l'autre de Hervé Elie Bokobza - im arav domé lemala'h... Voir le sujet suivant
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ronydenyro



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MessagePosté le: Dim 26 Février 2012, 23:39 Répondre en citantRevenir en haut

message destiné à rav Wattenberg

bonjour rav, j'apprécie énormément votre ouverture d'esprit et votre érudition c'est donc pour cela que je m'adresse à vous. (je n'ai pas encore eu la chance de connaitre les autres rabbanim)

on m'a recommandé le livre de H.E. Bokobza quant au rapport entre juifs et goyime, or j'ai pu voir une de ses conférences sur akademe et je ne sais pas si cet auteur fait preuve du chimouch talmidé hahamim dont vous parliez au sujet de mendhelson, car il a l'aire quelque peu innovateur. je voudrais savoir si ça s'appelle du limoud a tora de le lire. et si non, y a-t-il une contre indication?

merci
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Ven 30 Mars 2012, 13:02 Répondre en citantRevenir en haut

Je ne connais pas cet auteur, je n’ai pas lu ses livres, je ne l’ai jamais rencontré, je n’ai pas vraiment de moyen de me faire une opinion.

Heureusement d’ailleurs, car il ne me plairait pas de m’ériger en juge condamnateur de mes semblables –si j’en avais une opinion négative.

Si vous le connaissez, il vous sera plus facile de vous faire une idée de son éventuel shimoush ; vous pouvez lui demander "où a-t-il étudié, à quoi il ressemble et à quel courant il appartient" .
Ce sont bien les questions que vous aviez demandé à mon sujet car il est pour votre part "inacceptable de recevoir un enseignement d’un autodidacte" , non ? cf. :
http://techouvot.com/qui_est_rav_wattenberg-vt13224.html?highlight=

Sinon, puisque vous le connaissez, posez-vous les questions suivantes :
A-t-il étudié la Thora ?
L’a-t-il fait avec un authentique Talmid ‘Ha’ham qui accomplissait toutes les mitsvot ?
Et lui-même, y a-t-il des mitsvot qui ne comptent pas à ses yeux ?
Se permet-il de transgresser la ala’ha en fonction de sa propre appréciation ?
Son but est-il de rapprocher les gens du service de D… ?

Je ne vous demande pas d’y répondre sur le site, seulement de vous poser ces questions et de vous faire une opinion de sa yirat shamayim.

Vous devinez que même en étant passé par la case shimoush, si les résultats sont qu’il manque de yirat shamayim –qu’il n’accomplit pas les mitsvot, il ne conviendra pas de prendre ses enseignements pour de la « transmission de la Thora ».

Généralement, il y a un moyen assez simple de s’orienter ; si l’enseignant en question excelle plutôt en critique des rabbins, c’est mauvais signe.

Pas qu’il n’y ait rien à critiquer de certains rabanim, mais si son enseignement est pétri de haine des rabanim, s’il trouve que c’est CE message qu’il doit faire passer avant tous les autres, généralement ça cloche.

Mais au lieu de vouloir le juger, jugez-vous vous-même en analysant si son enseignement vous rapproche de D… ou non, ou même s’il vous en éloigne.

S’il vous en rapproche, c’est comme de l’étude de Thora.
S’il vous en éloigne, éloignez-vous en.

Voyez le Talmud dans ‘Haguiga (15b) et Moed Katan (17a) (et Yalkout Shimoni sur Mala’hi §589 ): "si le rav (l’enseignant) ressemble à un ange, recherche la Thora de sa bouche. S’il ne ressemble pas à un ange, ne recherche pas la Thora de sa bouche".

Il ne faudra pas prendre cet enseignement ad litteram, sans quoi on se condamnerait à ne jamais trouver d’enseignant de Thora.
Rares sont ceux qui pourraient prétendre au titre.
Nous trouvons que le Talmud a daigné l’accorder avec beaucoup de parcimonie à Rabbi Yehouda Bar Ilay (Shabbat 25b) (et Tana Debei Eliahou Zouta §XVI ) et le Midrash (Dvarim Raba §XI, 10 et Yalkout Shimoni Dvarim §940) à Moshé Rabeinou et ( Yalkout Shimoni (Bereshit §161) ) à Rabbi Matia ben ‘Harash , on trouve aussi dans le Talmud (Nedarim 20) que tous les ‘ha’hamim sont comparés à des anges, ainsi que le Cohen Gadol selon le Yalkout Shimoni (Bereshit §XXXIV) ou encore tous les juifs à Yom Kippour (Yalkout Shimoni Vayikra §578).

Disons que les anges ne courent pas les rues.

Mais même si le Méiri (‘Haguiga 15b) semble limiter l’impact de ce conseil (si le rav ne ressemble pas à un ange, ne recherche pas la Thora de sa bouche… ) à un enseignant qui serait ‘kofer beémouna’ (voir encore Tana Debei Eliahou Zouta (fin de §XXII) sur un des élèves de Rabbi Akiva ), et que le Rambam (Talmud Thora §IV, 1) indique simplement de ne pas apprendre la Thora d’un Rav qui ne se comporte pas bien, j’aurais tendance à me rapprocher du texte qui ne s’est pas contenté de dire « si l’enseignant est kofer, ne recherche pas sa Thora » mais a parlé de comparaison à un ange.

