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Le but du monde, la récompense, la punition

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Nac
Messages: 1
J’ai grandi dans une famille froum, et je suis allée au séminaire l’année dernière ainsi que l’année d’avant, et j’ai beaucoup apprécié. Là-bas, j’ai reçu beaucoup de réponses à mes questions, et j’ai commencé à vraiment aimer la Torah et à en faire un chemin de vie.

Depuis, j’essaie chaque jour de donner du sens à ma vie selon la Torah et la volonté de Hachem.

Cependant, depuis quelque temps, cela me perturbe, car je sens que je n’ai pas la bonne approche par rapport au concept de récompense et de punition, qui est directement lié au but dans ce monde.

J’ai peur du jugement final devant Hachem. Ma pire peur, c’est de ne pas avoir accompli mon potentiel à 100 %. D’un côté, cela me pousse à avancer, mais d’un autre côté, cela me met parfois trop de pression, et j’ai l’impression de faire les choses surtout pour ma conscience.

Je suis très attaché à la Torah beahava — c’est ce qui m’aide vraiment à avancer. L’approche du Mesilat Yesharim, selon laquelle Hachem a créé l’homme pour se rapprocher de Lui et se délecter de cette proximité, me parle énormément et me fait du bien.

Mais en même temps, les notions de punition, et surtout les descriptions du guéhinom, me font peur. J’ai du mal à concilier cela avec cette idée d’un monde fondé sur l’amour d’Hachem, même si je comprends qu’il doit aussi y avoir de la yirah.

Penser au olam habba et à l’impact des mitsvot me motive, mais cela m’angoisse aussi, car je me dis qu’on peut toujours faire plus, toujours faire mieux, et que je n’arriverai jamais vraiment à mon maximum.

J’ai aussi l’impression qu’on vit beaucoup dans le superficiel, et que vivre dans l’essentiel est un vrai travail. Il y a une infinité de détails dans les mitsvot, ce qui me donne le sentiment qu’il y aura toujours quelque chose à me reprocher.

Même quand je fais les mitsvot, j’ai parfois l’impression de les faire pour moi, pour mon image ou pour ma conscience, même si je sais que chaque effort compte pour Hachem.

Quand je prends trop conscience du poids de chaque acte, cela devient une pression constante, et je sens que ce n’est pas toujours sain.

Les descriptions du guéhinom me paraissent très dures, et cela peut parfois me décourager, alors que je sais que ce n’est pas comme ça que je devrais vivre.

Ma question est la suivante :
Comment avoir un regard juste et équilibré sur la récompense et la punition, et sur le olam habba, pour avancer sans peur excessive ?
Comment servir Hachem de manière saine, avec à la fois amour et crainte, sans tomber dans une pression permanente ?
Rav Mordehai Alberman
Messages: 214
Il est fortement déconseillé de focaliser sa pensée sur la notion de châtiment, si cela paralyse notre Avodat Hashem (service divin) ou génère une pression excessive.

D'autre part, il faut savoir que de nos jours, la Avodat Hashem doit est être davantage axée sur la notion d'Ahava (l'amour de D.ieu) plutôt que sur le principe de Yirah (crainte de D.ieu).

Par exemple, lors de l'accomplissement d'une mitzva, plutôt que de se représenter la punition qui nous attend si nous ne la réalisons pas parfaitement, il convient de penser aux bienfaits que cette mitzva nous apporte, notamment le rapprochement et l'attachement à D.ieu qu'elle implique.



L'Ahava et la Yirah sont deux commandements positifs, comme il est écrit « Tu aimeras l'Éternel ton D.ieu » (Vaet'hanan 6,5) et « Tu craindras l'Éternel ton D.ieu » (ibid. 6,13).

D'une part, l'un des principaux objectifs de notre Avodat Hashem est d'atteindre ces deux qualités suprêmes, comme il est écrit (Ekev 10,12) : « Et maintenant, Israël, que te demande l'Éternel ton D.ieu, sinon de craindre l'Éternel ton D.ieu, de marcher dans toutes Ses voies et de L'aimer. »

D'autre part, il est nécessaire d'associer à la fois l'Ahava et la Yirah afin de surmonter les épreuves de la vie face au Yetser Hara (le mauvais penchant).

L'Ahava prévaut sur la Yirah

Le Ramban dans son commentaire sur la paracha d'Itro (20,8) précise que l'Ahava prévaut sur la Yirah.

Il explique d'une part, que les commandements positifs procèdent de l'Ahava ; car celui qui accomplit les commandements de son Maître est aimé de Lui. D'autre part, les commandements négatifs procèdent de la Yirah ; car celui qui se garde de faire le mal aux yeux de son Maître le craint.

Ainsi, celui qui accomplit la volonté de son Maître prévaut sur celui qui se contente d'éviter de faire le mal à Ses yeux, de la même manière que l'Ahava prévaut sur la Yirah.

Les commandements positifs doivent être accomplis avec Ahava sans Yirah

Le Ramban nous enseigne un principe fondamental : les commandements positifs ne doivent pas être accomplis avec Yirah mais avec Ahava.

En effet, si une personne accomplit un commandement positif avec Yirah, cela ne le mènera nulle part.

Par exemple, un homme qui étudie la Torah avec assiduité, mais qui craint à chaque instant le Guéhinom qui l’attend à cause des moments où il interrompt son étude, ne deviendra certainement pas un Talmid Hakham, et risque même de devenir fou.

Il en est de même pour ceux qui prient en pensant à la punition qui les attend à cause de leur manque de concentration durant leur prière.

Il faut donc étudier et prier avec Ahava, c’est-à-dire penser aux bienfaits que cette étude et cette prière nous apportent, les niveaux élevés qu’elles nous permettent d’atteindre, ainsi que le rapprochement et l'attachement à D.ieu qu'elles impliquent.

Gardons les descriptions du Guéhinom lorsque nous sommes tentés de blesser notre prochain, de le l'humilier, ou de tenir des propos de lachon hara (médisance).

De nos jours, il convient de privilégier la notion d'Ahava

Rav Itzhak Blazer, le grand disciple de Rav Israël Salanter, parlait plus fréquemment d'Ahava que de Yirah. On lui demanda pourquoi, car Rav Israël Salanter parlait plus fréquemment de Yirah que d'Ahava. Il répondit que dans la génération de son maître, la Yirah était ce qui construisait les gens et les rapprochait de D.ieu. Dans notre génération, qui est plus faible, parler uniquement de Yirah paralyserait les gens.

Il existe une Yirah saine et constructive qui élève l’individu et l’encourage à se perfectionner. Cependant, pour une personne chez qui la Yirah est paralysante, génère une pression excessive, ou lui donne le sentiment d'exploser, il est fortement déconseillé de focaliser sa pensée sur la notion de châtiment.

Ainsi, bien que d'après les propos du Ramban cités précédemment, les commandements négatifs doivent être observés avec Yirah ; de nos jours, les commandements négatifs doivent allier Yirah et Ahava. Par exemple, penser aux mérites dont on bénéficiera en surmontant l'épreuve.

[Ces propos sont basés sur un cours de Rav Eliyahou Diskin donné à l'approche du mois d'Eloul 5780].
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