Kaparot avec le poulet Voir le sujet suivant
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MrQuestion



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MessagePosté le: Lun 23 Juillet 2018, 15:30 Répondre en citantRevenir en haut

Bonjour Rav Wattenberg,

On m'a dit que selon le Choulh'an Hakh'oukh' il est interdit de faire les kaparot avec le poulet, mais pourtant c'est bien ce que les rabanims effectuent aujourd'hui, comment est-ce possible?

Merci
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Dim 16 Septembre 2018, 14:53 Répondre en citantRevenir en haut

En effet, selon le Shoul’han Aroukh (O’’H §605, 1) il convient d’annuler ce minhag.

Le titre de ce Siman dans le Shoul’han Aroukh a été modifié et censuré pour ne pas froisser des sensibilités.
Le titre actuel est : מנהג כפרות בערב יו"כ
Mais vous pourrez vérifier que dans les anciens Shoul’han Aroukh (première édition), le titre du Siman 605 était :
מנהג כפרות בערב י"כ מנהג של שטות הוא (=la coutume des Kaparot en veille de Yom Kippour est une coutume stupide/folle)

On en trouve l’image sur internet : http://blog.nli.org.il/wp-content/uploads/2017/09/Shulchan-aruch-605.png

Et encore ici : http://www.hebrewbooks.org/pdfpager.aspx?req=44403&st=&pgnum=259&hilite

La toute première édition du Shoul’han Aroukh ( du vivant de l’auteur ) (Venise 1564) portait aussi cette mention :
מנהג כפרות בי"כ מנהג של שטו' הוא

Ce texte apparaissait jusqu’aux éditions du Shoul’han Aroukh du XVIIIème siècle où cela a été supprimé -dans certaines éditions (mais pas toutes).

La première édition à censurer ces mots est celle d’ Amsterdam 1708 . Puis cette censure s’est répandue et d’autres éditeurs ont suivi l’exemple.

D'aucuns justifient cette suppression en arguant que ces mots ne seraient pas du Rav Karo lui-même. Il est intéressant de noter que ce sont essentiellement des Rabbanim italiens (voire de la ville de Modène!).

Le Rav Avraham Yossef Shlomo Graciani écrit dans ses annotations au S.A. (cité dans Yossef Be’hiri p.373 ) qu’il a entendu des sages de la génération et essentiellement de Rabbi Netanel Trabot de Modène (1576-1658) qui aurait « reçu de ses maîtres » l’information selon laquelle cette phrase ne serait pas de Rabbi Yossef Karo , mais serait l’ajout d’un de ses élèves (qui l’aidait à nommer les chapitres du Shoul’han Aroukh).

La même idée se retrouve encore dans le Shout Shemesh Tsedaka (I, §23) de Rabbi Shimshon Morpurgo (1681-1740) qui écrit avoir entendu dans sa jeunesse de Rabbi Shmouel Abouav qui aurait « reçu de ses maîtres » la même information : que ce titre du Siman parlant des Kaparot ne serait pas du Rav Yossef Karo mais de la personne qui a rédigé les titres de chaque Siman. (en voici un lien : http://www.hebrewbooks.org/pdfpager.aspx?req=1186&st=&pgnum=69
à noter qu’il indique le titre du Siman 602 du S.A. alors que c’est le Siman 605 . Il y a encore d’autres remarques, mais on ne peut pas s’étendre indéfiniment sur chaque chose, je m’écarte trop du sujet ! )

Rabbi Its’hak Halévy Valli de Modène écrit dans son Le’hem Panim (manuscrit) que ce n’est pas Rav Karo qui a écrit cela, mais que c’est un ajout personnel de l’imprimeur, il écrit même qu'il le tient du fils de l’imprimeur en question, le premier imprimeur du S.A.

Il indique aussi qu’en punition céleste, le fils de son fils (=le petit-fils de l’imprimeur qui a écrit que le Minhag des kaparot est un Minhag fou) était atteint de démence.
(L’imprimeur du premier S.A. s’appelait Méir bar Yaakov Prince ).