Il ne faudra donc pas oublier cette idée; si le rav ressemble à un ange au moins sur un point, recherche sa Thora, s’il ne ressemble en rien à un ange, ne recherche pas sa Thora.

Les Rishonim expliqueront de différentes manières ce conseil (yirat ‘het, naé doresh venaé mekayem,…) et certains A’haronim aussi s’en contenteront.

Le Or A’haim Akadosh (dvarim §XII, 24) par exemple dira que le rav doit observer/respecter la Thora.

Nous trouvons différentes riches explications de cette comparaison à un Mala’h (ange) chez les a’haronim qui se sont demandé comment pouvait on en attendre autant d’un être humain.

(étonnement de la majorité des commentateurs, même si le Kli Yakar (shemot §XXV, 17) semble prendre le texte à la lettre –ou presque- en l’expliquant que le Rav doit être propre de péchés comme un bébé d’un an !)

Il est vrai que nous surnommons certains rabanim « l’ange », comme Rabbi Avraham Amala’h et Amala’h rabbi Rephael Berdugo , mais comme il n’y en a pas à chaque génération, nous compromettons nos chances d’en avoir pour les générations suivantes s’il n’y avait personne pour faire passer la Thora jusque-là.

Le ‘Hatam Sofer (je ne sais plus où) interprète le vocable Mala’h comme Shalia’h, « envoyé » ; si le rav se comporte dans son enseignement comme missionné par D… pour enseigner Sa Thora et non par intérêt personnel (auquel cas il serait son propre Shalia’h et non celui de D…), alors recherche sa Thora.

Si l’intention du Rav est leshem shamayim, recherche sa thora sinon, non.

Comment savoir si son intention est pure ?
Le ‘Hatam Sofer semble avoir un moyen infaillible de s’en assurer : si ce Rav n’est pas totalement écouté de tous, que des personnes (de sa kehila) s’opposent à certaines de ses décisions, s'il est critiqué (généralement par un groupe bien précis de personnes), c’est qu’il opère leshem shamayim !!!

La même idée (mala’h= shalia’h) se retrouve au travers des mots de Rabbi Tsadok Acohen de Lublin dans son Ressissei Layla (§34).

Le Rav Horowitz auteur du Aflaa dans son Panim Yafot (Vayéra §XVIII, 2 et voir aussi Aazinou §XXXII, 47 et ki tissa §XXXIII, 20 ) et dans la préface de son sefer Amikna (Akdama §43) (-oui, ça se lit sefer Amikna et non sefer Amakné selon l’habitude dans les yeshivot) explique que ressembler à un mala’h fait allusion à la différence entre l’homme et l’ange au niveau de la progression spirituelle.

Chez l’ange ça stagne.
Ainsi un rav qui sait se mettre au niveau de ses élèves et leur expliquer le texte selon leur compréhension sera un rav vers lequel il faut accourir pour apprendre la Thora.
Mais un Rav qui refuse de « stagner » momentanément –lorsqu’il enseigne- car il veut apprendre tout en enseignant, ne recherche pas sa Thora car il ne saura pas la mettre à ton niveau (cependant, voir le Deguel Ma’hné Ephraïm (Yitro §XVIII, 23) qui utilisera cette idée différemment).

Ce qui veut dire que le rav se doit de préparer son cours avant de le donner, réfléchir à comment présenter les choses, dans quel ordre et de quelle manière, afin de permettre aux élèves de bien saisir son intention.

Je pense –personnellement- que ceci ne concerne que l’enseignement de la Thora, je veux dire l’étude ala’hique du Talmud et des décisionnaires, mais il est probable qu’en matière de Moussar/’hassidout il soit préférable de laisser une place à l’improvisation, de telle sorte que les messages puissent mieux passer.

D’ailleurs nous trouvons un Rabbi ‘Hassidique qui semble vouloir dire la même chose précisément en expliquant le conseil du Talmud (si la rav ressemble à un ange etc…) ; dans le Divrei Ye’hezkel (parshat Matot) il explique que les anges ne savent pas à l’avance quelle sera leur mission, même leur nom changera en fonction de la mission, ainsi un Rabbi qui doit dire une « thora » (enseignement ‘hassidique) à ses ‘hassidim devra laisser libre cours à son inspiration sur place et ne rien préparer à l’avance.

Nous trouvons énormément d’autres explications sur ce texte dans les sifrei ‘hassidout.
En citer un échantillon prendrait trop de temps.

Je conseillerais néanmoins la lecture du Divrei Yoel dans parshat ‘Hayei Sarah et dans Parshat Emor et du Yisma’h Moshe dans parshat Toldot (69a) .

Ailleurs , le Panim Yafot (Vaet’hanan §VI, 5) expliquera plus simplement qu’un mala’h ne fait pas son travail dans l’espoir d’être récompensé mais parce qu’il pense que c’est ce qu’il doit faire pour la gloire de D…, ainsi un Rav qui enseigne dans cette optique sera un rav qu’il faudra rechercher pour apprendre de lui la Thora.

Rabbi Yaacov Emden dans son Shéilat Yaabets (I, §5) semble expliquer qu’un rav qui ressemble à un mala’h ne cherchera pas à avoir raison s’il pense qu’il a tort, il reconnaitra –même à son élève- qu’il se range à son avis.

