (סי' שמג סק"ה) qui permet de demander à un non-juif de donner à manger un aliment interdit à un enfant s'il est malade et qu'il en a besoin].

Le 'Hatam Sofer précise que s'il n'est pas complétement shoté, bien que selon la stricte loi il soit permis de l'envoyer dans cette institution jusqu’à sa bar-mitsva, malgré tout, il est préférable d'éviter, car la nourriture interdite abrutie le cœur.

Placer un shoté incurable dans une institution non-juive

Rav Moshé Feinstein (אגרות משה או"ח ח"ב סי' פח) explique que le 'Hatam Sofer préfère ne pas placer dans cet établissement un enfant qui n'est pas tout à fait shoté, car s'il y allait, une fois guéri, il devrait observer les mitsvot, mais en raison de la consommation d'aliments interdits, il deviendrait un rasha (scélérat) devant l'Eternel.

Il en déduit qu'il n'est pas problématique de confier à une telle institution une personne mentalement limitée qui a un statut de shoté, et dont les spécialistes prétendent qu'elle ne pourra pas guérir, car puisqu'elle ne sera jamais contrainte à observer les mitsvot, elle n'aura jamais un statut de rasha devant l'Eternel.

Certes, le Tsits Eliézer (חי"ד סי' סט) conteste ces propos de Rav Moshé Feinstein en argumentant que l'interdit de sfiya s'applique également au shoté.

Néanmoins, Rav Asher Weiss (שו"ת מנחת אשר ח"ב סי' מז) soutient qu'on peut s'appuyer sur les propos de Rav Moshé Feinstein.

Et tel est l'avis du Pisskei Teshouvot (סי' שמג אות י) qui affirme que quelqu'un qui est considéré sans aucun doute comme shoté, il est permis de le placer dans une institution où les repas servis ne sont pas casher.

Mais s'il n'est pas complétement considéré comme shoté, bien qu'il soit mentalement limité (par exemple un trisomique), s'il est capable d'observer certaines mitsvot, il faut éviter de le confier à un établissement qui dispense de la nourriture interdite ou qui ne respecte pas les règles de base de la pudeur.

Le statut d'une personne atteinte d'Alzheimer

Il ressort des propos de Rav Itzhak Zilberstein (שיעורי תורה לרופאים ח"ג סי' רה) que le statut halakhique d'une personne atteinte d'Alzheimer dépend du niveau d'avancement de la maladie.

En effet, il établit que s'il est arrivé à un stade avancé de la maladie caractérisé par une confusion mentale, une désorientation et une incapacité à reconnaître ses proches, il a statut de shoté.

Sinon, il n'a pas un statut de shoté, et ce, même s'il ne se souvient pas où il était hier et ce qu'il a fait quelques heures auparavant.
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