Il est fortement déconseillé de focaliser sa pensée sur la notion de châtiment, si cela paralyse notre Avodat Hashem (service divin) ou génère une pression excessive.
D'autre part, il faut savoir que de nos jours, la Avodat Hashem doit est être davantage axée sur la notion d'Ahava (l'amour de D.ieu) plutôt que sur le principe de Yirah (crainte de D.ieu).
Par exemple, lors de l'accomplissement d'une mitzva, plutôt que de se représenter la punition qui nous attend si nous ne la réalisons pas parfaitement, il convient de penser aux bienfaits que cette mitzva nous apporte, notamment le rapprochement et l'attachement à D.ieu qu'elle implique.
L'Ahava et la Yirah sont deux commandements positifs, comme il est écrit « Tu aimeras l'Éternel ton D.ieu » (Vaet'hanan 6,5) et « Tu craindras l'Éternel ton D.ieu » (ibid. 6,13).
D'une part, l'un des principaux objectifs de notre Avodat Hashem est d'atteindre ces deux qualités suprêmes, comme il est écrit (Ekev 10,12) : « Et maintenant, Israël, que te demande l'Éternel ton D.ieu, sinon de craindre l'Éternel ton D.ieu, de marcher dans toutes Ses voies et de L'aimer. »
D'autre part, il est nécessaire d'associer à la fois l'Ahava et la Yirah afin de surmonter les épreuves de la vie face au Yetser Hara (le mauvais penchant).
L'Ahava prévaut sur la Yirah
Le Ramban dans son commentaire sur la paracha d'Itro (20,8) précise que l'Ahava prévaut sur la Yirah.
Il explique d'une part, que les commandements positifs procèdent de l'Ahava ; car celui qui accomplit les commandements de son Maître est aimé de Lui. D'autre part, les commandements négatifs procèdent de la Yirah ; car celui qui se garde de faire le mal aux yeux de son Maître le craint.
Ainsi, celui qui accomplit la volonté de son Maître prévaut sur celui qui se contente d'éviter de faire le mal à Ses yeux, de la même manière que l'Ahava prévaut sur la Yirah.
Les commandements positifs doivent être accomplis avec Ahava sans Yirah
Le Ramban nous enseigne un principe fondamental : les commandements positifs ne doivent pas être accomplis avec Yirah mais avec Ahava.
En effet, si une personne accomplit un commandement positif avec Yirah, cela ne le mènera nulle part.
Par exemple, un homme qui étudie la Torah avec assiduité, mais qui craint à chaque instant le Guéhinom qui l’attend à cause des moments où il interrompt son étude, ne deviendra certainement pas un Talmid Hakham, et risque même de devenir fou.
Il en est de même pour ceux qui prient en pensant à la punition qui les attend à cause de leur manque de concentration durant leur prière.
Il faut donc étudier et prier avec Ahava, c’est-à-dire penser aux bienfaits que cette étude et cette prière nous apportent, les niveaux élevés qu’elles nous permettent d’atteindre, ainsi que le rapprochement et l'attachement à D.ieu qu'elles impliquent.
Gardons les descriptions du Guéhinom lorsque nous sommes tentés de blesser notre prochain, de le l'humilier, ou de tenir des propos de lachon hara (médisance).
De nos jours, il convient de privilégier la notion d'Ahava
Rav Itzhak Blazer, le grand disciple de Rav Israël Salanter, parlait plus fréquemment d'Ahava que de Yirah. On lui demanda pourquoi, car Rav Israël Salanter parlait plus fréquemment de Yirah que d'Ahava. Il répondit que dans la génération de son maître, la Yirah était ce qui construisait les gens et les rapprochait de D.ieu. Dans notre génération, qui est plus faible, parler uniquement de Yirah paralyserait les gens.
Il existe une Yirah saine et constructive qui élève l’individu et l’encourage à se perfectionner. Cependant, pour une personne chez qui la Yirah est paralysante, génère une pression excessive, ou lui donne le sentiment d'exploser, il est fortement déconseillé de focaliser sa pensée sur la notion de châtiment.
Ainsi, bien que d'après les propos du Ramban cités précédemment, les commandements négatifs doivent être observés avec Yirah ; de nos jours, les commandements négatifs doivent allier Yirah et Ahava. Par exemple, penser aux mérites dont on bénéficiera en surmontant l'épreuve.
[Ces propos sont basés sur un cours de Rav Eliyahou Diskin donné à l'approche du mois d'Eloul 5780].