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La Torah en France

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Raph O
Messages: 38
Bonjour Rav,

Vous évoquez à plusieurs endroits les lacunes du judaïsme français, par exemple ici:
https://www.techouvot.com/ne_pas_profiter_de_ce_monde_idee_chretienne-vp51161.html
là:
https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=57283
et là aussi:
https://www.techouvot.com/olam_hayepchivot-vt15127.html

Je me retrouve tout à fait dans le constat que vous faites et je ressens ce manque au quotidien dans ma vie à Paris. Je trouve cela très frustrant car j'aimerais que les choses bougent et que la Torah puisse évoluer en France, surtout en termes de limoud, afin d'avoir accès à quelque chose de plus authentique et moins infantilisé.

Donc j'aimerais avoir votre avis :

1) Qu'est-ce qu'un juif français peut faire à son niveau (sachant qu'il n'est pas passé par les grandes yechivot pour pouvoir diffuser cette Torah correctement) en vue d'améliorer cette situation ?
2) Comment est-il possible (à titre personnel) de combler ces manques inhérents au judaïsme Français (sur les hashkafot, sur le limoud ou sur la compréhension des agadot du chass, etc.) ?

Merci beaucoup pour vos conseils.
Kol touv.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7415
Citation:
Vous évoquez à plusieurs endroits les lacunes du judaïsme français, par exemple ici : https://www.techouvot.com/ne_pas_profiter_de_ce_monde_idee_chretienne-vp51161.html
là:
https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=57283
et là aussi:
https://www.techouvot.com/olam_hayechivot-vt15127.html

Je me retrouve tout à fait dans le constat que vous faites et je ressens ce manque au quotidien dans ma vie à Akon. Je trouve cela très frustrant car j'aimerais que les choses bougent et que la Torah puisse évoluer en France, surtout en termes de limoud, afin d'avoir accès à quelque chose de plus authentique et moins infantilisé.
Donc j'aimerais avoir votre avis :
1) Qu'est-ce qu'un juif français peut faire à son niveau (sachant qu'il n'est pas passé par les grandes yechivot pour pouvoir diffuser cette Torah correctement) en vue d'améliorer cette situation ?
2) Comment est-il possible (à titre personnel) de combler ces manques inhérents au judaïsme Français (sur les hashkafot, sur le limoud ou sur la compréhension des agadot du chass, etc.) ?


Pour ce que l’on peut faire pour contribuer à faire avancer les choses en France sur ce terrain, il y a plusieurs choses que l’on peut mentionner, mais je ne vois pas UNE action unique qui permettrait à elle seule de faire basculer la situation en relativement peu de temps.

Chaque petite chose contribue et ça prendra du temps. Que ce soit la diffusion (et l’étude) de certains Sfarim, la traduction de certains sfarim, la diffusion de certains cours, etc.
Ça c’est que chaque individu peut faire. Après, pour les plus gros projets : la création de Yeshivot conséquentes, et d’écoles (frum) conséquentes.

Créer une nouvelle école n’est pas suffisant, il faut savoir s’entourer de personnes « compétentes en judaïsme ». Celui qui n’a pas étudié quelques années dans les Yeshivot ne sait généralement pas comment sélectionner les bons enseignants pour créer une ambiance yeshivique.

Ce problème ne concerne pas que les écoles de garçons, pour les filles aussi, les enseignants de Kodesh n’ont souvent qu’un niveau trop moyen.
On se dit que pour des enfants ça suffit, mais c’est une erreur, un enseignant de qualité et de haut niveau fait passer aux élèves des choses qui ne se mettent pas « sur papier ».
Les programmes scolaires (de Kodesh) sont à l’abandon, chaque prof fait sa petite cuisine, les morot reprennent, à chaque classe, chaque année, à ‘hanouka l’histoire de ‘Hanouka, à Pourim celle de Pourim, etc. Tel Sisyphe, on a vraiment l’impression que l’on revient sans arrêt à la case départ… Au lieu de « penser » un programme, avec une évolution, rappeler très brièvement l’histoire de ‘Hanouka (/de la fête) les années suivantes, pour consacrer plus de temps aux Halakhot de la fête.

Bref, rien que sur l’école et le programme scolaire il y aurait énormément à dire.

Et de manière générale, il y a tellement de choses à corriger qu’il est difficile de savoir par où commencer.
C’est pourquoi j’opterais plutôt pour la multiplication de petites actions individuelles.

Un des points fondamentaux, à part l’enseignement (qui est défectueux dès le jeune âge, pour devenir catastrophique concernant les adultes), c’est le Kvod Hatorah. Je ne parle pas du kvod Harabanim, mais du Kvod Hatorah. C-à-d valoriser la vraie Torah. Respecter, il faut respecter tout le monde, mais il faut tout de même savoir se diriger vers de la VRAIE Torah.