Le Rav Klein dans son Shout Mishné Ala’hot (V, §188,6) dans une réponse sur l’exagération et l’amplification des titres honorifiques dans le monde de la Thora de nos jours, explique que la recommandation d’étudier chez un Rav qui ressemble à un ange concerne l’élève et non directement le Rav ; si l’élève voit et respecte son Rav comme un mala’h, alors il pourra apprendre de lui la Thora.
Mais si le respect qu’il voue à son Rav est limité, il ne pourra pas apprendre (convenablement) la Thora de ce Rav.

Il se répètera dans d’autres tomes de son Mishné Ala’hot (XII, §481), (VI, §30) et (VIII, §225) -où il s’agît d’une lettre (datée de 1977) envoyée au Steipler qu’il qualifie lui-même de Rav Adomé Lemala’h .

(Cependant, voir ce qu’il écrira dans les tomes XI, §115 et XIII, §159 ) (voir encore dans tome XII fin de §124 où ressembler à un mala’h est étudier avec un petit.)

Le Rabbi de Tsanz dans son Shout Divrei Tatsiv (yoré déa fin de §139) explique que ressembler à un mala’h c’est ne pas être au courant de ce qui se passe ici-bas, et continuer à trancher la ala’ha comme l’ont fait nos ancêtres depuis matan thora…

Si cette explication est –selon moi- à remettre dans son contexte historique, elle n’est pas à négliger totalement même aujourd’hui.

Il est en tout cas clair selon tout le monde que la yirat shamayim et l’accomplissement des mitsvot est une condition indispensable pour enseigner la Thora.
A plus forte raison le sera-t-elle pour l’enseignement de la Kabbale qui a une fâcheuse tendance à être enseignée par des personnes qui ne respectent pas toutes les mitsvot.

Il est clair que les dégâts d’un enseignant non yeré shamayim risquent d’être multipliés si le sujet étudié est un sujet kabbalistique.

C’est ce que souligne le Rav Ovadia Yossef dans son Ye’havé Daat (IV, §47).
kamonia



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MessagePosté le: Ven 30 Mars 2012, 14:28 Répondre en citantRevenir en haut

Sans vouloir m'immiscer dans la conversation, j'ai trouvé une mini-biographie de Hervé élie Bokobza sur ce site : http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?auteur44

Hervé élie Bokobza est né en 1967 à Boulogne-Billancourt. Après une formation supérieure talmudique et rabbinique en France, aux Etats-Unis et en Israël, il a publié quatre ouvrages en hébreu consacrés au Talmud et aux Sages d’Israël − ouvrages salués par les plus hautes autorités religieuses juives. Membre actif de l’association CIEUX (Comité interreligieux pour une éthique universelle et contre la xénophobie), il est enseignant et conférencier à Paris auprès de la CJL (Communauté juive libérale), du MJLF ( Mouvement juif libéral de France), et du CCP (Centre communautaire de Paris). Vient de publier ISRAËL-PALESTINE la paix à la lumière de la Torah

Sa contribution au mouvement libéral ne me rassure pas...
ronydenyro



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MessagePosté le: Sam 31 Mars 2012, 19:41 Répondre en citantRevenir en haut

Merci bcp.
En fait j'ai ouïe dire que ce Hervé Élie était de likoud c'est pour cette raison que je me suis tourné vers vous.

En attendant, votre réponse est très claire et très précise (comme d'habitude d'ailleurs) mais une question semble alors pointer du nez: comment rabbi Meir à t il apprit de aher?

______________________________
Message envoyé via AlloRav sur iPhone.
Vayaane



Messages: 21

MessagePosté le: Dim 01 Avril 2012, 9:04 Répondre en citantRevenir en haut

Réponse magistrale du Rav Wattenberg, Bravo. Yrbou Kamotkha Bé Israël.
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Dim 01 Avril 2012, 13:06 Répondre en citantRevenir en haut

J'ai ouvert mon ordinateur pour compléter mon précédent message d'une référence qui y manquait, mais je vois qu'il y a eu des réactions entre temps.
J'ai aussi vu qu'il y a encore et toujours beaucoup de messages et remarques sur ce que j'ai écrit (dans d'autres sujets) et je n'ai malheureusement pas encore la possibilité de répondre à tout le monde, mais ne désespérez pas, je compte le faire SDV dès que possible.

A Ronydenyro et Vayaane :
Merci pour les compliments.

A Kamonia :

Merci pour le lien.
Mais je laisse à chacun le soin de penser ce qu’il pense.

S’il contribue ou non au mouvement libéral ne me regarde pas, je ne trouve pas d’intérêt à le juger.
Si vous craignez que ses liens avec les libéraux fasse de lui un auteur que vous préfériez éviter, hé bien évitez-le.
Mais je ne voudrais pas que ce site devienne une centrale d’analyse critique du niveau spirituel des auteurs contemporains.

Encore une fois, je ne le connais pas, je ne peux pas me prononcer.
Et par-dessus tout, je n’en vois pas l’intérêt si de toute façon vous ne le lisez pas.

Il est possible que cette personne soit yeré shamayim, il faut le respecter pour cela.
S’il s’agissait de lire son livre et de prendre pour argent comptant ce qui s’y trouve, vous avez raison de remarquer son lien avec les libéraux, c’est souvent porteur de signification.