Ce manuscrit est cité dans Yossef Be’hiri (p.373) , il le nomme en fait Shoul’han Hapanim (au lieu de Le’hem Panim dont parlait le Yossef Be'hiri ) , dans sa propre note (n°15) il écrit pourtant Le’hem Hapanim mais en fait ce n’est pas encore exactement cela, mais : Le’hem Panim .
Le manuscrit a été vendu par Kedem, vous pouvez en voir la photo (où l’on peut lire notamment le titre de l’ouvrage) ici :
https://www.kedem-auctions.com/he/node/20959

Le point commun entre ces trois sources (à part Modène et l’Italie), que ce soit l’imprimeur, celui qui a nommé les chapitres, ou l’élève du Beit Yossef, c'est que dans tous les cas ce n’est pas écrit par le Rav Karo .

[il est à noter qu’ils défendent là le Minhag des kaparot, alors qu’un autre Rabbin de Modène et plus ou moins de la même époque, Rabbi Yehouda Arié de Modène (1571-1648) écrit dans son Riti (§VI, 2) que la coutume des kaparot est tombée en désuétude et a disparu en Italie… étrange...]

La différence qu’il y aura entre la position du Rav Trabot (l’ajout d’un élève qui l’aidait à nommer les chapitres) et celle du Rav Valli (que c’est un coup de l’imprimeur) d’un côté, et celle de Maharash Abouav (qu’il s’agît du préposé à la nomination des chapitres) de l’autre, c’est que selon ce dernier les autres titres de chapitres dans le Shoul’han Aroukh ne sont pas non plus du Rav Karo.

Selon Rav Valli , tous les titres sont de rav Karo,
selon Rav Trabot aussi, mais il peut y avoir certains qui seraient de l’élève indocile
et selon Rav Abouav , aucun des titres ne serait de rav Karo.

Pour d’autres auteurs, il est évident que les titres sont aussi du Rav Karo , voir le Shakh (H’’M §386, sk.4) qui considère que le titre d’un Siman est systématiquement du rav Karo .

Il est indiqué comme preuve par le Mipi Aharon (H’’M §IV, daf 24a) .
Rabbi Ra’hamim ‘Haï ‘Hwita Hacohen le cite à son tour dans son Shout Sim’hat Cohen (VI, §34) ainsi que dans son Zikhrei Kehouna (I, maarekhet Pé, §22).

Toutefois, attribuer les titres des Simanim du Shoul’han Aroukh au Rav Yossef Karo serait lui faire insulte, car de nombreux titres de Simanim dans le Shoul’han Aroukh sont très mal formulés et même erronés.

Voir Shearim Bahalakha (de R. Moshé Shlita, p.97) qui indique des preuves très convaincantes par des Simanim du S.A. où les titres ne sont pas à leur place ou qu’ils comportent des éléments non mentionnés dans le chapitre et on comprend qu’ils ont été tirés des titres des Simanim du Tour sans vérifier ce qui était écrit dans le Shoul’han Aroukh !


J’en reviens aux Kaparot :

Ce minhag est mentionné dans le Tour (O’’H §605) au nom des Tshouvot Hagueonim [cf. Shaarei Tshouva (§299), Lyck (§8) et ‘Hemda Gnouza (§93)].
Et le Beit Yossef (ad loc) indique qu’il est aussi mentionné dans le Mordekhai (début de Yoma §763) et le Rosh (Yoma VIII, §23) ainsi que dans le Tashbats (Katan §125).

[il y a aussi d’autres sources de Rishonim qui ne sont pas citées par le Beit Yossef, comme :

le Or Zaroua (II, §257),

le Shibolei Haléket (§283),

le Raavia (II, §547),

Rashi (Shabbat 81b d’’h Hay –kaparot avec du végétal),

le Sefer Hapardes (§185),

le Sefer Haoré (p.109),

le Ma’hzor Vitry (I, p.373),

le Tanya (§72),

le Méiri (‘Hibour Hatshouva p.398-9).