A partir du moment où les juifs de France sauront diriger leur intérêt sur la vraie Torah (et les rabanim qui la diffusent), et arrêteront de se diriger instinctivement vers le « bling-bling » [ce qui inclut les « kabbalistes » mais aussi les (vrais) Rabanim respectés pour autre chose que la beauté de la Torah qu’ils transmettraient, c-à-d les Rabanim qui n’ont pas une belle Torah à transmettre, mais que les gens vénèrent pour d’autres raisons, comme leur réputation, leur Yi’hous, leur allure impressionnante, leur richesse/pouvoir, ou la peur qu’ils inspirent], nous aurons beaucoup plus de Rabanim proposant une belle Torah, c-à-d une Torah honnête, humaine, véritable, franche, sincère, sans hypocrisie, sans cinéma, sans faux-semblants.

On a les Rabanim que l’on mérite, c’est ainsi.

Si le « rabbinat » français (l'ensemble des Rabanim en France) est globalement décevant, c’est parce que NOUS sommes globalement décevants (en matière d’intérêt pour la Torah).

Quant au Tikoun individuel, difficile de répondre sur mesure sans connaitre. Tout dépendra de la personne, ses aptitudes, sa situation familiale, financière, spirituelle, etc.
EOM
Messages: 23
Bonjour Rav,
Quel seraient les programmes qu'il conviendrait de mettre en place dans les écoles ?
Faudrait-il ajouter une matière Hashkafa dès le plus jeune âge ?
Quels seraient les changements idéaux à effectuer ?

Merci par avance pour vos éclaircissements !
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7415
Citation:
Bonjour Rav,
Quel seraient les programmes qu'il conviendrait de mettre en place dans les écoles ?
Faudrait-il ajouter une matière Hashkafa dès le plus jeune âge ?
Quels seraient les changements idéaux à effectuer ?


C’est un peu comme si vous me demandiez quelles sont les améliorations à apporter pour changer un vélo en voiture… Il y en a beaucoup, la question serait plutôt qu’est-ce qu’on peut garder.

Je ne sais pas par où commencer, je vous donne quelques exemples mais il ne s’agit pas d’une liste exhaustive :

Revoir les programmes, de fond en comble, en Kodesh comme en ‘hol.
Les seules classes où le programme n’est pas décevant sont peut-être les classes de primaire en ‘hol (mais pas en kodesh).

C-à-d que le ‘hol en primaire ça peut aller, mais pas en secondaire et le kodesh ça ne va pas dans toutes les classes.

Hélas, pour le ‘Hol, les écoles dépendront des irresponsables qui sont aux responsabilités au ministère de l’abrutissement national, surtout s’il faut obtenir un diplôme, on doit bien suivre l’exécrable programme tel que tracé par ces autorités.

Mais pour le Kodesh, il est possible de faire beaucoup mieux que ce qui se fait dans les écoles françaises, je veux dire même les écoles religieuses.

Les enseignants ne doivent pas être d’un niveau considéré suffisant pour des enfants, il faut que ce soit bien plus, car il ne suffit de pas qu’ils soient « plus calés » que les enfants, afin de pouvoir leur expliquer de manière approximative des choses qu’ils ne savent pas.

Même si l’apprentissage d’un enfant reste très limité, il y aura une grande différence entre ce qu’il apprendra d’un Talmid ‘Hakham et ce qu’il apprendra d’un Am Haarets, les enseignements du Talmid ‘Hakham seront beaucoup plus précis, plus vrais, plus inspirants, plus formateurs. On ne verra pas forcément la différence de manière flagrante à la fin de la journée, mais quelques années après ça fera toute la différence.

Dès l’âge de 10 ans, un enfant devrait apprendre la Torah/Gmara avec un Talmid ‘Hakham. Avant aussi dans la mesure du possible.

Et dans les plus petites classes, quel dommage d’apprendre une seule parasha par année (dans le meilleur des cas), ils n’apprennent quasiment rien en ‘Houmash, et rien sur le Nakh.

Et que dire du programme de Halakha... Pourquoi les élèves apprennent si peu de choses, si mal et rarement précises et justes ? Certainement parce que l’enseignant lui-même ne « domine » pas le sujet.
Et combien de temps est consacré à répéter des halakhot basiques déjà acquises les années précédentes ?

Et combien de temps est perdu à « polluer » l’esprit des élèves par des Midrashim mal compris par les enseignants et donc mal enseignés, et qui vont, finalement, affaiblir la Yirat Shamayim des enfants et les (dé)former à une Hashkafa qui a déjà fait énormément de dommages et de dégâts ?

