Citation:
Bonjour Rav
Je m'interroge sur l'enseignement qui dit qu'Avraham Avinou faisait toutes les 613 mitzvoth alors que Hashem ne le lui avait pas demandé et qu'on était avant Matan Tora de toutes manières. Et ce qui me perturbe dans cette enseignement est qu’alors pourquoi Avraham Avinou n’a pas fait la Brith Mila plus tôt et sans attendre que Hashem lui dise de la faire ? On voit qu'il n'a pas fait les 613 mitzvoth, et même après sa Brith ce n'est pas vrai de dire qu'il a fait toutes les 613 de lui-même. Qu'en pensez-vous ?
Bien entendu, Avraham n’a pas exactement accompli les 613 mitsvot comme il a été possible de les accomplir après Matan Torah.
Le
Nefesh Ha’hayim (I, §21 et 27) écrit que son accomplissement était en fonction du Tikoun qui en ressortait, ce qui fait que parfois, les Avot n’accomplissaient pas les Mitsvot.
Pour expliquer cela, citons le
Rashba (Shout Harashba I, §94) qui dit lui aussi que l’accomplissement des Mitsvot par les Avot signifie l’accomplissement de la ‘Hokhma et des Sodot qu’il y a dans les Mitsvot.
[NDLR : C’est aussi certainement l’intention du
Rambam qui écrit dans les
Igrot (Leipzig daf 24a) que les Avot n’ont pas accompli les Mitsvot.]
Le
Rashba continue en expliquant que si Yaakov a épousé deux sœurs
(ce qui a été ultérieurement interdit dans la Torah), c’est parce que les Mitsvot dépendent de trois aspects : le temps, le lieu et l’objet.
Le temps : les interdits de melakha du shabbat ou de ‘Hamets à Pessa’h ne s’appliquent pas à tous les jours de l’année.
Le lieu : l’obligation des prélèvements des fruits en Israël ne concerne pas tous les pays.
L’objet : on ne réalise pas la Mitsva en prenant un citron en place du Etrog, et certains services au Temple nécessitent un Cohen.
Le
Radbaz (§696) explique que l’intention du
Rashba était d’expliquer le mariage de Yaakov par le troisième aspect : l’objet. Yaakov était apte à épouser deux sœurs.
Pour ma part, j’aurais compris le
Rashba de manière plus large, il explique que les Avot accomplissaient la ‘hokhma des Mitsvot et n’étaient pas tenus par la lettre de la Torah (comme nous le sommes).
De sorte qu’ils pouvaient déroger à la « halakha » lorsqu’ils comprenaient que la situation l’exigeait.
C’est aussi ce que je comprends du
Daat Zkénim Mibaalei Hatosfot (Beréshit 37,35) qui répond à la question sur le mariage de Yaakov en disant qu’étant donné que c’était avant Matan Torah, ils accomplissaient seulement ce qu’ils voulaient ("מה שהיו רוצין היו מקיימין, ומה שהיו רוצין היו מניחין").
Je pense qu’il s’agit de la même idée, pas ‘has veshalom que les Avot « s’amusaient » à ne respecter la Torah que lorsque ça ne les dérangeait pas outre mesure, mais plutôt qu’ils pouvaient adapter leur accomplissement à la réalité qu’ils rencontraient, ce que nous ne pouvons plus faire depuis Matan Torah.
Ce qui expliquerait qu’Avraham pouvait estimer préférable de ne pas faire la brit Mila pour différentes raisons, tant que D.ieu ne le lui demandait pas.
Car il accomplissait la ‘hokhma des Mitsvot, mais pas nécessairement « l’acte » des Mitsvot et, concernant ce dernier, il décidait en fonction de sa situation et des facteurs qu’il connaissait.
Quant à votre question sur la Mila, sans avoir recours à ce que je vous ai écrit jusque-là, il faut savoir que c’est une question qui revient souvent dans les
Si’hot du Rabbi de Loubavitch, qui a donné différentes réponses (qui se trouvaient déjà dans des Sfarim l’ayant devancé), et certaines semblent parfois se contredire.
Je suis en déplacement et n’ai pas de Sfarim à disposition, je me base sur mes notes personnelles en espérant que les références soient précises :
Dans
Likoutei Si’hot (tome 3, p.760) il explique qu’Avraham voulait accomplir une mitsva de la même manière/qualité qu’après Matan Torah (Metsouvé Veossé), c’est pourquoi il a attendu l’ordre divin pour cette Mitsva.
