La contradiction apparente entre certaines halakhot et les données scientifiques contemporaines est abordée dans le livre Mikhtav Mé'Eliahou du Rav Dessler (tome 4, lettre 31-2, note 144).
Il rapporte, par exemple, les propos du Talmud dans le traité de Chabbat (107b) et du Choul'han Arou'h (o"h 316:9) selon lesquels les poux ne se reproduisent pas, mais sont formés à partir de sueur, c'est pourquoi il est permis de les tuer pendant Chabbat.
Rav Dessler affirme que, même si leur raison nous est a priori incompréhensible, ces halakhot demeurent immuables, car nos sages connaissaient la Halakha grâce à une transmission de génération en génération, et ce n'est pas l'explication scientifique qui détermine la Halakha, mais au contraire, c'est la Halakha qui exige une explication.
Il explique qu'il est possible qu'il existe d'autres raisons que celles dévoilées par le Talmud. Par conséquent, si parfois nos sages ont donné une raison qui concorde aux connaissances scientifiques de leur époque, nous sommes tenus de chercher d'autres explications afin de rétablir la Halakha face aux contradictions soulevées par les découvertes scientifiques modernes.
Selon ce principe, son élève, Rav Arié Carmel explique que puisque la Halakha ne s'appuie que sur les données perceptibles par nos sens et que les œufs de poux sont si minuscules qu'ils étaient invisibles à l'époque du don de la Torah, la Halakha ne les prend aucunement en considération.
C'est pourquoi les poux sont considérés comme étant formés à partir de la matière dans laquelle ils évoluent et dont ils se nourrissent. Par conséquent, ils sont considérés comme une créature insignifiante qui n'est pas concernée par l'interdiction de tuer pendant Chabbat.
Les insectes formés à partir de moisissure
Il ajoute que la même explication s'applique aux insectes qui se forment dans la moisissure des fruits. En effet, l'œuf que la mère pond dans le fruit n'est pas visible, il est donc considéré comme inexistant. C'est pourquoi ces insectes sont considérés, selon la Halakha, comme formés à partir du fruit dans lequel ils évoluent, et qu'ils sont autorisés à la consommation comme le fruit lui-même, jusqu’à ce qu'ils sortent vivants à l’air libre, comme le précise le Choul'han Arou'h (y"d 84:4).
Il conclut que quelles que soient les explications qui seront avancées, notre conviction que la Halakha est une loi de vérité doit demeurer indéfectible.
Le compte des mitzvot
En ce qui concerne le compte des mitzvot, le Rambam écrit que le commandement négatif numéro 176 interdit de consommer des insectes qui rampent sur la terre tels que les scarabées, comme il est écrit dans la paracha de Chemini (11,41) : Tout insecte qui rampe (choretz) sur la terre ne doit pas être consommé.
D'autre part, il écrit que le commandement négatif numéro 177 interdit de consommer les insectes formés à partir de moisissure, comme il est écrit (ibid. 11,44) : Vous ne devez point vous contaminer par tous ces insectes qui se meuvent (romess) sur la terre.
Pour répondre à votre question, le fait que la Torah distingue les cheratzim (insectes qui rampent sur la terre) des remassim (insectes qui se meuvent sur la terre) suffit, premièrement, à établir qu'il s'agit de deux interdictions distinctes.
Deuxièmement, le Rambam considère l'interdiction de consommer les insectes qui se forment à partir de moisissure comme une commandement négatif à part entière, en raison de leurs caractéristiques spécifiques.
En effet, selon les propos de Rav Arié Carmel susmentionnés, leurs œufs sont considérés comme inexistants, étant donné qu'ils ne sont pas visibles. C'est pourquoi la Halakha considère ces insectes comme étant formés à partir du fruit dans lequel ils évoluent. Ils se distinguent ainsi fondamentalement des autres insectes rampant dont les œufs sont, quant à eux, bien visibles.