Le racisme (Rav Wattenberg) Voir le sujet suivant
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Maverick



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MessagePosté le: Dim 08 Mai 2016, 11:31 Répondre en citantRevenir en haut

Bonjour !

Dans votre cours sur le racisme vous postulez qu'aucune loi de la Torah ne froisse le bon sens / la morale. J'ai du mal à comprendre cela.

Prenons deux exemples.
1) Jérôme est un juif qui vit en Israël avec le temple construit, fonctionnel et des batei dinim. Il décide, le jour du shabbat, de porter. Supposons toutes les conditions réunies (témoins, hatraa, etc.). Jérôme sera assurément mis à mort, pour avoir porté ! Je pense que ça heurte le bon sens et la morale de la majorité des gens.
2) Un cohen qui se trompe dans la fabrication de l'encens n'est-il pas condamnable à mort ?

Peut-être est-ce mon ignorance qui me pousse à poser ces questions. Mais peut-être que d'autres sont aussi dans le même cas que moi...

Merci encore pour vos cours !
Rav Binyamin Wattenberg




Messages: 2609

MessagePosté le: Lun 23 Janvier 2017, 23:38 Répondre en citantRevenir en haut

Oui, je pense que vous manquez d'informations pour apprécier convenablement ces lois.

Le fait que vous soyez certainement plusieurs à souffrir du même manque m'encourage assurément à expliquer un peu plus longuement ce dossier, mais ne me libère malheureusement pas pour autant de mes obligations.

Je vais manquer de temps pour vous répondre convenablement, car ça nécessiterait un exposé extraordinairement long.

C'est le genre de sujets qu'il est préférable de traiter à l'oral pour mener la conversation avec plus de précision sur les points obscurs.

Mais tentons déjà une idée qui pourrait vous donner la direction dans laquelle il faut "chercher".

Tout d'abord il est impératif que vous preniez conscience qu'en écrivant ceci:
Citation:
"vous postulez qu'aucune loi de la Torah ne froisse le bon sens / la morale. J'ai du mal à comprendre cela."
vous êtes en train de dire que selon vous la Torah froisse le bon sens et est donc insensée.

Comprenez donc que si vous n'optez pas pour la vision de la Torah que je vous propose (ou similaire) , vous soutenez une Torah insensée, démente, cinoque et déraisonnable.
Comment pouvez-vous imaginer pareille chose?

Cher Maverick , vous qui êtes brillant ( Mavrik ), comment pourriez-vous entériner ou approuver une telle conception de la Torah?

(à moins que vous ne soyez pas croyant?
Excusez si ce n'est pas le cas, je ne vous connais pas, tout ce que je sais de vous se résume à votre pseudonyme, que vous vous exprimez convenablement et clairement en français, que vous lisez probablement l'anglais et que vous avez certainement un gène ashkenaze -mille petits détails laissent supposer cette ascendance. Rassurez-vous, ce n'est pas une critique, vous m'êtes fort sympathique.
En fait, vos questions indiquent un intérêt sincère qui laisse supposer que vous êtes croyant[e] et même pratiquant[e])


Cette Torah "injuste" et insensée serait contradictoire ...à elle-même! Relisez le verset dans Dvarim XXXII, 4. (voyez aussi Mishlei III, 17).

Enfin! Vous me direz, que dans la mesure où vous êtes prêt à accepter une Torah déraisonnable, vous le seriez toujours malgré que la Torah elle-même dise l'inverse.
En effet, si l'on admet qu'elle est déraisonnable, il n'y a plus à s'inquiéter du fait qu'elle proclame elle-même l'inverse, dire une chose et son contraire, c'est la propre de la déraison.


Après cette préface, il faut réaliser ce que signifie le 'hiyouv mitat Beit Din, il n'est appliqué qu'en présence de conditions extrêmes:

Il fallait que la grand Sanhédrin soit en place à Jérusalem au Beit Hamikdash, qu'il y ait deux témoins répondant à de nombreux critères de "kashrout", qu'il y ait eu une Hatraa (prévention précise) juste avant l'acte et enfin que l'accusé ait répondu favorablement à cette Hatraa!

Autrement dit, lorsqu'on lui a dit " attention, si tu transgresses shabbat de telle sorte, tu seras 'hayav mita etc. ", il faut qu'il réponde qu'il en est bien conscient et que c'est en connaissance de cause qu'il agît (Al menat ken ani ossé).

De telles conditions pourraient paraître incroyables et on est en mesure de se demander combien il y aurait bien pu avoir de condamnés au Beit Din...

Il faut donc comprendre que le concerné, celui qui a l'audace de répondre à la Hatraa " al menat ken ani ossé ", a pour intention de se rebeller contre la loi, c'est un fauteur de troubles et sa transgression publique (=devant témoins) du shabbat, s'inscrit dans un comportement qui mine l'autorité de la loi en Israël.

Or, vous l'avez noté, cette condamnation ne peut avoir lieu qu'à une époque où le grand sanhédrin siège à sa place désignée par la Torah, au Beit Hamikdash.

Mais que faut-il en comprendre?
Pourquoi l'exil du peuple, voire même simplement l'exil et la déstabilisation du pouvoir religieux , suffit à rendre impossible cette condamnation?

