Si après s'être acquitté, on relit la meguila pour acquitter des dames (ou des hommes), a priori, il est préférable qu'une d'entre-elles disent les bra'hot pour en acquitter toute l'assistance.
Néanmoins, l'officiant peut aussi dire les bra'hot, notamment si elles ne savent pas bien les réciter, ou qu'elles ne veulent pas, ou qu'elles n'osent pas les dire à haute voix en public. Dans ce cas, il répètera aussi le bra'ha de shéhé'héyanou.
En revanche, lors de la lecture du matin, si l'officiant est sépharade et qu'il y a un (ou une) ashkénaze dans l'assistance, cet ashkénaze devra dire shéhé'héyanou avant que l'officiant commence les bra'hot.
Aussi, si une ashkénaze récite les bra'hot, elle doit dire lishmo'a mikra meguila, contrairement à une sépharade qui doit dire al mikra meguila, comme le disent les hommes.
Enfin, la bra'ha de harav et rivénou doit être dite après avoir lu la meguila à des dames sépharades, si elles sont au moins dix, mais pas si on l'a lue à des femmes ashkénazes.
Sources et explications :
Acquitter d'une birkat hamitzva une personne qui sait la réciter
Il est écrit dans la Guemara de Rosh Hashana (29a) que bien qu'on se soit déjà acquitté d'une mitzva, on peut répéter la birkat hamitzva pour en acquitter son prochain.
Rachi explique qu'en ce qui concerne les mitzvot, tous les juifs sont garants (arévim) l'un de l'autre.
C’est-à-dire que de la même façon qu'un garant peut payer la dette de l'emprunteur, aussi, chaque juif bien qu'il ait déjà rempli son obligation, peut remplir l'obligation de son prochain. Il s'agit du principe de arvout.
Peut-on répéter une bra'ha pour acquitter son prochain lorsque celui-ci sait dire la bra'ha ? Cette question fait l'objet d'une discussion parmi les décisionnaires.
D'un côté, le Tour (סי' רעג ס"ד) rapporte que d'après le Bahag (Ba'al Halakhot Gedolot) on ne peut pas refaire le kiddoush pour quelqu'un qui sait faire le kiddoush. Et tel est l'avis retenu par le Shoul'han Arou'h (שם).
D'un autre côté, il ressort des Hagahot Asheri (ראש השנה פ"כ סי"ג) que dans tous les cas, on peut répéter une birkat hamitzva pour acquitter son prochain. Et tel est l'avis retenu par le Pri 'Hadash (סי' תקפה ס"ב).
Voyez le Béour Halakha (סי' קצ ס"ד ד"ה מהמסובין) qui écrit que l'opinion de Bahag a été rejetée par la halakha. De plus, le Mishna Broura (סי' תקפה סק"ה) atteste qu'à Rosh Hashana, il est de coutume que celui qui sonne le shofar récite les bra'hot même s'il s'est déjà acquitté de la mitzva, et ce, même si les fidèles qui écoutent le shofar savent réciter les bra'hot.
Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה שבת ח"ב פ"א סקי"א) aussi témoigne qu'il est de coutume de refaire le kiddoush à sa femme et ses enfants bien qu'ils sachent réciter le kiddoush et qu'on s'en soit déjà acquitté, comme l'avis du Pri 'Hadash.
Le principe de arvout s'applique-t-il aux femmes ?
Le Rosh (ברכות פ"ג סי"ג) écrit – à propos du birkat hamazon – que le principe de arvout ne s'applique pas aux femmes.
Le Dagoul Mervava (סי' רעא ס"ב) en déduit qu'une femme qui s'est acquittée du kiddoush ne peut pas refaire le kiddoush pour acquitter une autre personne.
Cependant Rabbi Akiva Eiger (שם) conteste cette position en affirmant qu'il n'est écrit nulle part que le principe d'arvout ne s'applique pas aux femmes.