J’ai récemment eu l’occasion de lire un article ala’hique produit par les libéraux, le raisonnement se tenait parfaitement, mais les données de base étaient légèrement erronées.
Résultat, la conclusion ala’hique allait à l’encontre des coutumes de nos ancêtres à cause d’une donnée erronée à la base.
J’avoue avoir été choqué de constater avec quelle légèreté certains sujets y étaient abordés, après avoir asséné ses vérités, l’auteur prouvait la pertinence de son opinion en partant d’une base qu’il inventait plus ou moins, sans s’être soucié d’en discuter avec un rabbin traditionnel pour voir ce qu’il en dirait.

Je ne juge pas pour autant tous les libéraux car je sais que ces étiquettes renferment des multitudes de perceptions différentes de la Thora et je sais que chez les orthodoxes nous pouvons aussi trouver certains énergumènes qui construisent un raisonnement sur la base de données inventées.

Je note néanmoins avec intérêt que chez les orthodoxes nous trouvons ce genre d’énergumènes que ce soit pour tendre à la koula ou à la ‘houmra.

Ce qui ne me semble pas être le cas chez les libéraux.
Ce qui laisse supposer que certains de leurs raisonnements ne sont que des moyens d’arriver à une situation plus plaisante, mais pas nécessairement d’arriver à la volonté de D… et au tikoun amidot.

C’est tout de même assez insolite; par quel miracle tous ces groupes (j’inclus ici avec les libéraux les massortis les réformés etc… même s’ils sont fort différents) n’aboutissent qu’à des décisions plus permissives que ce que leurs ancêtres respectaient de la ala’ha ?

En principe, en décidant qu’il est nécessaire de revoir la ala’ha, on aurait dû obtenir des changements ala’hiques des deux catégories, vers la koula et vers la ‘houmra.
Or je ne connais pas beaucoup de (leurs) changements ala’hiques vers la ‘houmra.
Etrange, non ?
Il y en a peut-être un ou deux, mais disons que l’écrasante majorité est une koula systématique.

Pourtant on pourrait très bien réformer la thora vers la ‘houmra en décidant d’interdire tout ce qui pourrait paraître laxiste dans nos coutumes.

Interdire par exemple la vente du ‘hamets, le Erouv, la ceinture de clé de shabbat et autres sujets souvent mal compris du public qui laissent un arrière-goût au plus honnêtes (des mal renseignés) comme si on était en train d’arnaquer le bon D…

Je ne vous cache pas qu’il existe des rabbins orthodoxes qui aimeraient réformer ces points, le Rav Its’hak Brand anciennement d’Aix-les-bains (frère du Rav Brand de Sarcelles) a précisément écrit des pamphlets sur ces trois points (et pas seulement sur ces points!), avec sa magistrale bekiout il voulait les interdire.

Il y a encore beaucoup de choses que l’on pourrait « réformer » vers la ‘houmra dans la ala’ha, et certains rabbins orthodoxes en parlent, mais bizarrement ce ne sont que les orthodoxes qui s’en soucient.

Mais je suis peut-être mal informé, je n’ai jamais rien lu de correct (-à mes yeux) dans les écrits de réformés , massortis et autres groupes qui se distinguent du « judaïsme classique ».
Appellation que je préfère à « judaïsme orthodoxe », car ce dernier n’a été inventé qu’en réponse aux autres, et pour s’affranchir de ces autres, l’orthodoxie est aussi passée par des changements par rapport au judaïsme « classique ».

J’entends par judaïsme classique ce qui était pratiqué par nos ancêtres depuis bien longtemps jusqu’aux XVII°-XVIII° siècles.

Bien sûr il y a eu depuis Matan Thora des additions de gzeirot, lois miderabanan, minhaguim, etc… mais tous dans un esprit de continuité de la Thora reçue.
Pas dans l’esprit d’une réforme.

Bon mais je suis en train de dévier totalement du sujet (comme d’habitude vous me direz).

En fait je voulais juste indiquer une référence qui m’échappait du ‘Hatam Sofer que je citais dans mon précédent message.

Durant shabbat je l’ai recherchée et j’ai trouvé dans le Ktav Sofer Al Athora (p.190 en bas) au nom de son père le ‘Hatam Sofer ainsi que dans mes notes au nom du ‘Hatam sofer dans les Drashot ‘Hatam Sofer (daf 151) , ce que disait son Rav le Baal Aaflaa , le Rav Horowitz que je citais aussi.
C’est-à-dire que le mala’h stagne, ainsi le bon rav est celui qui est prêt à stagner (et ne pas chercher à étudier et progresser lui-même) en enseignant à ses élèves.

Mais ce que j’avais écrit au nom du ‘Hatam Sofer (mala’h = shalia’h), je ne l’ai pas encore trouvé.
Il est possible que ce soit aussi dans le Drashot ‘Hatam Sofer (p.151) , mais je n’ai pas ce livre pour vérifier.

Par contre cette idée (mala’h = shalia’h) se retrouve ailleurs bien entendu.
Déjà le Radak (Mala’hi II, 7) y voit une source dans le Targum Yonathan (ad loc) .

J’en profite pour ajouter une nouvelle idée ;

Dans Baba Batra (164b) il est dit au sujet de trois péchés que personne (aucun « adam ») n’arrive à les éviter totalement tous les jours (irour aveira, iyoun tfila et avak lashon ara).

Le Maarsha demande que s’il en est ainsi, qu’il est impossible d’éviter ces trois péchés, à quoi bon les compter comme des péchés ?

