Plusieurs explications ont été données pour répondre à cette question :
La version de Rav Yossef Kappa'h
D'après la version de Rav Yossef Kappa'h (qui se fonde sur des manuscrits du commentaire du Rambam sur la Michna), les filles de Jérusalem n'étaient pas 'holot (font la ronde) mais 'honot (campent) dans les vignes. D'après cette version, il n'y avait pas de danses. Toutefois, la grande majorité des commentateurs n'ont pas retenu cette version.
Les propos du Maharsha
Le Maharsha (Taanith 31a) explique que les garçons avaient le droit de regarder les filles, car il est écrit dans la Guemara de Kiddouchin (41a) qu'il est interdit à un homme de se marier avec une femme avant de l'avoir vue, afin de s'assurer qu'elle ne présente pas de défaut physique qui pourrait le gêner. Mais il n'explique pas la raison pour laquelle il était permis aux garçons de regarder les filles danser.
L'explication du Rabbi de Mounkatch
La Michna rapporte que les filles de Jérusalem disaient : « jeune homme, lève les yeux et vois celle que tu vas choisir ». Rav Tzvi Hirsh Shapira, le Rabbi de Mounkatch dans son livre Tiferet Banim (על ט"ו באב) explique qu'en disant : « lève les yeux » leur intention était de dire « ne nous regarde pas mais lève les yeux vers le haut ». Cependant, cela ne correspond pas à la compréhension simple de cette Michna.
L'explication du Hatam Sofer
Le Hatam Sofer (:תורת משה חידושי אגדה תענית כו) rapporte les propos de la Guemara de Yoma (86b) selon lesquels un Baal Techouva est une personne qui rencontre la femme avec laquelle il avait précédemment fauté au même endroit et à la même heure, mais qui parvient à maîtriser son désir.
Ainsi, à Kippour, les garçons regardaient les filles danser dans les vignes pour devenir des Baalei Techouva, en se tenant au même endroit sans fauter. C’est-à-dire que si la plupart du temps, ils avaient l'habitude de regarder les filles en ayant des hirhourim (mauvaises pensées) ; le jour de Kippour, jour où l'on fait Techouva, ils regardaient les filles sans hirhourim, et c'était leur Techouva.
Quant à Tou Beav, il explique que, étant donné que c'est le jour où les mariages intertribaux ont été autorisés, c'est un jour béni où il n'est pas à craindre que les jeunes commettent des fautes.
Les propos du Ritva
D'après le Ritva dans le traité de Baba Bathra 121a (ד"ה בכלי לבן), la Michna précise que les filles de Jérusalem portaient des vêtements blancs pour nous enseigner qu'ils étaient libérés de leur Yetser Hara et purifiés de toute faute. C'est pourquoi elles pouvaient dire : « jeune homme, lève les yeux et vois celle que tu vas choisir », car ils ne craignaient pas le Yetser Hara.
L'explication de Rav Wozner
Le livre Mishnat Yossef (:אגדות הש"ס תענית כו) rapporte au nom de Rav Wozner une explication qui va dans ce sens.
Il compare cette Michna aux « miroirs des attroupées » (mar'ot hatsov'ot). Rachi dans la paracha de Vayakhel (38,8) écrit : C’est grâce à leurs miroirs que les femmes ont donné le jour à des armées (tsevaoth) d’enfants en Egypte. Quand leurs maris étaient épuisés par leur dur travail, elles allaient leur apporter nourriture et boissons. Elles leur donnaient à manger puis elles prenaient leurs miroirs. Chacune se regardait dans le miroir avec son mari, et elle lui disait tendrement : « Je suis plus belle que toi ! » Elles éveillaient ainsi le désir chez leurs maris, elles s’unissaient à eux, devenaient enceintes et accouchaient.
De même, il explique que la Michna de Taanith se situe à une époque où Jérusalem rayonnait de splendeur, et où les jeunes hommes, absorbés par l'étude de la Torah, étaient préservés de tout péché et de toute mauvaise pensée.
Par conséquent, s'ils n'avaient pas été incités à se marier, ils se seraient contentés de l'amour de la Torah, à l'instar de Ben Azaï et Ben Zoma qui par leur assiduité dans l'étude et leur sainteté n'éprouvaient pas le besoin de se marier.
Ainsi, afin d'assurer la pérennité du peuple juif et de poursuivre la lignée des sages de la Torah, les filles de Jérusalem durent adopter l'attitude de leurs aïeules en Égypte, qui, grâce aux « miroirs des attroupées », éveillèrent le désir de leur époux et fondèrent une descendance nombreuse.
La différence entre une danse et un ronde
Cette Michna soulève un autre questionnement halakhique. En effet, la Michna dans le traité de Beitsa (5:2) stipule qu'il est interdit de danser pendant (Chabbat et) Yom Tov. Les décisionnaires s'interrogent donc sur la raison pour laquelle les sages n'ont pas réprimandé les filles de Jérusalem qui dansaient en ronde lors de Kippour.
Rav Ovadia Yossef (חזון עובדיה שבת ח"ה עמ' רסט) rapporte le commentaire de Rabénou 'Hananel (Beitsa 36b) au nom du Talmud Yerouchalmi selon lequel on parle de « danser » que lorsqu'un pied est levé tandis que l'autre reste au sol.
Il explique donc que les filles de Jérusalem pendant Kippour ne levaient pas les pieds comme on le fait habituellement pour danser, mais marchaient simplement en ronde.
Ainsi, si les filles de Jérusalem ne dansaient pas à proprement parler, mais se contentaient de marcher en ronde, on peut comprendre que, contrairement à d'autres danses, ces rondes n'étaient pas de nature à exciter le Yetser Hara.
L'interprétation de Rav Moshé Shapira
Dans le registre du Rémez, Rav Moshé Shapira (אפיקי מים - בית המקדש - ענין לח) affirme que cette Mishna est une métaphore où les filles de Jérusalem symbolisent la communauté d'Israël et le jeune homme fait référence à D.ieu.
Ainsi, le jour de Kippour, la communauté d'Israël s'adresse à D.ieu pour Lui demander de contempler sa beauté retrouvée après sa purification ; et le 15 av, elle Lui demande d'admirer sa beauté après avoir été consolée.
En effet, Tou Beav non seulement s'inscrit dans les sept semaines de consolation, mais il est également considéré comme le jour de la consolation par excellence, puisqu'il marque l'annulation du décret de mort qui frappait la génération sortie d'Égypte.
Dernière édition par Rav Mordehai Alberman le Sam 15 Août 2026, 18:49; édité 6 fois