Ils sont (presque) tous cités dans Ye’havé Daat (II, §71) -à part le Ma’hzor Vitry, Rashi et le Sefer Haoré. ]

Mais le Beit Yossef ajoute que le Ramban y voyait un problème de Darkei Haémori et le Rashba aussi, ce dernier a même annulé ce minhag dans sa ville (Barcelone).
Cf. Shout Harashaba (§395) qui y voit un problème de Darkei Haémori , c’est pourquoi il a beaucoup insisté pour annuler ce Minhag dans sa ville et il se félicite d’avoir réussi
(ce qui est un véritable exploit pour un rav : être écouté en matière de minhaguim !)
(ses mots sont : ובחסד עליון נשמעו דברי )

Le Rashba ajoute qu’il a entendu de personnes dignes de confiance (il parle peut-être du Rosh ) que cette habitude a cours en Allemagne et que Rav Hay Gaon lui-même aurait validé ce Minhag, mais le Rashba a tout de même préféré l’annuler à Barcelone.

Le Shoul’han Aroukh se base donc sur le Ramban et le Rashba (et peut-être aussi sur le fait que le Rambam n’ait pas rapporté ce Minhag) et s’oppose au minhag des Kaparot (sur animal).

Les sfaradim n’ont toutefois pas suivi son opinion sur ce point, en donnant la préférence au Arizal (Shaar Hakavanot 100a) , comme souvent en ce qui concerne les Minhaguim qui touchent de près à la mystique, le Arizal devient alors grand favori.

Il y aura tout de même des Poskim qui indiquent de ne pas suivre le Arizal , mais bien le Shoul’han Aroukh et de se contenter de faire les Kaparot avec de l’argent (qu’on mettra à la Tsedaka) et pas avec un coq ni une poule.

Même chez les Sfaradim nous trouvons Rabbi Yossef Messas (Mayim ‘Hayim I, §254) qui souligne que le Ramban était un plus grand cabaliste que le Arizal et s’il y voyait un problème de Darkei Haémori , il convient de suivre le Ramban , le Rashba et le Beit Yossef , plutôt que le Arizal .

Le Rav Messas est aussi motivé par des raisons « supplémentaires » qui ne sont plus tellement d’actualité, il en énumère cinq :

1) la pénurie de Sho’hatim entraine un travail bâclé et donc des inquiétudes au niveau de la Kashrout [voir aussi ‘Hayei Adam (§144, 4), Aroukh Hashoul’han (O’’H §605, 5) ]

2) la kapara n’a de sens que si l’on offre les poulets aux pauvres, mais les gens les gardent pour eux.

3) de nos jours les poulets sont chers et comme tout le monde se presse d’en acheter avant Yom Kippour, les prix montent encore plus.

4) les Anciens savaient entretenir des Kavanot particulières directement liées à la kapara, ce qui n’est plus le cas.

5) lorsque Yom Kippour tombe lundi, il y a des gens qui achètent leurs poulets pendant shabbat (il les a vu !)

En dehors du quatrième point, on ne peut pas dire que ce soit toujours actuel. Il y a bien des gens qui font attention de ne pas acheter leur poulet le samedi (c’est même quasi impossible aujourd’hui à Paris), les prix ne varient pas vraiment en fonction du calendrier juif puisque nous vivons parmi les non-juifs, on ne manque pas (autant qu’eux) de Sho’hatim et nombreux sont ceux qui offrent leurs poulets aux pauvres.

De nos jours certains soulignent le problème de l’entassement des animaux et le Tsaar Baalei ‘Haim. Même si nous avons le droit de tuer un animal pour le manger, nous n’avons pas le droit de le faire souffrir vainement.

Voir encore Shout Divrei Mena’hem (Kasher) (IV, §18) qui estime que le Rav Karo qui a voulu annuler totalement le Minhag des kaparot (à la différence du Rashba qui s’est contenté de le faire dans sa ville seulement) a été bien inspiré, car de nombreux a’haronim ont écrit par la suite qu’il fallait l’annuler en raison de nouveaux problèmes qui se présentaient (-comme ceux cités par rav Messas ).

Mais l’élément essentiel reste le fait que le Ramban , le Rashba et le Shoul’han Aroukh s’opposent à ce Minhag.

Toutefois, Rabbi Shalom Messas , à la différence de Rabbi Yossef Messas , soutient ce Minhag (Shemesh Oumaguen I, O’’H §15).

Nous voyons donc que chez les Rabbanim marocains, il y a discussion.

