Jacques Kohn
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Posté le:
Dim 20 Janvier 2008, 8:51 |
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Il arrive qu’un tableau de maître nous apporte des enseignements sur un événement relaté dans la
Tora
.
On sait que Marc Chagall (1887-1985) a étudié dans son jeune âge dans un
‘hédèr
à Vitebsk (Biélorussie), sa ville natale, et que lui sont restés, imprimés dans son œuvre picturale, de nombreux vestiges de ce qu’il y avait appris.
C’est ainsi que l’on trouve, dans le tableau : « Moïse recevant les tables de la Loi », exposé au Musée de Nice [http://www.musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/pages/page_id18009_u1l2.htm], des vestiges de sa culture midrachique.
Par exemple, le tableau représente le moment où les Tables étaient tenues simultanément par les mains divines, si l’on peut dire, et par celles de Moïse. Cette image correspond à ce que nous apprend le
Midrach
Berèchith
rabba
(28, 1) : «
Rabbi Berakhya
a enseigné : Les Tables mesuraient six
tefa‘him
de long. Deux de ces
tefa‘him
étaient dans les mains, si l’on peut dire, du Créateur du monde, deux autres étaient dans celles de Moïse, et les deux derniers formaient séparation entre elles. »
En haut à gauche du tableau, Chagall a peint une fiancée, dont la robe de mariage blanche tranche avec un fond plus sombre.
Il est certes fréquent de trouver dans les œuvres de ce peintre des représentations d’une fiancée, mais il se peut qu’il ait fait ici allusion à un commentaire de
Rachi
à propos des versets : « Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu… » (
Chemoth
19, 17) et : «
Hachem
est venu du Sinaï… » (
Devarim
33, 2), indiquant qu’Il est sorti à leur rencontre quand ils venus pour se tenir dans « le dessous de la montagne » (
Chemoth
19, 17), tout comme le fiancé sort pour accueillir la fiancée.
On retrouve la même symbolique dans le
Midrach Tan‘houma
(
Ki thissa
16) à propos du verset : « [
Hachem
] donna à Moïse, lorsqu’Il acheva (
ke-khallotho
) de parler avec lui dans le mont Sinaï, les deux tables du témoignage… » Le
Midrach
fait un rapprochement entre
ke-khallotho
(« lorsqu’Il acheva »), et
kallatho
(« Sa fiancée »).
On peut deviner dans ce tableau une autre référence midrachique, consciente ou inconsciente, reproduite par le peintre : Les figures représentant la foule de ceux qui ont assisté au don de la
Tora
ne sont pas exposées comme des figures d’époque, mais comme des Juifs des
shtetls
d’Europe de l’est.
Or, nous apprenons dans les
Pirqei de-rabbi Eliézèr
(chapitre 40), en commentaire du verset : « Mais avec ceux qui sont aujourd’hui placés avec nous, en présence de
Hachem
, notre Dieu, et avec ceux qui ne sont pas ici, à côté de nous, en ce jour » (
Devarim
29, 14), que tous les Juifs jusqu’à la fin des temps étaient présents au Sinaï.
Peut-être, comme l’admet le professeur Naftali Deutsch, de l’Université
Bar Ilan
, qui s’est livré à cette étude, a-t-on faire dire à ce tableau plus que ce que Marc Chagall y a consciemment introduit. Tous ces détails révèlent cependant l’impact de l’esprit des
midrachim
sur la sensibilité de cet artiste. |
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