Il explique que le Rosh veut dire que le principe de arvout ne s'applique pas aux femmes uniquement pour les mitzvot dont l'obligation des femmes n'est pas doraïta – comme le birkat hamazon, mais ce principe s'applique pour les mitzvot dont l'obligation des femmes est doraïta.
Aussi, la halakha a été retenue comme Rabbi Akiva Eiger, comme on le voit dans le Sha'ar Hatzioun (סי' רעא סק"ט).
Répéter les bra'hot de la meguila
Le Shoul'han Arou'h (סי' תרצב ס"ג) écrit que bien qu'on se soit déjà acquitté de la lecture de meguila, on peut réciter les bra'hot lorsqu'on la relit pour acquitter son prochain.
Le Mishna Broura (סק"י) rapporte que d'après certains décisionnaires, si l'auditeur sait réciter les bra'hot, il les dira lui-même. Toutefois, il conclut que dans tous les cas de figures, il est de coutume que l'officiant récite les bra'hot.
Cependant, Rav Yossef 'Haïm Zonnenfeld (שו"ת שלמת חיים סי' שעג) et le Min'hat Itzhak (ח"ג סי' נג־נד) soutiennent que si un homme relit la meguila à des dames, il est préférable que ce soit elles qui disent les bra'hot si elles savent les prononcer.
Le Min'hat Itzhak explique que, premièrement, d'après certains décisionnaires, on ne peut pas répéter la bra'ha lorsqu'on acquitte autrui si on s'est déjà acquitté de cette mitzva et que son ami sait prononcer la bra'ha (comme on l'a vu).
Deuxièmement, d'après le Dagoul Mervava (susmentionné), le principe d'arvout ne s'applique pas aux femmes.
Le Min'hat Itzhak ajoute que, selon lui, il est préférable que chaque dame récite les bra'hot. Il se fonde sur les propos du Sha'ar Hatzioun (סי' תרפט סקט"ו) selon lesquels une dame ne doit pas lire la meguila à plusieurs dames, de la même façon qu'une dame ne monte pas à la Torah.
Cependant, Rav Elyashiv (אשרי האיש פמ"ג ס"ל) n'est pas d'accord sur ce point. En effet, il soutient que lorsqu'on relit la meguila aux dames, une d'entre-elles récitera les bra'hot pour acquitter les autres. Car le Sha'ar Hatzioun susmentionné parle de la lecture de la lecture de la meguila, mais pas des bra'hot.
Aussi, telle est la coutume aujourd'hui, si une des dames sait réciter les bra'hot et ose les dire à haute voix en public, elle les prononce à haute-voix en acquittant ses consœurs.
De même, lorsqu'on relit la meguila pour acquitter des hommes, il est de coutume qu'un membre de l'assistance récite les bra'hot en acquittant les autres, comme l'atteste le Pisskei Teshouvot (סי' תרצב אות יא). Ce dernier souligne que telle est la conclusion du Shoul'han Arou'h Harav (סי' תקפה ס"ה) et du 'Hayé Adam (כלל קמא ס"ז) à propos de la mitzva de shofar.
Les propos des décisionnaires sépharades
Le Ben Ish 'Haï (תצוה הל' פורים ס"א) écrit qu'un homme, après avoir entendu la meguila, lorsqu'il la lit à sa femme et ses filles, ni lui, ni elles ne diront de bra'hot.
De même, le Kaf Ha'haïm (סי' תרפט סקי"ט) rapporte que le livre Dina De'hayé témoigne que lorsqu'un homme lit la meguila à des dames, la coutume (à Constantinople) est de ne pas dire les bra'hot.
Le Pélé Yo'etz (פורים) et le Tefila Ledavid (:פה) expliquent qu'il n'est pas recommandé de lire la meguila aux dames avec bra'ha, car il est à craindre qu'elles ne puissent pas rester concentrées durant toute la lecture sans manquer un mot, auquel cas, la bra'ha s'avère levatala (vaine).