Vous demandez s’il faut enseigner la Hashkafa, je pense que oui, mais essentiellement à un âge plus avancé que les petites classes. Disons à partir de 14 ans.
Avant cela, il faut aussi une Hashkafa claire, mais ça passera à travers les autres enseignements, il n’est pas forcément bon d’y réserver une matière spécifique avant qu’ils n’aient l’âge qui leur permette d’envisager différentes Hashkafot sans se noyer.
Il me semble que 14 ans est un bon âge pour commencer à découvrir les différentes Hashkafot de nos ‘Hakhamim.
Avant cela (et après aussi), il faut leur enseigner « plein de Torah », qu’ils aient des connaissances vastes et précises.

Certains insistent pour dire que l’essentiel n’est pas de leur remplir la tête mais le cœur (de Ahavat Torah).
Ça dépend de qui on parle. Pour des enfants qui viennent de famille « convaincues », il faut veiller à leur remplir la tête. Pour les familles qui ne sont pas très pratiquantes, effectivement, il faut veiller à « séduire le cœur » des enfants.
Dans tous les cas, pour tous les types d’enfants, l’enseignement ne doit pas être sévère et désagréable. [Certains le disent avec ces mots : « l’enseignement ne doit pas être comme en ‘hol, scolaire ». Je ne le dis pas exactement comme ça car le fait que l’enseignement du ‘hol soit « scolaire » est aussi assez déplorable en soi.]

Je sais que les enseignants se disent « j’aimerais l’y voir, avec une classe de garçons turbulents, si tu n’es pas sévère tu n’obtiens rien »… Je ne dis pas qu’il faille négliger la sévérité pour maintenir la discipline, mais il faut, comme des parents devraient aussi le faire, maintenir une crainte de l’enseignant tout en maintenant une bonne ambiance grâce au fait que l’élève soit persuadé que l’enseignant cherche à aider l’élève et souhaite son bien.

Je ne nie pas que ce soit un art et qu’il ne soit pas donné à tout le monde d’assurer ce poste d’enseignant pour enfants, mais ça n’est pas une raison pour engager des enseignants « scolaires » qui ne savent pas transmettre un limoud de qualité.

Ce que je sais, c’est que dans le cadre de ma maigre expérience sur le terrain, lors de la création de (feu) la Methivta de Puteaux, j’avais insisté pour que l’enseignant de Gmara et qui dirigera le Kodesh soit un Talmid ‘Hakham de premier plan, en la personne de Rav Moshé Yaakov Shnéor qui, bien qu’habitué à enseigner en Yeshiva Gdola (plutôt 20 ans que 10), a accepté le pari de diriger le Kodesh de la Methivta et d’enseigner la Gmara à des enfants de 12 ans.

Le résultat a été sans appel et absolument époustouflant, même les plus sceptiques au départ ont dû reconnaitre la différence plus que flagrante au bout d’un an et à plus forte raison au bout de 3 ou 4 ans.
Des petits enfants qui ne connaissaient rien en Gmara sont devenus en quelques mois des « accrocs » au Talmud et allaient étudier d’eux-mêmes le shabbat au Beit Hamidrash, sans y être tenus, ni obligés, et sans y gagner quoi que ce soit d’autre que du limoud !
Tous ont étudié la Gmara pendant des années et aujourd’hui, plusieurs d’entre eux sont de jeunes avrekhim Talmidei ‘Hakhamim très prometteurs bez’’h.

Je suis profondément persuadé que si l’on s’était contenté d’un « Rav enseignant d’école » classique, même s’il sait traduire convenablement la Gmara et que c’est largement suffisant pour apporter des informations aux élèves, ça n’aurait pas donné 10% de ce résultat.

Je me rends compte que j’ai beaucoup parlé des garçons (même s’il y a encore beaucoup à dire et détailler) et pas assez des filles.

L’enseignement de la halakha y est aussi assez souvent catastrophique, les Midrashim étranges y sont enseignés avec grande conviction et sans réelle compréhension, hélas, les connaissances en ‘Houmash et Nakh sont faibles et parfois déplorables…

Le problème des enseignants est toujours présent, c’est parfois une petite jeune fille sans formation, d’autres fois, avec une formation de séminaire, mais hélas, là-bas aussi il arrive que les enseignants leur enseignent des Midrashim kepshoutam sans les comprendre.

Et de manière générale, la notion de « programme » de Kodesh est tellement négligée que même les bonnes enseignantes ne donnent pas toujours le meilleur d’elles-mêmes.

Au primaire, chaque semaine, mes enfants rentraient avec un Dvar Torah sur la Parasha. Je me souviens d’une des Morot de certaines de mes filles dont je pouvais reconnaitre et apprécier le Dvar Torah chaque semaine, tant il dénotait de ce à quoi les autres nous avaient habitués…
Elle avait étudié 3 ans au séminaire de Gateshead et on voyait la différence de manière très très nette.
Ça ne veut pas dire que le passage à Gateshead soit une garantie, mais ça aide.

