Il est permis de demander à un non-juif de solliciter un autre non-juif pour effectuer un travail interdit doraïta en cas de perte financière conséquente.
Pour les sépharades, cela est autorisé également pour les besoins d'une mitzva en cas de grande nécessité.
Sources et explications :
Cette question fait l'objet d'une discussion parmi les décisionnaires.
D'un côté, l'Avodat Haguershouni (cité dans le chout 'Havot Yaïr §49) soutient que demander à un non-juif de solliciter un autre non-juif pour effectuer un travail interdit doraïta ne s'inscrit pas dans le Héter de chvout dechvout".
Il rapporte à l'appui les propos du Choul'han Aroukh (סי' שז ס"ב) qui interdit de demander à un non-juif d’engager des ouvriers non-juifs pendant Chabbat.
D'un autre côté, le 'Havot Yaïr (סי' מו וסי' נג) considère que cela s'inscrit dans le Héter de chvout dechvout.
Il rejette la preuve de l'Avodat Haguershouni en expliquant que l'embauche d'ouvriers constitue en soi une interdiction derabanan, relevant de l'interdiction de meka'h oumemkar (actes commerciaux). Par conséquent, demander à un non-juif d'embaucher des ouvriers revient à lui demander d'accomplir un acte interdit miderabanan, ce qui n'est pas le cas lorsqu’on lui demande de solliciter un autre non-juif pour réaliser un travail interdit.
Quant au 'Hatam Sofer (חו"מ סי' קפה ד"ה והשתא), il accepte de s'appuyer sur l'avis indulgent du 'Havot Yaïr, mais uniquement en cas de perte financière conséquente.
Comment la Halakha a-t-elle été tranchée ?
Selon la conclusion du Michna Broura (סי' שז סקכ"ד), il est permis de demander à un non-juif de solliciter un autre non-juif pour accomplir un travail interdit doraïta uniquement en cas de perte financière conséquente.
Le Pri Megadim (סי' רעו מ"ז סק"ה) précise que cette permission s'applique même si le non-juif est pleinement conscient qu’il réalise ce travail pour nos besoins.
Néanmoins, le Michna Broura souligne que cette autorisation ne vaut que si le travail effectué ne nous apporte aucun profit direct, sans quoi il nous serait interdit d'en bénéficier.
Les décisionnaires sépharades
D'un côté, le 'Hida dans son Birkei Yossef (שז סק"ה) adhère à la position de l'Avodat Haguershouni et de Rav Yehouda Ayache dans son Bnei Yehouda selon laquelle ce n'est pas considéré comme un chvout dechvout mais comme un seul chvout.
D'autre côté, Le Ben Ish 'Haï (Kedochim §15) et Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה ח"ג פי"ז סי"א) concluent qu'en cas de grande nécessité, il est possible de s'appuyer sur l'avis indulgent du Havot Yaïr pour les besoins d'une mitzva ou pour éviter une perte financière conséquente.
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