C'est bien parce que précisément à une époque où le pouvoir religieux est en place, celui qui se rebelle contre le Shabbat, se rebelle contre la Torah.
Et celui qui se rebelle contre la Torah se rebelle ipso facto contre la loi, puisqu'aux époques concernées, la Torah sert de loi "civile".
Ainsi, celui qui se rebelle contre Shabbat dénigre et méprise la loi dans ce qu'elle a de plus sacré (le respect du shabbat étant le symbole de la croyance en D.ieu qui a créé le monde).

(Attention, nous parlons bien de celui qui se rebelle contre Shabbat, pas de celui qui a transgressé en cachette, sans témoins, ou publiquement mais sans Hatraa, ou sans répondre positivement à la hatraa) .

Une telle transgression met donc en danger la société entière, crée une brèche dans le respect de la loi et ouvre la porte à d'autres transgressions qui iront jusqu'au meurtre, car la seule loi qui empêchait de tuer un homme était celle qui interdisait le 'hilloul shabbat: la Torah. La remettre en cause, s'afficher comme rebelle et se considérer officiellement affranchi ou dispensé de la respecter, en bref: rejeter son joug, c'est s'extraire aussi des autres lois comme celle sur l'homicide.

En fait, lorsque quelqu'un transgressait Shabbat (dans cette société), de cette manière (haut la main, en le revendiquant), il fragilisait tout le respect de la Torah (remise en cause par son affirmation publique qui revient à dire: "D.ieu n'existe pas, rien ne nous oblige à respecter la Torah" ) et d'autres ne se retiendront pas de voler, tuer etc.

A nos yeux, ça paraît lointain et étrange, car nous sommes habitués à une société où le crime est pourchassé et prévenu autant que possible par des moyens financiers très importants (police etc.) (malgré tout, les voleurs et assassins ne manquent pas, hélas) , ainsi, il suffirait de punir sévèrement les autres crimes et il ne serait pas "nécessaire" de punir la transgression du Shabbat.
Mais jadis, la police ne disposait pas des mêmes moyens, humains/ financiers/ techniques, il n'y avait pas vraiment de répression du crime, de multiples délits étaient commis et classés sans suite. Voilà comment et pourquoi la foi / le respect de la Torah était un élément capital pour le maintien de l'ordre.

En effet, de nos jours où nous vivons sous une loi autre que la Torah, où la loi interdit elle aussi le crime, celui qui enfreint shabbat ne représente pas le même danger pour la société, car s'il ne croit pas en la Torah, il croira au moins en la police, voilà, je pense, le lien que les 'Hakhamim ont souligné entre la présence du grand sanhedrin au Mont du Temple et l'application de la peine de mort.
(sans quoi, comment comprendre que la Torah fasse dépendre la Mitat Beit Din de la présence du Sanhedrin au Beit Hamikdash?)

Disons que pour nous, ce qui s'en approcherait, serait la sévérité extrême concernant l'espionnage MÊME lorsqu'il ne porte pas à conséquence (directe), mais qu'il ternit l'image d'un état.

On pourrait aussi parler du crime de lèse-majesté (en Thaïlande par exemple).
Ou d'autres "crimes" passibles des peines les plus sévères en Asie, je ne sais pas si c'est encore le cas, mais jusqu'à assez récemment, l'exportation illégale d'œuvres d'art ou de métaux rares (ou d'espèces animales protégées) était passible de mort en Chine (c'est aussi le cas pour le trafic de drogue).

Retenons l'exemple du crime de lèse-majesté, il illustre assez bien le 'hilloul shabbat public avec Hatraa, ça mine les fondements de l'autorité CIVILE.
[et non religieuse uniquement. c'est le fond de ce qui vous dérangeait dans cette peine capitale, pourquoi contraindre à la religion? La réponse est qu'il s'agît en fait d'un enjeu civil et non (uniquement) religieux].

Voilà, c'est assez court et rapide comme explication, elle nécessite d'être méditée, je ne peux pas tout expliquer et expliciter par écrit en quelques lignes et je suis persuadé que certains vont s'offusquer de cette réponse (dans un sens comme dans l'autre), mais -je pense que- c'est soit par manque de volonté de comprendre, soit par manque de cervelle (-soit les deux).

Je sais qu'on va m'opposer telle ou telle phrase de tel ou tel rabbin, une proclamation ou un édit rabbinique qui donnerait l'impression d'aller à l'encontre de ce que je dis, mais qu'y puis-je?

Si un édit rabbinique me contredit réellement, j'aurais du mal à l'expliquer, je pense qu'il faut plutôt en demander explication à son auteur, car sa vision de la Torah semble absurde -pour ne pas dire criminelle.
L'argument " l'édit le dit ! " ne me perturbe pas outre mesure, tant qu'il ne se justifie pas.

Je ne viens pas vous répondre à tout ce qui pourrait vous étonner dans la Torah, mais suivez cette piste et vous trouverez encore d'autres explications "saines" et compréhensibles pour l'esprit moderne s'il se donne la peine de remettre les choses dans leur contexte.

La règle d'or est, comme je l'indiquais dans ce shiour, que si le résultat est contraire au bon sens, c'est qu'il y a une erreur: soit vous avez mal compris ce que dit la Torah, soit vous avez mal compris ce qui est sensé (par exemple en omettant de tenir compte du contexte historique ou social etc.) .

L'option consistant à admettre une Torah insensée me paraît insensée.
Surtout que nous voyons à travers les versets eux-mêmes, sans faire de contre-sens, que la Torah est censée être sensée, c'est son essence et elle va toujours dans ce sens.

Et si comme je vous l'ai dit, l'édit le dit, je dis que ledit édit l'ai dit enlaidit les dires de la Torah.
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