1. Si on a mis un pain et un œuf dur de côté pour le érouv tavshilin en ayant prononcé la formule (bahadein érouva …), mais sans avoir réciter la bra'ha, alors a posteriori, le érouv est valable.
En revanche, si on se rend compte à la synagogue qu'on a mis un pain et un œuf de côté pour le érouv tavshilin sans avoir prononcé la formule (bahadein érouva …), et qu'on n'a pas le temps de rentrer chez soi, ou que cela s'avère compliqué, ou qu'on risque de manquer la prière de Min'ha en minyan, il convient alors de prononcer sur place cette formule : « bahadein érouva shé yi'hadeti bévéiti yéhé sharé lana léméfa oulévashala… » , c’est-à-dire : « Grâce au érouv que j'ai préparé chez moi, il nous sera permis de cuisiner … ».
2. Si on réalise à la synagogue qu'on a oublié de réciter la bra'ha du érouv tavshilin, on ne devra pas la réciter à la synagogue, qu'on ait prononcé la formule ou non. Cependant, si on voit quelqu'un qui souhaite dans ce cas réciter non seulement la formule mais aussi la bra'ha, on ne devra pas le réprimander, car il a sur qui s'appuyer.
Sources et explications :
Oubli de la bra'ha
Si on a préparé son érouv tavshilin en ayant prononcé cette formule, on s'en est acquitté même si on n'a pas récité la bra'ha, comme le précise le Mishna Broura (סי' תקכז סקס"ד).
Oubli de la formule
A priori, après avoir récité la bra'ha en tenant le érouv dans la main, on doit dire la formule de bahadein érouva … qui signifie que grâce à cet érouv, nous aurons le droit pendant Yom Tov de cuire du pain et des plats, d'allumer des bougies et de faire tout ce dont on aura besoin pour Chabbat.
Un érouv est-il valable lorsqu'on n'a pas prononcé la formule (bahadein érouva…) ? Cette question est sujette à discussion parmi les décisionnaires.
D'un côté, le Rama (סי' תקכז ס"כ) affirme que si on n'a pas prononcé cette formule, c'est comme si on n'avait pas fait d'érouv, car nos sages ont institué de préciser les principaux travaux qui seront autorisés grâce au érouv.
D'un autre côté, le Maharshal, le Ya'avetz et d'autre décisionnaires contestent cette position et soutiennent qu'a posteriori, le érouv est valable même si on n'a pas prononcé cette formule, car celle-ci n'est mentionnée que dans le Talmud de Jérusalem, mais pas dans la Mishna, ni dans le Talmud de Babylone.
Le Mishna Broura (סקס"ג) et le Kaf Ha'haïm (ס"ק קכב) concluent que si on réalise qu'on n'a pas prononcé la formule avant l'entrée de la fête, il convient de reprendre le érouv en main en prononçant la formule. Mais si l'on s'en rend compte après l'entrée de la fête, on devra céder sa farine à quelqu'un qui a fait un érouv tavshilin, et si c'est impossible, on pourra alors s'appuyer sur les décisionnaires qui valident cet érouv.
Réciter la bra'ha et la formule à la synagogue
Le Tiferet Israel dans son commentaire sur la Mishna du traité de Beitsa (פ"ב מ"א בועז אות ב) écrit que lorsqu'on réalise à la synagogue qu'on n'a pas fait de érouv tavshilin, et qu'on n'a pas le temps de rentrer chez soi, si on a un pain et un plat cuisiné à la maison, on peut alors dire à la synagogue : « Le pain et le plat que je prendrai en rentrant chez moi sont considérés dès à présent comme un érouv tavshilin », puis on récitera la bra'ha.
De même, le Pekoudat Eleazar (ריש סי' תקכז) affirme que lorsqu'on se rend compte à la synagogue qu'on a préparé un érouv tavshilin sans avoir réciter la bra'ha et la formule, si on n'a pas le temps de rentrer chez soi ou que c'est compliqué, ou qu'on risque de manquer la prière de Min'ha en minyan, on pourra alors réciter la bra'ha, puis dire : « Grâce au pain et à l'œuf qui se trouvent chez moi, il nous sera permis de cuisiner pour Chabbat pendant Yom Tov ».
Il explique que, bien qu'il soit a priori nécessaire de tenir le érouv en main lorsqu'on récite la bra'ha et la formule, il est néanmoins possible, en cas de force majeure, de les réciter même si le érouv ne se trouve pas devant soi.
D'un autre côté, le Min'hat Itzhak (ח"ז סי' לו) et Rav Wozner (שבט הלוי ח"ט סי' קכט אות ג) affirment dans un tel cas de force majeure il est possible de prononcer la formule à la synagogue, mais sans réciter la bra'ha.
Ils rapportent que le 'Hida (חיים שאל סי' כט) démontre à partir des propos du Maguen Avraham (סי' תקכז סק"א) qu'on ne peut pas prononcer la formule à la synagogue, car il écrit que si on se rend compte à la synagogue qu'on n'a pas fait de érouv tavshilin, on doit céder sa farine à un fidèle. On peut en déduire que, selon lui, il n'y a pas de possibilité de faire un érouv tavshilin à distance.
Par conséquent, étant donné que la possibilité de réciter la bra'ha et la formule sans tenir le érouv en main fait l'objet d'une discussion parmi les décisionnaires, en cas de force majeure, on peut s'appuyer sur ceux qui le permettent. Néanmoins, étant donné que l'on s'acquitte du érouv sans avoir récité la bra'ha, on ne devra pas la réciter, en raison de safek bra'hot lehakel.
Rav Wozner précise cependant que si, dans ce cas, quelqu'un souhaite réciter la bra'ha, on ne doit pas le réprimander, car il a sur qui s'appuyer.
De même, Rav Shlomo Zalman Auerbach, certes, dans une lettre figurant dans le Meor Hashabbat (מכתב ט אות ח) écrit que si on réalise à la synagogue qu'on a préparé un érouv tavshilin sans avoir récité la bra'ha et la formule, on pourra alors les reciter toutes deux à la synagogue.
Cependant, dans une seconde lettre publiée dans le shout Yad Ha'érouv (ח"א סי' ט אות ב), il revint sur sa position en écrivant que dans ce cas, on ne devra pas reciter la bra'ha à distance.