Nous trouvons sous la plume de Rabbi Khalfon Moshé Hacohen (Beèr Moshé O’’H §605) qu’à Djerba, certains ont l’habitude de faire les Kaparot alors que d’autres non.

Le Or Letsion (IV, §8, 1) indique que le Minhag est de faire les Kaparot avec de la volaille.

Et je crois que c’est le Minhag majoritaire au Maghreb.

Chez les Yekkes, ce minhag n’a pas la cote.
Déjà au XVème siècle, les juifs en Alsace se moquaient du Minhag des Kaparot.
Nous trouvons un témoignage de Rabbi Yo’hanan Loria (décédé vers 1514) selon lequel « de nos jours, en Alsace, on n'a pas cette habitude et on se moque de ceux qui le font ». (Voir Tsfounot V, p.17 )

Chez les autres Ashkenazim, l’habitude était assez souvent de faire les kaparot (Dinim Vehanhagot du ‘Hazon Ish §20, 8) mais est devenue –de nos jours- plutôt de faire les kaparot avec de l’argent qui ira à la Tsedaka, sauf dans les milieux ‘Hassidiques où le minhag a été préservé, on fait les Kaparot avec des coqs et des poules, comme on peut le retrouver dans de nombreux livres des ‘hassidim.
(Dans le Sh. A. du Baal HaTanya §605 et dans de nombreux Sifrei minhaguim, mais je m’aperçois que je suis très long, donc je m’arrête-là -de surcroît sans me relire, par manque de temps, veuillez excuser les fautes.)


Dernière édition par Rav Binyamin Wattenberg le Lun 17 Septembre 2018, 12:57; édité 1 fois
nathangrandjean



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MessagePosté le: Dim 16 Septembre 2018, 16:13 Répondre en citantRevenir en haut

Mais en quoi est-ce darké haémori?
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Jeu 04 Octobre 2018, 17:39 Répondre en citantRevenir en haut

A Nathangrandjean
Je cite :
Citation:
Mais en quoi est-ce darké haémori?

Ceux qui parlent de Darkei Haémori pensent à certaines peuplades païennes qui se permettaient toutes sortes d’exactions en considérant qu’il leur était possible de « punir » un animal à leur place .

On pouvait donc se laisser aller à commettre tous les péchés du monde, puis prendre un animal que l’on égorgerait soigneusement après avoir bien veillé à le faire tournicoter au-dessus de sa tête (–indispensable pour qu’il absorbe convenablement les péchés du concerné).
Il ne restait plus qu’à retourner à ses péchés et recommencer ultérieurement…

L’étrange ressemblance avec la cérémonie des Kaparot a poussé ces auteurs à y voir un problème de Darkei Haémori.
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Jeu 04 Octobre 2018, 17:40 Répondre en citantRevenir en haut

J’ajoute à présent un message que m’a envoyé un lecteur de Techouvot, le Grand Rabbin Alexis Blum שליט"א , ses remarques sont toujours intéressantes et instructives:

Certains se moquaient sans doute des kaparot au 15ème siècle en Alsace.

Mais au 19ème siècle et dans la 1ère moitié du 20ème, le minhag était assez populaire dans les communautés rurales.
Voir le témoignage de Daniel Stauben (alias Charles-Auguste Widal) in « Scènes de la vie juive en Alsace » Paris 1860 qui écrit: dès la veille de kippour a lieu dans chaque ménage (de Wintzenheim) la cérémonie de la kapara ».

Alphonse Lévy (1843-1918), peintre fidèle de la vie juive en Alsace est l’auteur d’une carte de vœux de Roch hachana représentant kapora schlagen.
Voir liens ci-dessous:

http://judaisme.sdv.fr//perso/stauben/rosh/rosh.htm
http://www.jewishpress.com/sections/features/features-on-jewish-world/kapparot-a-wing-and-a-prayer/2018/09/14/


J’ajoute que dans Chaaré tefila,dans toutes les éditions de son livre de prières classique pour l’usage alsacien ,parues de son vivant, figure le rituel des kapparot,p.317.

J’observe que le G.R.E.Weill dans son CHOULHANE AROUKH ABRÉGÉ p.553 ne mentionne pas du tout les caparot mais n’oublie pas l’usage de se faire fustiger avant min’ha la veille de Kipour.
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