Et répond que seuls ceux appelés « adam » n’arrivent pas à s’en défaire. Mais il existe des gens que l’on nomme [domé le]Mala’h (–ange) et eux évitent/peuvent éviter ces fautes.

C’est-à-dire que l’homme –s’il le souhaite- peut « ressembler à un ange » et parvenir à mettre son centre d’intérêt dans l’accomplissement de la volonté de D… en se détachant du matériel et tenter par-là de ressembler à un ange.
Ainsi il pourra éviter ces trois fautes.

La même idée se retrouve dans le Shaarei Aavoda de Rabeinou Yona (§35) et dans le Messilat Yesharim (début de §26) .

(Voir encore Kouzari (IV, §3) et Sefer Aïkarim (II, §28) , du mélange des deux il ressortirait qu’un rav qui ne recherche que la volonté de D… peut parler en Son nom comme le fait un ange…)

Autre chose ;
on pourrait expliquer notre maamar (si la rav ressemble etc…) avec ce que dit le Midrash Shir Ashirim Rabba (VIII, 11) qui semble justifier l’appellation mala’hei asharet pour des « ‘haveirim » car ce sont des personnes « sans rancune, ni haine, ni jalousie, ni rivalité, ni hérésie, ni discorde ».
Un rav affranchi de tout cela serait un rav à rechercher pour apprendre sa thora.

(Ce que le Midrash dit « ein ‘haveirim éla mala’hei asharet » ne doit pas paraitre contradictoire avec le Talmud (Baba Batra 75a) qui dit « ein ‘haveirim éla talmidei ‘ha’hamim » car le Talmud (Nedarim 20b) dit aussi « man mala’hei asharet ? Rabanan . » donc la boucle est fermée.)


Une autre idée ,
celle du Rav Yaakov Its’hak Ruderman

[info intéressante : ce rav pensait, jusqu’à ses treize ans, être prénommé Its’hak Yaakov.
Lorsqu’il arriva à la Yeshiva de Slabodka, le Rav Yaakov Kamenetsky (membre de sa famille) lui apprit que le nom qui lui avait été donné le jour de son Brith était Yaakov Its’hak et non l’inverse.
Depuis il adopta cet ordre, selon l’indication de rav Kamenetsky .
Cité par le fils de Rav Yaakov Kamenetsky, rav Nathan , dans son merveilleux Making of a Godol (improved edition, p.117).

Je note au passage que rien ne s’oppose à placer un nom avant l’autre sans tenir compte de la chronologie des tsadikim qui les portaient.
Pas qu’il y ait une raison de penser que ce soit problématique, mais quelqu’un m’a dit que Rav Chajkin s’y était une fois opposé et avait imposé au père sur place, au moment du brith, de changer l’ordre des prénoms choisis.
Le fait est que de nombreux exemples prouvent le contraire de l’idée du rav Chajkin et cette anecdote reste pour moi un mystère.]

J’en reviens à l’idée du Rav Ruderman (dont j’évite habilement de mentionner le prénom, on ne sait jamais où ça pourrait nous mener…).
Partant de la gmara dans Meguila (3b), Erouvin (63b) et Sanhedrin (44b) qui explique que l’ange était venu pour reprocher à Yeoshoua (cf. Yeoshoua VIII, 9-13 ) le manque d’étude de Thora (et non les sacrifices), le Rav Ruderman explique que lorsque les ‘ha’hamim parlent d’un Rav qui ressemble à l’ange, c’est de cet ange qu’il s’agît ;
si le rav reproche aux élèves leur –éventuel- manque de révision/étude, recherche la Thora de sa bouche.
Mais s’il ne réprimande jamais ses élèves et ne les encourage pas à la révision, ne recherche pas la Thora de sa bouche.

On peut amener un sma’h à cette idée à partir de Rabeinou Yona dans Shaarei Tshouva (II, §11) qui cite le verset de Divrei Ayamim (II, §36, 16) pour dire que les mo’hi’him (ceux qui font des réprimandes –selon la ala’ha) sont appelés Mala’him (des anges).

J’ai pensé à d’autres idées encore durant shabbat, mais ça devient long.

Je suis sûr que l’essentiel est compris, donc on peut s’arrêter làpour passer à la question de Ronydenyro que je cite :
Citation:
comment rabbi Meir à t il apprit de aher?


C’est une très bonne question, la preuve, elle est posée par le Talmud (‘Haguiga 15b) !

Ce dernier répond que Rabbi Méir , sachant faire le tri entre la thora de son maître et ses nouvelles idées, était comme quelqu’un qui a trouvé une grenade, en a mangé l’intérieur et rejeté l’écorce.

Il est vivement discuté aux niveau des commentateurs si ce texte signifie que chacun peut se permettre de juger de la situation par lui-même et tenter de prendre le bon du mauvais, ou si c’est seulement le grand rabbi Méir , réputé pour son intelligence (cf. Erouvin 13b ) qui pouvait se le permettre.

Selon cette seconde vision des choses, seuls ceux qui pourraient éventuellement ressembler à Rabbi Méir par la clarté de leurs idées seraient « autorisés » à s’aventurer dans une situation semblable à celle de rabbi Méir

Voyez le Le’hem Mishné sur Rambam (talmud thora IV, 1) et le Sha’h (y’’d §246, 8) qui optent plutôt pour interdire systématiquement de nos jours.

Voir encore le ‘Hida dans Birkei Yossef (y’’d §243, 3) et dans Peta’h Enayim (Avot IV, 1) .