[Le choix de cette Mitsva en particulier peut s’expliquer du fait qu’il ne soit pas vraiment possible de la « refaire » une fois que le Tsivouy serait finalement donné.]
Cependant, il faut souligner que dans
Likoutei Si’hot (tome 35, p.108-109) le
Rabbi explique que lorsqu’on dit qu’Avraham a été « mekayem » les mitsvot avant que la Torah ne soit donnée, il n’est pas dit qu’il a « fait » les mitsvot, mais qu’il les a « accomplies » (mekayem), ce qui signifie qu’en dépit de l’absence de commandements, ses Mitsvot étaient déjà un « ‘heftsa shel mitsva ».
Dès lors, on pourrait se demander ce qui manquait à ses Mistvot pour qu’Avraham décide d’attendre le Tsivouy pour l’une d’elle (comme expliqué dans
Likoutei Si’hot tome 3, op cit.).
Voir encore
Likoutei Si’hot (tome 3, p.757) (tome 15, p.205) (tome 16, p.212) où le
Rabbi dit que les mitsvot accomplies avant Matan Torah ne pouvaient pas revêtir un caractère de « kdoushat ha’heftsa », mais seulement sur le « gavra » (l’action elle-même ne pouvait pas correspondre à un acte de Mitsva, ce n’était que par rapport à la personne qu’il y avait une Mitsva).
Une autre réponse se trouve dans le
Likoutei Si’hot (tome 5, p.146) où il explique qu’en tant que Ben Noa’h, il n’avait pas le droit de se mutiler (בני נח הוזהרו שלא לחבול בעצמן), il devait donc attendre le Tsivouy pour faire la Mila.
[Etrange, je ne sais pas quelle serait la source de cet interdit de s’auto-mutiler pour un Ben Noa’h ? ça ne figure pas dans la liste des Mitsvot des Bnei Noa’h… Le verset qui dit "ואך את דמכם לנפשותיכם אדרוש" semble n’interdire que le suicide.]
Autre réponse dans le
Likoutei Si’hot (tome 16, p.214-215) où il développe l’idée selon laquelle la Mila consiste à retirer la Orla et il n’y avait pas encore de réalité de Orla d’un point de vue halakhique (il n’y avait pas encore de חלות מציאות של ערלה) tant qu’Hashem n’avait pas ordonné la Mila, il n’aurait donc servi à rien de se circoncire avant cette date, ça n’aurait pas été une Mila. [Cf.
Meshekh ‘Hokhma (Beréshit 17,3 ד"ה ויפל).]
C’est une idée qui doit certainement se retrouver chez le
Rav de Brisk ou son père.
Cependant, on trouve dans le
Midrash Beréshit Raba (26,3) (cité dans Rashi Beréshit 5,32) qu’on indique une Maala de Shem ben Noa’h d’être né Mahoul (circoncis), c’est donc qu’il y avait déjà, intrinsèquement, un avantage à cela, même avant le Tsivouy.
On pourrait aussi objecter à partir du
Moré Nevoukhim (III, §35 et 49) qui explique que le sens de la Mitsva de Mila est d’affaiblir la Taava etc. Avraham aurait donc dû comprendre cela même avant Matan Torah comme il l’a fait pour les autres Mitsvot…
Par contre, j’ai pensé dire ceci : il y a effectivement deux aspects dans la mitsva de brit mila, l’idée du
Rambam pour affaiblir la Taava s’appliquait déjà à l’époque d’Avraham, mais l’autre aspect est le fait que c’est un signe d’alliance (brit) entre l’homme et D.ieu.
Or, pour cela, il n’est pas possible d’envisager l’alliance par cet acte sans que D.ieu y montre un intérêt, une volonté.
Celui qui naît circoncis n’aura pas non plus la Maala de l’alliance, voilà pourquoi on procèdera à Hatafat dam brit.
Donc Avraham souhaitait que sa Brit Mila puisse aussi s’inscrire dans un acte de scellement d’alliance entre lui et D.ieu.
J’ai déjà lu d’autres réponses, mais je ne les ai pas en tête et en ce moment je manque de Sfarim pour les retrouver.
L’une d’elle consiste à dire que ce qu’on dit qu’Avraham a accompli toutes les Mistvot, ça n’est
qu’après avoir fait la Mila. Ce qui résout le problème et la question disparait.
PS: je ne me relis pas, veuillez excuser les fautes.