Le 9 Av
La Guemara de Pessa'him (54b) rapporte les propos de Rabbi Yo'hanan selon lesquels il est interdit de manger pendant bein hashmashot du 9 Av (c’est-à-dire jusqu’à la tombée de la nuit).
Le Min'hat Hinoukh (מ' שיג אות יט) explique pourquoi le principe de safek derabanan lekoula ne s'applique pas ici.
En effet, les quatre jeûnes (le 17 Tamouz, le 9 Av, le jeûne de Guedalia et le 10 Teveth) sont évoqués dans les Prophètes (Zacharie 8,19) : Ainsi parle l'Eternel : Le jeûne du quatrième mois et le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième mois seront changés pour la maison de Juda en joie et en allégresse et en fêtes solennelles.
Cependant, la Guemara de Rosh Hashana (18b) affirme que pendant les périodes où le peuple juif n'est pas persécuté, ces quatre jeûnes, selon la stricte loi, ne sont pas obligatoires, seuls ceux qui le souhaitent doivent jeûner, à l'exception du 9 Av qui marqué par une multiplication des malheurs.
Le Ritva (sur place) explique qu'initialement le 9 Av aussi n'était pas obligatoire (sauf en période de persécution), seuls ceux qui le souhaitent doivent jeûner. Cependant en raison de la répétition des malheurs survenus ce jour-là, le peuple juif prit sur lui ce jeûne comme étant un commandement des prophètes, avec toutes les 'houmrot (mesures de rigueur) que cela implique.
Le Min'hat 'Hinoukh se fonde sur ses propos en précisant que, pendant les périodes de persécution, le jeûne est considéré comme midivrei kabala (un commandement des prophètes). Or, le statut d'une mitzva midivrei kabala est similaire à celui d'une mitzva doraïta. C'est pourquoi il est interdit d'y manger pendant bein hashmashot, car c'est un safek doraïta le'houmra.
Par conséquent, même dans une période sans persécutions, puisque le peuple a pris sur lui d'accomplir le jeûne du 9 Av avec les 'houmrot propres aux jeunes midivrei kabala, il est interdit d'y manger pendant bein hashmashot.
Les autres jeûnes
Il ressort de la Guemara de Pessa'him susmentionnée qu'uniquement le jeûne du 9 Av se termine à la tombée de la nuit. Vraisemblablement, en vertu du principe de safek derabanan lekoula, les autres jeûnes n'étant que miderabanan.
Aussi, il est écrit dans la Guemara de Ta'anith (12a) qu'un jeûne interrompu avant le coucher du soleil n’est pas considéré comme valide.
Tossefot dans le traité de Avoda Zara 34a (ד"ה מתענין) s'interrogent donc sur notre habitude de jeûner jusqu'à la sortie des étoiles.
Dans leur première réponse, ils expliquent que l'on a l'habitude d'attendre la sortie des étoiles dans le doute, par crainte que le soleil ne se soit pas encore couché.
Dans leur deuxième réponse, ils émettent la possibilité que le coucher du soleil évoqué dans la Guemara correspond à la fin du coucher du soleil.
Bien qu'entre la fin du coucher du soleil et la sortie des étoiles, se situe bein hashmashot, le Beith Yossef (סי' תקסב ס"א) explique au nom du Smak que l'on a l'habitude d'attendre la sortie des étoiles, car la plupart des gens ne savent pas exactement quand se termine le coucher du soleil.
Le Cha'ar Hatzioun (סי' תקסב ס"א), dans sa première explication, va dans le sens du Smak, en écrivant que nous devons poursuivre le jeûne jusqu’à la sortie des étoiles, car nous ne car nous ne sommes pas sûrs de la durée précise de bein hashmashot.
Il ajoute une autre explication selon laquelle nous prenons en compte l'avis de Rabbi Yossi (Chabbat 34b) selon lequel bein hashmashot commence juste avant la sortie des étoiles.
D'un autre côté, le Rosh dans le traité de Ta'anith (1:12) explique que par "coucher du soleil", la Guemara veut dire "sortie des étoiles". Selon cet avis, poursuivre le jeûne jusqu’à la tombée de la nuit est donc une obligation mentionnée dans le Talmud.
C'est d'ailleurs l'avis retenu dans le Choul'han Arou'h (סי' תקסב ס"א) qui stipule qu'un jeûne interrompu avant la sortie des étoiles n’est pas considéré comme valide.
En résumé, concernant le 9 Av, la Guemara stipule qu'on doit faire sortir le jeûne à la tombée de la nuit ; et le Min'hat Hinoukh explique que nous avons pris sur nous ce jeûne comme étant midivrei kabala.
Concernant les autres jeûnes, plusieurs décisionnaires pensent que d'après le Talmud, ils se terminent au coucher du soleil. Cependant, depuis l'époque des Rishonim, nous avons la coutume de les faire sortir à la tombée de la nuit, pour les raisons mentionnées plus haut.
Néanmoins, ce n'est pas qu'une coutume, car d'après le Choul'han Arou'h, c'est une stricte obligation.