Mais plusieurs a’haronim ne sont pas d’accord et il me semble que même parmi les rishonim nous en trouvons, comme le Rabeinou Be’hayé (Ba’hya) [sur Avot (IV, 1) de mémoire, je ne suis pas certain].
joël



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MessagePosté le: Lun 02 Avril 2012, 19:32 Répondre en citantRevenir en haut

Bonsoir,
J'ai lu le livre de Hervé Elie Bokobza "Israel-Palestine" La paix à la lumière de la Torah.

Au début du livre, dans un chapitre intitulé "Pourquoi ce livre?" il écrit (page 18) :
"En outre, bien que non-pratiquant, je pense que la lecture des textes religieux liés aux problèmes de la vie aiderait le monde laïque à mieux tenir compte des différentes composantes de la société dans un esprit inclusif et fraternel"

Ceci étant dit, les références rapportées dans cet ouvrage sont dignes de quelqu'un qui a du passer du temps à étudier. Est-ce que ça fait de lui un Yerei Shamaïm ... ?

Bien à vous.
Hannah31



Messages: 4

MessagePosté le: Mar 17 Avril 2012, 8:57 Répondre en citantRevenir en haut

Je connais un peu l'auteur et je peux vous certifier qu'il a étudié dans une yéchiva et avec des maîtres tout à fait orthodoxes, il a même côtoyé le Rabbi de son vivant et publié des ouvrages en hébreu. C'est vrai qu'il a pris ses distances avec ce milieu et qu'il est à présent très prisé chez les libéraux et c'est vrai qu'il ne se cache pas de ne pas être un pratiquant exemplaire mais au moins il a l'honnêteté de le reconnaître.

Je suis moi-même en train de lire ce livre et je peux vous certifier qu'il est fort intéressant, bien construit, bien argumenté, avec des citations toujours très précises sur les sources les plus classiques qu'il tente de réhabiliter même lorsqu'elles posent problème au lecteur moderne. Les annexes sont également un petit chef d'oeuvre et permettent de replacer la pensée de certains auteurs dans leur contexte historique.

En conclusion, je conseillerais bien évidemment de le lire, parce que justement ce livre tente de concilier les auteurs les plus classiques du judaïsme avec une vision ouverte et humaniste de la main tendue vers "l'autre".
Hannah31



Messages: 4

MessagePosté le: Mar 17 Avril 2012, 10:46 Répondre en citantRevenir en haut

et pour compléter ma réponse et apporter des preuves de ce que j'avance voici les livres qu'il a écrits lors de sa période orthodoxe

בוקובזה, אליהו; מנחם משיב נפשי; תשנז …; צרפת;
בוקובזה, אליהו ב"ר שלום; הוגה בתורה; תשנה; פאריס;
בוקובזה, אליהו ב"ר שלום; יד אליהו; תשנ; פאריס;

vous les trouverez sur le catalogue de la bibliothèque des Loubavitch de New York
http://chabadlibrary.org/catalog/index.php?catalog=hcatalog

et voici l'extrait d'un de ces ouvrages en ligne
http://www.otzar.org/wotzar/Book.aspx?141348

c'est quelqu'un de sérieux, on ne peut pas en douter.
Rav Binyamin Wattenberg




Messages: 3528

MessagePosté le: Mar 24 Avril 2012, 21:47 Répondre en citantRevenir en haut

Je sais que beaucoup attendent que je leur réponde, je suis navré de cette attente, mais soyez assuré de ma bonne volonté.

A Joel :
Citation:
les références rapportées dans cet ouvrage sont dignes de quelqu'un qui a du passer du temps à étudier. Est-ce que ça fait de lui un Yerei Shamaïm ... ?

Non, bien évidemment.
On ne peut en aucun cas qualifier un non pratiquant de yeré shamayim !

D… dit de ne pas allumer de feu le samedi et un non pratiquant dira « je ne pratique pas la religion, donc j’allume le feu le samedi », peut-on dire qu’il craint le ciel ?
Il est même difficile de dire uniquement qu’il respecte D…, mais le craindre c’est exclu.

A Hannah31 :
Merci de votre témoignage, mais vous ne semblez pas avoir saisi la question initiale de Ronydenyro .

Le fait que cet auteur soit brillant et sérieux n’est pas la question.
Il s’agît de sa yirat shamayim.
En d’autres termes Ronydenyro voulait savoir si cet auteur est pratiquant.
Même si la question portait sur son éventuel Shimoush Talmidei ‘ha’hamim, vous pourrez lire plus haut que l’enjeu est en fait sa yirat shamyim comme l’a bien compris Joel.

Il ne suffit pas d’avoir appris chez des maîtres yeré shamayim et tsadikim pour assurer que l’élève le soit aussi, mais on suppose que s’il continue plus ou moins dans la voie de ses maîtres c’est qu’il doit l’être.

Mais si notre protagoniste n’est plus pratiquant, il est clair qu’il ne rentre pas dans ce qui s’appelle Yeré shamayim et il y a donc lieu de « craindre » une tendance particulière sous-jacente dans son enseignement.

Il est évident que l’étudiant qui cherche à se rapprocher de D… par la pratique des mitsvot ne doit pas espérer trouver des encouragements à cela dans les écrits d’une personne qui n’arrive même pas à s’en encourager elle-même.