Je m'arrête-là, sans avoir le sentiment de vous avoir répondu suffisamment, mais j'ai touché au sujet et lancé des pistes et idées.

Hélas, je n'ai même pas le temps de me relire, veuillez excuser les fautes.
Zrgryhz-4
Messages: 36
1) pourquoi ça a fermé ?
2) si je gagne au loto 100 million que pourrais-je faire pour remonter la torah en France ?
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7415
Citation:
1. pourquoi ça a fermé ?

Je comprends que vous parlez de l’école Methivta mentionnée plus haut.
La raison de sa fermeture est longue (et douloureuse), mais aussi instructive.

Comme certains m’ont reproché de ne pas avoir fait tout ce que j’aurais pu faire pour éviter ce qui s’est finalement passé, voire d’en être (en partie) responsable, je clarifie un tout petit peu le déroulement, sans entrer dans les détails du tout, car le but n’est pas de redéclencher une discorde.

Ça a très bien marché pendant 4 ou 5 ans, il y avait deux associés qui y ont mis toutes leurs ressources et fortune (kol hakavod aux deux).
Hélas, au bout de quelques années, il y a eu un point de désaccord entre eux. C’est terrible mais c’est souvent comme ça.

Nous pensions nous être prémunis face à ces situations prévisibles en faisant signer à chacun d’eux un engagement stipulant qu’en cas de désaccord entre eux, ils se référeraient à une entité rabbinique préalablement désignée et acceptée et se plieraient à sa décision, pour le bien de la Methivta et de la communauté.

Au départ, ladite entité était vouée à être constituée de trois personnes : Le Rosh Methivta, Rav Ariel Gay et votre serviteur. Mais d’emblée, l’un des deux associés a considéré qu’il pourrait y avoir un conflit d’intérêt si le Rosh Methivta siégeait dans ce « conseil rabbinique », puisqu’il était salarié de la Methivta (ce qui signifie, indirectement, des deux mécènes associés sur la Methivta). Il a donc été décidé que l’entité décisionnaire serait exclusivement constituée des deux autres, à savoir Rav Gay et moi-même. Il fallait espérer qu’il n’y ait pas de désaccord entre nous deux, sans quoi nous ne pourrions arbitrer un conflit en suivant une majorité, mais ce n’est pas ça qui a finalement posé problème.

Lorsque le désaccord entre les associés éclata, Rav Gay et moi avions été consultés pour arbitrer, comme prévu par le contrat initial signé par chacun des associés. Nous avions rendu notre décision, mais l’associé à qui nous donnions « tort » n’a pas respecté son engagement (de s’en remettre à notre décision) et n’a pas tenu parole (ou plutôt : n’a pas « tenu écrit » car il s’y était engagé oralement mais aussi par écrit en signant cet engagement).

Il s’est ensuite débrouillé pour évincer et exclure légalement de l’association le second associé, de sorte qu’il se retrouvât seul maître à bord. Il renvoya le Rosh Methivta qui lui avait, lui aussi, donné tort dans ladite affaire, et continua l’aventure seul, en engageant un nouveau Rosh methivta, puis une nouvelle équipe d’enseignants et il dirigeait seul la Methivta.

C’était le début de la fin.

Les Rabanim (« importés » d’Israël) qui ont occupé le poste de Rosh Methivta par la suite étaient certes des talmidei ‘hakhamim, mais pas aussi doués que le premier qui avait réussi à installer une véritable ambiance de Ahavat Torah.
Certains des Rabanim se sont disputés, eux aussi, avec le dirigeant, et l’équipe a été changée au fur et à mesure.

[Parenthèse nécessaire pour ceux qui se disent que ce n’est pas applicable dans leur cas, en pensant qu’on avait ici affaire à un homme de peu de valeur, un tricheur sans morale, un bandit sans Midot : non, détrompez-vous, rien de tout ça.
Il s’agit d’une personne raffinée, affable, polie, serviable, intelligente, bien intentionnée et qui se dévouait corps et âme pour un projet spirituel dont elle n’a jamais eu l’espoir de tirer un avantage financier, c’est tout le contraire, elle y a mis toute sa fortune et toute son énergie.
Il ne faut donc pas s’imaginer ne pas être concerné.
Comprenez bien que c’est ma vision que je vous livre, lui en aurait probablement une autre selon laquelle il aurait parfaitement respecté sa parole etc.]