Cependant Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה פורים פ"ד ס"ב וסק"י) conteste ce point de vue et affirme qu'un homme qui lit la meguila à des dames, doit dire les bra'hot, car nous n'avons pas à craindre ce que les sages du Talmud et les Rishonim n'ont pas craint. De plus, il témoigne que telle est la coutume des communautés sépharades de Jérusalem.
Voyez aussi le Or Letzion (אור לציון ח"ד פנ"ד ס"ג) qui rapporte au nom de Rav Bentzion Abba-Shaoul que si une des auditrices de la meguila estime qu'elle peut l'écouter du début jusqu’à la fin sans manquer un mot, elle dira les bra'hot.
Il ajoute qu'un officiant qui relit la meguila a des hommes peut sans problème répéter les bra'hot.
Répéter la bra'ha de shéhé'héyanou
Le Beit Yossef et le Rama (סי' תקפה ס"ב) affirment qu'a Rosh Hashana, même si l'officiant qui sonne le shofar s'en est déjà acquitté auparavant, malgré tout, il doit répéter la bra'ha de shéhé'héyanou.
C'est aussi ce qui ressort du Béour Halakha (סי' תרמא ד"ה לעצמו) et il en va de même pour la bra'ha de shéhé'héyanou qui précède la lecture de la meguila.
La bra'ha de shéhé'héyanou le matin de Pourim
Les sépharades se rangent derrière l'avis du Shoul'han Arou'h (סי' תרצב ס"א) qui stipule qu'on récite la bra'ha de shéhé'héyanou avant la lecture de la meguila le soir mais pas le jour.
En revanche, les ashkénazes ne rangent derrière l'avis du Rama (שם) qui atteste que la coutume est de répéter cette bra'ha même avant de la lecture du matin.
En conséquence, Rav Bentzion Abba-Shaoul (אור לציון פנ"ד סי"ג) affirme que si un sépharade lit la meguila le matin à un ashkénaze, ce dernier commencera par dire la bra'ha de shéhé'héyanou, puis le sépharade dira la bra'ha de al mikra meguila pour qu'il n'y ait pas d'interruption entre la bra'ha de l'officiant et sa lecture.
Quelle bra'ha pour les femmes ?
Le Rama (סי' תרפט ס"ב) affirme que si une femme lit la meguila, elle ne doit pas dire la bra'ha de al mikra meguila comme les hommes, mais lishmo'a meguila, car elle n'a pas d'obligation de lire mais d'écouter la meguila.
Mais le Mishna Broura (שם סק"ח) s'aligne à l'opinion du 'Hayé Adam selon laquelle elle doit dire lishmo'a mikra meguila.
Rav Elyashiv (אשרי האיש פמ"ג סל"ב) en conclut que telle est l'attitude à adopter lorsqu'une dame récite les bra'hot pour en acquitter ses consœurs.
En revanche, une sépharade doit dire al mikra meguila, comme l'affirment le 'Hida (מחזיק ברכה סי' תרפט סק"ד), Rav Bentzion Abba-Shaoul (אור לציון פנ"ד ס"ג) et Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה פורים פ"ד סק"י).
La bra'ha de harav et rivénou
Rav Bentzion Abba-Shaoul (אור לציון פנ"ד ס"ג) et Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה פורים פ"ד סט"ו) pensent qu'après avoir lit la meguila aux dames, on doit dire la bra'ha de harav et rivénou, si elles sont dix.
Rav Bentzion Abba-Shaoul se fonde sur les propos du Ben Ish 'Haï (רב פעלים ח"ב סי' סב) selon lesquels on peut allumer les bougies de Hanouka à la synagogue le vendredi soir avant la nuit, même s'il n'y a pas dix hommes mais dix femmes, car a partir du moment ou il y a dix femmes, c'est considéré comme un pirssoum haness (une diffusion du miracle).
D'un autre côté, les ashkénazes n'ont pas la coutume de dire la bra'ha de harav et rivénou après avoir lu la meguila à des dames, comme l'atteste Rav Shlomo Zalman Auerbach (הליכות שלמה תפילה פכ"ג הערה ג) et Rav Elyashiv (אשרי האיש פמ"ג סל"ב).