En effet, d'un côté, il est écrit au début de la Paracha de Pekoudei (38,21) : Voici les comptes du tabernacle, le tabernacle du témoignage.
Rachi d'expliquer : Témoignage pour Israël que le Saint béni soit-Il a renoncé à le punir pour la faute du veau d’or, puisqu’Il a fait résider sa chekhina parmi eux.
Aussi, il est écrit dans la Paracha de Chela'h Lekha (14,20) : L'Éternel répondit : "Je pardonne, selon ta demande". Bien qu'il semble s'agir de la faute des explorateurs, Rachi dans la Paracha de Ki-Tissa (33,11) explique, au nom du Midrash, que ces paroles ont été prononcées le jour de Kippour à propos de la faute du veau d'or.
D'un autre côté, il est écrit dans la Paracha de Ki-Tissa (32,34) : Mais le jour où j'aurai à sévir, je leur demanderai compte de ce péché.
Rachi d'expliquer : Toutes les fois que je me souviendrai de leurs fautes, je me souviendrai un peu de cette faute-ci en plus de leurs autres. Il n’est pas de punition qui frappe Israël qui ne contienne une part de punition pour le veau d’or (Sanhedrin 102a).
Plusieurs explications ont été avancées pour résoudre cette contradiction :
1. L'explication du Or Ha'haïm : un pardon incomplet
Le Or Ha'haïm, au début de la Paracha de Pekoudei, explique que la faute du veau d'or a été suffisamment effacée pour que D.ieu accepte de faire résider sa chekhina parmi eux. Cependant, elle n'a pas été complètement effacée, telle une écriture qui a été effacée mais dont il reste une trace ; c'est pourquoi toute punition qui frappe Israël contient une part de punition pour le veau d’or.
2. L'explication du Keli Yakar : un pardon sous condition
Le Keli Yakar au début de la paracha de Pekoudei explique que la faute du veau d'or a été pardonnée, sous réserve de ne pas renouer avec le culte idolâtre du veau. Ainsi, lorsque le peuple d'Israël se prosterna devant les veaux de Yerovam ben Nevat, il reçu aussi une part de la punition infligée pour le veau d’or.
3. L'explication du Torat 'Haïm : non pas un pardon, mais une "anesthésie" de la faute
Dans le même sens, le Torat 'Haïm dans son commentaire sur la Guemara de Sanhedrin (102a) soutient que le Créateur ne pardonna pas la faute du veau d'or, mais la mit simplement de côté en l'ignorant ; cependant, son souvenir ressurgit lorsque les générations suivantes répétèrent la faute de leurs ancêtres.
Il se fonde sur le verset de la Paracha de Ki-Tissa (34,7) : Il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu'à la troisième et à la quatrième descendance. La Guemara de Bera'hot (7a) précise que le Créateur châtie les enfants pour les méfaits de leurs pères uniquement lorsqu’ils persévèrent dans la conduite de leurs pères.
Il explique que lorsqu'un homme faute, en vertu du principe de miséricorde, le Créateur détourne Son regard de cette faute et la met de côté. Cependant, lorsqu'Il voit qu'un des fils persévère dans la conduite de son père, alors le souvenir de la faute paternelle ressurgit, et le fils subit le châtiment qui aurait dû être infligé à son père.
Ainsi, en vertu du principe de miséricorde, le Créateur détourna Son regard de la faute du veau d'or et la mit de côté. Cependant les générations précédant la destruction du second Temple, en pratiquant l'idolâtrie, ravivèrent le souvenir de cette faute. C'est pourquoi leur punition comprenait une part liée au veau d’or.
4. L'explication de Rabénou Be'hayé : non pas un pardon, mais un sursis
Le Ibn Ezra (Chela'h Lekha 14,19) explique que le mot seli'ha ne signifie pas pardon mais longanimité (arikhout af) ; c’est-à-dire uniquement le report du châtiment à plus tard.
Rabénou Be'hayé (ibid. 14,17) va dans ce sens en expliquant que le verset : Je pardonne, selon ta demande signifie : Je ne les anéantirai pas, et je me montrerai longanime à leur égard. Cependant je ne pardonne pas la faute du veau d'or, car je châtierai leurs descendants.
Le Keli Yakar, dans la Paracha de Ki-Tissa (34,7) sur le verset : Il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu'à la troisième et à la quatrième descendance va dans ce sens, en affirmant que la faute du veau d'or a été pardonnée pour cette génération, mais pas pour les générations futures.
Il explique que la faute de l'idolâtrie est si grave qu'une génération n'aurait pas pu supporter la punition sévère qu'elle entraîne ; c'est pourquoi ce châtiment a été réparti sur quatre générations.