Tenir seul financièrement était un défi de taille, aucun des deux associés du départ n’était assez fortuné pour cela, et même à eux deux, il fallait encore faire un gala pour assurer toutes les dépenses et frais liés à cette école d’excellence.
Lorsque l’un des deux fondateurs s’est retrouvé seul, je me suis demandé comment il comptait s’en sortir. Il faut comprendre qu’on ne parle pas de gens immensément riches qui n’auraient simplement qu’à réserver une plus grande partie de leur Maasser pour combler le manque occasionné par l’exclusion du partenaire. Ces gens-là donnaient déjà tout ce qu’ils pouvaient pour la Methivta, bien plus que 10% de leurs revenus et bien plus que 20% aussi (et plus encore).
J’ai supposé qu’il dût avoir un plan d’association avec un autre mécène, mais il semblerait que ça n’ait pas fonctionné, car la Methivta battait de l’aile financièrement et les enseignants se plaignaient de ne pas être payés.
Plusieurs d’entre eux sont venus s’en plaindre chez moi (et chez différents rabanim), je leur ai répondu que je n’avais plus aucun « pouvoir » dans cette Methivta et que le dirigeant ne m’écoutait plus.

Les choses allèrent s’empirant, jusqu’à la fermeture totale.

Mais dès le schisme et le renvoi d’un des deux « actionnaires » par son associé, j’avais compris que la Methivta était déjà condamnée spirituellement.

Tout ceci pour dire qu’on a beau tout prévoir, on n’est jamais à l’abri du Satan qui peut faire souffler un vent de folie et détruire une institution qui réussissait au-delà de toute espérance.

Le co-fondateur qui a déclenché tout ça, qui a trahi sa parole (et son associé) et n’a pas respecté son engagement signé, et qui a finalement (sans le vouloir et sans s’en rendre compte) « assassiné » cette yeshiva, est persuadé qu’il l’a fait Leshem Shamayim, que c’était ce que D.ieu attendait de lui à ce moment, et qu’il a fait à chaque étape ce qu’il y avait de mieux à faire.

C’est là que c’est compliqué à gérer ce genre de « ma’hloket ». Chacun perçoit et voit les choses depuis son angle de vue.

J’avais tenté à de multiples reprises de lui parler (amicalement, car déjà bien avant d’être un des fondateurs de cette école, c’était un ami) dans le but de le comprendre et pour qu’il prenne conscience de ce qu’il faisait. Et ce, même après qu’il ait commencé à faire des choix avec des conséquences irréversibles.
Mais au bout d’un moment il n’a plus voulu m’écouter et a refusé mes demandes de RDV pour qu’on puisse se parler.
Il devait naturellement se dire que c’était ma vision qui était biaisée et que je croyais, par effet de yetser hara, que j’œuvrais Leshem Shamayim, mais qu’en fait ce que je disais n’était que le fruit de mon yetser hara et que j’œuvrais pour mes intérêts, mon Kavod et mon orgueil etc.

C’est pour ça que c’est compliqué à gérer ces situations. Chacun pense qu’il est motivé Leshem Shamayim et que l’autre est aveuglé par ses intérêts, sa bêtise ou son orgueil.

Que le lecteur me comprenne bien, je ne viens pas dire que « j’avais raison », ce n’est pas ce qui nous intéresse aujourd’hui, je pense effectivement que j’avais raison mais c’est toujours comme ça, chacun pense qu’il a raison et l’autre tort, et ne tient souvent pas assez compte de la perception de l’autre.

Mais même si lui pense que c’est moi qui avais tort, le fait est que cette yeshiva n’a pas retrouvé la même hatsla’ha, n’a fait que péricliter en raison de multiples difficultés qui se sont acharnées contre elle et a finalement rendu l’âme au bout de quelques années (alors qu’il avait continué à déployer efforts et investissements sans relâche pour la maintenir).

Bien entendu, il doit se dire que c’était un concours de circonstances qui n’avaient rien à voir avec ce qu’il avait fait et les décisions qu’il avait prises (que des Rabanim lui avaient pourtant reprochées). Mais il me semble que celui qui analyse avec du recul la série de difficultés que cette école a rencontrées par la suite, ne misera pas avec assurance sur un concours de circonstances totalement fortuit.

Je ne peux ni ne veux rapporter ici moult détails pour expliquer et préciser mon propos, je n’ai mentionné que ce qui est de notoriété publique, ce que tout le monde a su et vu à l’époque, car je ne souhaite pas relancer cette polémique destructrice qui a causé tant de dégâts, tant de mal, tant d’incompréhensions, tant de malentendus et tant de souffrances de part et d’autre. Que chacun reste sur sa position, de toute façon le plus grand mal est fait et cette yeshiva est détruite.