Vous pensez bien que le fait d’avoir écrit trois livres durant sa « période orthodoxe » comme vous dites, n’est pas à même de faire le poids contre son abandon de la pratique religieuse pour ce qui concerne la recherche de Ronydenyro.

Elisha Ben Avouya aussi avait étudié chez des maîtres prestigieux et a eu une « période orthodoxe », pourtant c’est bien de lui que le Talmud dit qu’il ne faut pas apprendre sa Thora (tant qu’on n’est pas comme Rabbi Méir ) car sa déviance de la pratique peut se retrouver en filigrane dans ses écrits et le lecteur non averti pourrait y trouver une source de découragement à la pratique des mitsvot.

Pas qu’il soit impossible de lire un livre de politique ou autre sans dévier de la pratique religieuse, mais il convient de savoir que l’auteur n’est pas pratiquant et donc ne pas prendre ce qu’il dit pour argent comptant au niveau Thora.

Le fait qu’il ait eu sa période orthodoxe pèse précisément en sa défaveur.

On peut imaginer qu’un auteur qui n’a jamais connu la Thora n’a pas les moyens de s’en faire une idée intelligente et serait donc comme condamné à se faire une opinion en fonction des rabbins qu’il a connu.
Si ces derniers ne sont pas de son style, s’ils ne sont pas corrects, s’il ne les comprend pas, inéluctablement il rejettera toute la pratique, car qui est assez intelligent et surtout assez honnête intellectuellement pour braver cette embuche malgré le côté (qui paraît) contraignant des conclusions auxquelles il risque d’aboutir ?

Encore une fois, je déplore que ce post devienne tout doucement un tribunal d’inquisition, je ne veux pas m’ériger en juge des auteurs contemporains.

Je ne sais pas pourquoi cet auteur a abandonné la pratique religieuse et le mouvement Loubavitsh auquel il appartenait vraisemblablement, ni s’il arrive à penser qu’il croit malgré tout en D… et qu’il Le respecte.

Je ne cherche pas à le savoir non plus, je peux juste dire que si quelqu’un veut lire son livre, qu’il ne le prenne pas pour un écrit rabbinique, mais pour un écrit d’un érudit.
Comme les livres de Guershom Scholem et ses disciples ou Heinrich Graetz (qui lui aussi a étudié la Thora dans sa jeunesse) et toutes sortes d’érudits juifs qui ne respectaient pas les préceptes de D…

Certains s’abstiennent de les lire, d’autres les lisent en sachant comment considérer l’auteur…

Je pense que ceux qui posent des questions sur Techouvot.com doivent faire partie de cette deuxième catégorie de personnes qui ne restreignent pas leurs lectures à la Bible et au Talmud .
raphaeljudas



Messages: 9

MessagePosté le: Mar 20 Janvier 2015, 3:27 Répondre en citantRevenir en haut

Après avoir interagi à qq reprises avec la personne citée, je suis convaincu que la dite personne n'a plus beaucoup de yiriat shamayim, que son étude est entâchée et déformée par un parti-pris systématique contre les tenants de la tradition et le monde des Yeshivot et que donc finalement il est très dangereux de lire, de discuter ou de parler à cette personne pour celui ou celle qui n'a pas le bagage suffisant pour détecter à quel point ses propos déforment les divrei Torah qu'elle prétend interpréter.

J'en ai eu la preuve notamment en essayant de lui démontrer dans les mots le total contre-sens qu'elle faisait dans le shemona prakim qui pour servir ses intérêts idéologiques faisait dire au Rambam précisement le contraire de son propos. Je lui souhaite sincèrement car il en a les ressources de revenir à une disposition de coeur qui lui apporte plus de sérénité, en s'éloignant de la avoda zara contemporaine (féminisme, mariage pour tous, et tutti quanti).
mortdesidees



Messages: 80

MessagePosté le: Dim 18 Février 2018, 18:23 Répondre en citantRevenir en haut

Je tombe sur ce post et la longue digression sur le Rav ressemblant à un ange. Je suis surpris que vous ne citiez pas le Shaarei Yosher (intro). En tout cas c'est comme ça que je l'entends, moi. Après à chacun de voir si il a suffisamment d'esprit critique. Mais vous semblez ne pas voir de problèmes à lire du Graetz, http://www.techouvot.com/image-vt14890.html ,donc ... (oui, je sais, vous allez dire, l'Histoire, c'est moins "embrouillant" qu'un livre de Tora et il faut avoir le niveau de R. Méir. Mais R.S.S ne semble pas dire qu'il s'agit d'un "niveau exceptionnel", il a l'air de dire que c'est comme ça qu'il faut prendre son livre...).
Rav Binyamin Wattenberg




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MessagePosté le: Mer 07 Mars 2018, 17:16 Répondre en citantRevenir en haut

A Raphaeljudas :

Je prends note de votre témoignage à l’encontre de cet auteur.

Un autre internaute dévoile des choses bien plus compromettantes à son sujet, mais son message n’a pas été publié.

Ce qu’il en ressort, c’est qu’on ne peut imaginer pire profil lorsqu’on s’inquiète du parcours spirituel d’un auteur avant de le lire.

