1. Certains ont pour habitude de ne pas manger l'extrémité du croûton de pain. Les décisionnaires mentionnent cette coutume sans pour autant lui trouver de source ou d'explication valable. Il ne s'agit donc pas d'une pratique qu'il est nécessaire de suivre.
2. D'après plusieurs décisionnaires séfarades, il est permis d'écraser un morceau d'avocat sur un morceau de pain, en tout cas pendant (ou juste avant) le repas.
D'après les décisionnaires ashkénazes, il convient de l'écraser avec un chinouï – par exemple avec le manche de la fourchette – sauf s'il est très mou, auquel cas certaines autorités halakhiques permettent de l'écraser normalement.
Sources et explications :
1. L'extrémité du crouton
Le Min'hat Itzhak (ח"ט סי' ח אות ז) rapporte une question posée par Rav Aharon Westheim de Paris dans laquelle il indique avoir entendu dire qu'il ne faut pas manger l'extrémité du croûton de pain, car cela serait mauvais pour la mémoire. Il lui demande s'il existe une source à cette coutume dans le Talmud ou dans d'autres livres.
Le Min'hat Itzhak lui répond qu'il ne connaît aucune source à ce sujet. Néanmoins, il reconnaît partager cette habitude, parce que le Talmud Yerouchalmi (תרומות פ"ח ה"ג) affirme qu'il faut craindre ce que les gens craignent.
Certes, le livre Ta'amei Haminhaguim (אות קעו) prétend qu'il ressort du Ye'arot Dvash de Rav Yonathan Eybeschütz que les forces impures se concentrent à l'extrémité du croûton.
Cependant, le Pisskei Techouvot (סי' קסז הע' 29) souligne que le Ye'arot Dvash (דרוש יא ד"ה ולכך) affirme le contraire, expliquant qu'il convient de couper le pain à l'endroit le plus cuit, car le feu de la cuisson repousse la Sitra A'hara (les forces impures).
Voyez aussi le Kovetz MiBeith Levy (ח"ג עמ' מח) qui écrit au nom de Rav Wozner que même ceux qui ont l'habitude de ne pas manger l'extrémité du croûton n'ont pas besoin d'y prêter attention lors d'une seouda de mitzva ou d'un repas de Chabbat.
D'un autre côté, le Or'hot Rabenou (ח"ג עמ' קד) rapporte un témoignage de Rav 'Haïm Kanievsky affirmant qu'il n'a trouvé aucune source justifiant cette coutume, et que dans la maison de son père le Steipler, on n'y prêtait pas attention et l'on mangeait le bout du croûton (y compris les garçons).
Il est donc permis de manger l'extrémité du croûton.
Le jeûne du Raavad
Concernant la « Takana du Raavad » que vous évoquez, vous faites vraisemblablement référence à ce que l'on appelle le jeûne du Raavad (Taanith HaRaavad), mentionné dans son ouvrage Baalei Hanefesh (שער הקדושה ד"ה ואני) ; il s'agit de consommer un plat appétissant sans le terminer, afin de briser sa passion pour la nourriture.
Toutefois, la coutume de ne pas manger l'extrémité du crouton ne semble pas liée à cela, non seulement parce que le jeûne du Raavad ne s'applique pas exclusivement au pain, mais aussi parce que ce jeûne a d'intérêt principalement lorsqu'on laisse une quantité significative de nourriture, et non seulement un infime morceau de pain.
2. Ecraser un morceau d'avocat
Le Choul'han Aroukh (סי' שכא ס"ז) stipule qu'il est permis de broyer des grains de poivre avec deux chinouïm, c’est-à-dire dans une assiette et à l'aide du manche d'un couteau.
Le 'Hazon Ish (סי' נז ד"ה נמצינו) en déduit qu'il est permis d'écraser une banane pour un bébé à l'aide du manche d'une fourchette.
Par ailleurs, le Choul’han Aroukh (סי' שכא ס"ט) statue qu'il est permis de broyer du blé bouilli à l'aide d'une cuillère.
Le 'Hazon Ish (סי' נח סק"ט ד"ה סימן) en déduit qu'il est permis d'écraser pendant Chabbat des fruits ou des légumes ramollis par la cuisson, à condition qu'ils soient facilement écrasables, et cela ne relève pas de l'interdiction de to'hen (moudre), puisque la cuisson les a rendus facilement écrasables.
Certes, Rav Moshé Feinstein (אגרות משה או"ח ח"ד סי' עד טוחן אות ה) soutient qu'il est permis d'écraser uniquement un légume ou un fruit qui a été ramolli par la cuisson, mais pas s'il est naturellement devenu mou ; cette position est également celle de Rav Nissim Karelitz (חוט שני ח"א פי"ב סק"ג) qui interdit pour cette raison d'écraser un morceau d'avocat, même très mou.
Cependant, d'après Rav Shlomo Zalman Auerbach (שמירת שבת כהלכתה פ"ו הע' יט), de la même façon qu'il est permis de broyer un légume ramolli par la cuisson, il est autorisé à écraser normalement un avocat s'il est assez mou pour que, lorsqu'on en prélève une partie, le reste ne soit pas entrainé avec.
Ecraser des légumes afin de les consommer immédiatement
Le Rama (סי' שכא סי"ב) retient l'avis du Rashba selon lequel il est permis de couper un légume très finement afin de le consommer immédiatement (le'altar).
D'un côté, le 'Hazon Ish (סי' נז ד"ה ואמנם) soutient qu'il est formellement interdit d'écraser des légumes même si l'on compte les consommer immédiatement. D'un autre côté, selon Rav Moshé Feinstein (ח"ד או"ח סי' עד טוחן אות ב), il n'y a aucune différence entre émincer un légume et l'écraser.
Quoi qu'il en soit, le Michna Broura (סי' שכא סק"מ) et le Kaf Ha'haïm (שם סקס"ז) ne retiennent pas l'avis du Rama, et prescrivent de couper des légumes en tranches un peu épaisses, même si on compte les consommer immédiatement.
L'avis de Rav Bentzion Abba-Shaoul
D'après Rav Bentzion Abba-Shaoul (אור לציון פמ"ז סכ"ו), il est permis, selon la stricte loi, d'étaler un morceau d'avocat sur une tranche de pain.
Il soutient qu'écraser avec les dents d'une fourchette est considéré comme un chinouï, que l'on utilise habituellement un ustensile spécialement conçu à cet effet pour écraser les légumes. [Notez que tous les autres décisionnaires contestent sa position et soutiennent que ce n'est pas considéré comme un chinouï].
Il précise néanmoins que celui qui s'abstient d'étaler un morceau d'avocat sur une tranche de pain est digne de bénédiction, car le Rama (סי' שכט סי"ט) affirme que l'interdiction de memaréa'h (étaler), selon la stricte loi, ne s'applique pas aux aliments ; toutefois, celui qui s'abstient est digne de bénédiction.
L'avis de Rav Ovadia Yossef
Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה ח"ד עמ' רנה ו־רסד) autorise également à étaler un morceau d'avocat sur un bout de pain, mais pour des raisons différentes.
Premièrement, il affirme que puisque l'avocat, une fois écrasé, ne se réduit pas en particules distinctes mais devient simplement mou, cela ne relève pas de l'interdiction de to'hen.
Deuxièmement, il retient l'avis du Rashba et du Rama susmentionné qui autorisent de couper des légumes finement afin de les consommer immédiatement, et selon lui, il est également permis d'écraser des légumes afin de les consommer immédiatement.