Et pourtant, il s’agit d’un juif Yeré Shamayim, qui respecte les Mitsvot, qui étudie la Torah et qui a consacré sa fortune pour cette institution de Torah. Il appartient à ce qu’on appelle la crème de la crème des Baalei Batim de nos Kehilot Frum.

Il existe certes de plus grands donateurs qui font tenir les Yeshivot, mais rares sont ceux qui investissent (proportionnellement) une si grande part de leur fortune, de leur énergie et de leur temps comme il l’a fait.
Il ne vivait pas dans le luxe, ne dépensait pas des fortunes pour les vacances ou les voitures, il se consacrait et consacrait son argent à cette yeshiva-école, et avec beaucoup de dévouement et d'abnégation. Ces gens-là sont très rares et très précieux.

Je peux considérer qu’il a entrainé la perte de cette yeshiva, sans que cela ne m’empêche de voir et reconnaitre son investissement remarquable pour elle, ses efforts et son dévouement.
C’est terrible, c’est un peu comme un parent qui tue son propre enfant sans s’en rendre compte.

Je lui avais fait savoir que ce qu’il faisait était grave, que les conséquences en seraient irréversibles et qu’il condamnait la Methivta par sa volonté de n’en faire qu’à sa tête en dépit des avertissements et mises en garde des Rabanim mêlés à cette affaire. Mais rien n’y fit, il fit fi de mes remontrances.

J’avais tenté de trouver de l’aide et des conseils auprès de plusieurs Rabanim, certains n’habitant pas en France et d’autres plus proches géographiquement, comme Rav Rozenberg z’’l, Rav Brand etc. mais ça n’a pas suffi à le faire changer d’avis.

Nous constatons aussi, malheureusement, que des discordes sévirent à différentes époques dans plusieurs Yeshivot. Généralement, c’est le même « scénario » qui revient : les deux clans se réclament du « Leshem Shamayim »...
Rav ‘Haïm Shmulevitz soulignait que de nombreuses entraves et difficultés n’ont pas réussi à détruire les Yeshivot comme la Ma’hloket a pu le faire.

Comment éviter ce danger ? Comment se prémunir et garantir que cet écueil n’abîmera pas les efforts investis ? Je ne sais pas.

Il semblerait que le Zkhout de s’inscrire dans l’histoire de la transmission de la Torah ne soit pas si facile d’accès, et chaque promotion réussie de cette Methivta est un mérite à part et duquel il faut se réjouir, même si on aurait pu espérer qu’il y en ait bien plus et pendant bien plus longtemps.


Avant de conclure, je rappelle que le but de ce message n’est pas de réveiller une vieille ma’hloket déjà enterrée et c’est pourquoi je me suis borné à n’en mentionner que des grands axes, connus de tous à l’époque et reconnus par tous. Ces infos sont assez factuelles et difficilement discutables il me semble, il y a beaucoup plus à dire et des tas d’autres détails importants, mais il serait dangereux et inutile d’en parler ici.
Dangereux car étant donné qu’ils n’étaient pas si publics que ça à l’époque, les « dévoiler » raviverait des tensions qui n’apporteraient rien de très positif.
Et inutile, car le peu qui a été ici mentionné suffit amplement à montrer que la création d’une Yeshiva/de Mosdot d’excellence n’est pas sans risque, même avec des gens qui nous paraissent au-delà de tout soupçon, qui sont impliqués et dévoués, et même en prenant toutes les précautions possibles par des contrats signés et des engagements officiels.

Je ne dis pas que cela doive nous bloquer et nous refroidir, mais il faut en être conscient, car ça peut s’avérer très dur à vivre en cas de « ma’hloket ».

C’est là le but de mon message. C’est pourquoi je souligne aussi [ce qui me semble être] la vision de la personne qui porte selon moi la responsabilité de la mort de cette Yeshiva, en disant qu’elle se réclame du Leshem Shamayim et des bonnes Midot et pense avoir fait les bons choix aux bons moments et que c’est au contraire moi qui ai été aveuglé par mon Yetser Hara, mes intérêts, mon Kavod, ma bêtise, etc.
Mon objet n’est pas de trancher entre nous ni de plaider ma cause, mais de prévenir qu’en matière de désaccord sur un mossad d’excellence, le grand danger est que chacun se réclame du Leshem Shamayim et soit persuadé que l’autre s’égare. Dès lors, il deviendrait très difficile de raisonner son adversaire et presqu’autant d’éviter le schisme.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 7415
Perturbé par ma précédente réponse (qui fait remonter des souvenirs désagréables), j’en ai oublié que vous posiez une deuxième question.

Je vous cite :

Citation:
2) si je gagne au loto 100 million que pourrais-je faire pour remonter la torah en France ?


La première chose qui sera à faire, sera de vous souvenir qu’avant de les avoir gagnés vous espériez les consacrer à la Torah.

Je dis ça car, généralement, seuls ceux qui n’ont pas de moyens ont des projets spirituels de cet ordre et se disent « si je gagne au Loto, j’ouvrirai une Yeshiva, et je ferai ceci cela, etc. ». Mais une fois qu’ils font fortune, même pour les 10% du Maasser c’est avec grande difficulté qu’ils arrivent à les « lâcher », et leurs projets spirituels n’ont plus du tout la priorité dans leurs esprits.

J’ai connu plusieurs personnes qui disaient plus ou moins cela, « si je gagne au Loto je ferai progresser le Limoud en ouvrant une super Yeshiva, un kollel, une école, etc. ». Aucune d’elles n’a gagné au Loto à ma connaissance, mais plusieurs ont fait fortune depuis. Etrangement, on ne les entend plus du tout s’entretenir de tels projets pour la Torah…

Ceci étant dit, parlons du cas théorique où quelqu’un dispose d’une grande somme et souhaite l’investir pour faire progresser la Torah en France.

Une bonne chose serait de créer une Yeshiva conséquente, une Yeshiva qui attirerait même des étudiants de l’étranger, au point que même si les élèves souhaiteraient poursuivre ensuite leurs études dans les Yeshivot israéliennes, ils auraient aussi une volonté de revenir en France pour étudier dans cette yeshiva ou au kollel qui serait la suite de cette Yeshiva.

Une des clés sera l’excellence des rabanim enseignants, c’est ça qui attire les élèves -dans la mesure où les conditions de base d’une yeshiva sont réunies.

Il ne me semble pas impossible qu’une Yeshiva, en France, puisse produire de meilleurs résultats que la masse des yeshivot israéliennes. Mais il faut pour cela des Talmidei ‘Hakhamim de premier plan, de véritables « Rashei Yeshivot », pas juste un jeune avrekh sympathique.

Il faut aussi des Rabanim qui aient une vision, pas juste un Rav qui enseigne la gmara sans vraiment y voir un lien avec D.ieu. Pas non plus un Rav qui enseigne bien les « dapim étudiés en yeshiva » et qui ne connait pas grand-chose du reste de la Torah.

Et surtout, celui qui se charge de tout cela, doit comprendre que -même s’il se pense plus intelligent que tout le monde- il ne PEUT pas mieux savoir ce qu’il faut ou non que ceux qui ont passé une ou deux décennies de leur vie à la Yeshiva.
Il faut connaître ce monde de l’intérieur pour savoir comment le gérer.
Gérer ou diriger une entreprise n’est pas comme gérer une yeshiva.
L’expérience du chef d’entreprise pourra parfois s’avérer complémentaire et éclairer un peu, mais elle ne sera pas suffisante pour la bonne gestion d’une yeshiva.

Bref, il ne suffit pas de gagner au Loto, il faut aussi avoir l’intelligence de faire (totalement) confiance aux bonnes personnes.

Si on s’inspire des très grandes Yeshivot qui ont produits des tas de Talmidei ‘Hakhamim de premier plan, je crois qu’il n’y en a pas une qui ait été gérée par un « non talmid ‘hakham ».

L’exemple de la Yeshiva qui a vraiment bien marché et produit des tas de Gueonim durant toute la seconde moitié du XXème siècle, c’est Ponovez à Bnei Brak.
Son directeur/fondateur était lui-même un Gaon, Rav Yossef Shlomo Kahaneman. Ce n’est pas lui qui assurait les cours à la Yeshiva, il s’occupait seulement de la gestion (et de ramasser les fonds etc.).
Il a eu l’intelligence de ceux qui s’y connaissent en limoud et en « olam Hayeshivot » pour embaucher de grands Talmidei ‘Hakhamim comme Rashei yeshiva et enseignants.

Il aimait ses élèves, c’est aussi une des clés de la hatsla’ha.

Quand j’y étudiais, il se disait que le secret de sa réussite était le fait qu’il ait toujours su choisir ses donateurs pour n’accepter que du « Kosher Guelt » (de l’argent « kasher ») pour sa yeshiva.

C’est beau, mais je ne crois pas que ce soit vrai.

Je miserai plus sur les deux points précités :
1/ il était lui-même Gaon et ancien Rosh Yeshiva (en Lituanie) et savait ce qui était bon pour une yeshiva.
2/ il AIMAIT les étudiants de Torah, il aimait ses ba’hourim, se dévouait pour eux et se souciait de leur bien-être comme de leur réussite.

A mon sens, c’est ce second point plus encore que le premier, qui faisait défaut par la suite dans cette Yeshiva et qui a rendu possible l’installation de cette terrible ma’hloket qui y a sévi depuis le début du XXIème siècle.

On ne peut pas espérer que ses descendants et héritiers soient systématiquement de si grands Talmidei ‘Hakhamim que lui, mais il faut qu’ils s’inscrivent dans une démarche de dévotion par amour pour les étudiants.
Le fils de Rav Yossef Shlomo Kahaneman, Reb Avrohom, n’était pas aussi Talmid ‘Hakham que son père, mais il aimait beaucoup ses ba’hourim. Aujourd'hui, son fils, Reb Leyzer, petit-fils de Rav Yossef Shlomo, est certes érudit en Torah, mais n’a pas cet amour de chaque élève qui sautait aux yeux chez son grand-père.

N’allez pas croire que je dise ici qu’il éprouve de la haine pour ses étudiants, non, je dis seulement qu’il aime les étudiants en Torah autant que ce que le commun des Rabanim les aime.
Ça ne peut pas se reprocher, on ne peut pas exiger de tout un chacun l’excellence dans ce domaine, mais c’est elle -cette excellence- qui participe à la réussite d’une Yeshiva : si son directeur aime beaucoup les élèves.

[Pour éviter tout malentendu, je ne viens pas ici non plus prendre parti ou donner raison à l’un des deux clans, loin s’en faut.
Même en soutenant la thèse qui condamne totalement le clan opposé, on peut encore dire que l’absence de cette dévotion extrême qui caractérisait le Ponovezher Rov, a permis/rendu possible des jalousies et l’installation d’un sentiment de concurrence qui aurait abouti à ce que l’on sait.]

Ce qu’il faut donc retenir, c’est qu’une yeshiva qui « carbure », doit être entièrement dirigée par un Rav qui s’y connait en yeshivot et qui AIME ses ba’hourim.

S’il fallait pointer (et féliciter) un Rav qui dirige une Yeshiva de nos jours et qui pourrait se comparer au Ponovezher Rov pour cette Mida, qui chérit ses élèves et se soucie de leur bien-être, je penserais à Rav Shalom Ber Sorotzkin.
Certains lui reprochent différentes choses, mais il semble clair qu’il aime ses élèves, plus que la moyenne des Rashei yeshivot.

Pour d’autres points communs : un brin de « folie des grandeurs » qui fait qu’il ouvre de nombreuses institutions et est extrêmement doué pour collecter des fonds.


Ceci étant dit, la Yeshiva n’est pas le seul chantier qui mériterait qu’on s’y intéresse pour faire sortir le judaïsme français de sa léthargie.
Il y a tant à faire qu’il est difficile d’envisager tous ces changements. Citons quelques exemples :

-Le programme de Kodesh à l’école.

-Il y aurait aussi de quoi performer les Yeshivot Ktanot, mais nous n’allons pas nous plaindre, nous en avons au moins deux qui réussissent bien et envoient leurs élèves dans de bonnes Yeshivot en Erets: Celle de Rav Rottenberg (=Rav Kravetz) et celle de Rav Tolédano (Raincy).

-Les cours pour Baalei Batim et pour femmes, dans les synagogues, sont assez faibles, on pourrait aussi imaginer une équipe d’enseignants de haut niveau qui passeraient dans toutes les kehilot le désirant, pour donner des shiourim autrement plus conséquents et instructifs que le blabla habituel et courant, pour lequel on fait tout de même (étrangement) venir des intervenants de loin.

-Eventuellement, on pourrait aussi imaginer une sorte de kollel pour les rabbins de communauté, qui répandraient ensuite leur savoir autour d’eux.
Il eut été préférable de les former plus conséquemment avant qu’ils ne soient en poste, hélas le séminaire rabbinique ne donne pas vraiment les fruits auxquels on pourrait s’attendre.
Créer un autre séminaire rabbinique serait très mal perçu (politiquement parlant) et ne me semble pas d’un grand intérêt non plus. Il suffirait d’adjoindre une formation supplémentaire à un kollel, permettant d’acquérir certains codes, une bonne élocution et d’apprendre les rudiments du métier du point de vue halakhique (essentiellement pour les lois et la mise en pratique des évènements de la vie qui ne sont pas vraiment appris en yeshiva : mariages, enterrements, deuil, bar mitsva, brit mila, pidion, etc.).

-Dans la Kashrout aussi il y a beaucoup à faire. Voyez ce que j’ai écrit, il y a 14 ans, ici : https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=32304#32304

-Un autre point, plus global, mais qui ferait certainement avancer positivement les choses, c’est de créer plus de lien, d’intérêt et de respect entre les Rabanim français. Chacun est assez isolé dans son coin et entretient parfois des idées assez méfiantes vis-à-vis de la grande majorité des autres rabanim. D’aucuns ont déjà essayé d’y remédier, ça n’a pas marché.
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