Voyez encore ce que je m'apprête à répondre à Mortdesidees -dont je découvre le message car un ami m'a demandé -aujourd'hui- de lui envoyer le lien vers ma réponse concernant le choix d'un Rav.
Rav Binyamin Wattenberg




Messages: 3528

MessagePosté le: Mer 07 Mars 2018, 17:16 Répondre en citantRevenir en haut

A Mortdesidees :


Je cite:
Citation:
Je tombe sur ce post et la longue digression sur le Rav ressemblant à un ange. Je suis surpris que vous ne citiez pas le Shaarei Yosher (intro). En tout cas c'est comme ça que je l'entends, moi. Après à chacun de voir si il a suffisamment d'esprit critique. Mais vous semblez ne pas voir de problèmes à lire du Graetz, http://www.techouvot.com/image-vt14890.html ,donc ... (oui, je sais, vous allez dire, l'Histoire, c'est moins "embrouillant" qu'un livre de Tora et il faut avoir le niveau de R. Méir. Mais R.S.S ne semble pas dire qu'il s'agit d'un "niveau exceptionnel", il a l'air de dire que c'est comme ça qu'il faut prendre son livre...).


En effet, la lecture d’un livre d’histoire est moins « dangereuse » que celle d’un livre de Hashkafa, forcément.

Et si, d’aventure, Graetz venait à insérer une Hashkafa, celui qui connait le niveau de Yirat Shamayim de notre historien aura vite fait de ne pas s’en imprégner.
On peut discuter de la capacité de chacun à faire le tri et de la perméabilité du cerveau, mais il est évident que lire un livre de Hashkafa d’une personne qui aurait été pratiquante et par la suite se serait écartée de la tradition tout en voulant toujours donner des leçons de Hashkafa… c’est autre chose.

Quant à la préface du Shaarei Yosher de R. Shimon Schkop , il y écrit (en page 3 de la Hakdama) que le danger vient lorsqu’on veut absorber le Torah « de la bouche » du Rav, c-à-d sans s’ingénier dans un esprit critique contre chacune de ses assertions.
Mais qu’en étant critique, on peut lire un livre « à risque ».

Je ne vois pas ce que vous souhaitiez que j’ajoute à ce que j’avais écrit, je me cite :
je peux juste dire que si quelqu’un veut lire son livre, qu’il ne le prenne pas pour un écrit rabbinique, mais pour un écrit d’un érudit.
Comme les livres de Guershom Scholem et ses disciples ou Heinrich Graetz (qui lui aussi a étudié la Thora dans sa jeunesse) et toutes sortes d’érudits juifs qui ne respectaient pas les préceptes de D…
Certains s’abstiennent de les lire, d’autres les lisent en sachant comment considérer l’auteur…


La différence que je fais entre un livre d’histoire et un livre de Hashkafa, c’est que dans ce dernier cas, la majorité des lecteurs se présente en mode « absorption directe de la bouche –ou de la plume- de l’auteur ».
Il faut aussi comprendre que dans un tel livre, il risque forcément d’y avoir des éléments révisés en fonction des Hashkafot de l’auteur.

La question a été posée il y a bientôt six ans, entre temps je suis tombé sur le livre concerné; « L’Autre ».

Je l’ai lu.

Plus de 450 pages.

Mais des petites pages et bien aérées.

Et je peux donc à présent répondre en connaissance de cause : il y a en effet dans ce livre -en dehors de nombreuses fautes d’orthographe et de frappe, des erreurs Halakhico-Hashkafiques .

Pour les fautes d’orthographe et de conjugaison, voyez par exemple les pages : 53, 176, 177, 192, 206, 217, 285, 304, 319, 430, 438, 444, 451 … et j’en passe. Il faudrait le relire pour retrouver toutes les fautes, mais je n'en vois pas trop l'intérêt, contentons-nous de ces quelques exemples.

Pour les fautes de frappe, il y en a aussi beaucoup.

Et enfin, pour les fautes tout court, les erreurs de compréhension, d’appréciation, il y en a aussi malheureusement, c’est là le plus embêtant.

En établir une liste exhaustive me semble un travail de longue haleine (surtout que j'ai lu ce livre il y a maintenant quelques années, ce n'est plus tout frais) , car il faut expliquer en quoi le lecteur peut se tromper, ce n’est pas toujours explicable en trois lignes.

Je vais donc me contenter de donner une dizaine de petits exemples faciles d’accès :

En page 74 : « Selon Joseph Albo (1380-1444), la relation entre les lois de la Torah et la raison est telle que rien n’interdit qu’un jour des changements puissent y être apportés ».
Le lecteur qui n’a pas lu le texte original peut facilement comprendre qu’il est question d’apporter des changements à la Halakha.
Porte ouverte à la Réforme.
En fait, il y a un gros détail à ne pas oublier : Le Rav Albo parle de D.ieu !
Il dit que D.ieu pourrait changer des Halakhot, mais pas chacun en fonction de ses envies, ni même des rabbins inspirés.
Ça change tout.


C’est une idée que l’on retrouvera en filigrane tout au long de ce livre, l’auteur pense qu’il faut réformer les Mitsvot ou les abolir, comme ce qu’il écrit en page 282 où le terme « abolir » n’est pas à sa place selon moi, il parle des lois discriminatoires envers les Akoum, les goyim barbares de l’époque, et -expliquant qu’il ne convient plus de les appliquer, il utilise le terme d’abolition, alors qu’en fait, si elles ne sont pas praticables aujourd’hui, c’est parce qu’elles n’ont JAMAIS concerné les Goyim qui savent se comporter en êtres humains.
Les lois ne sont donc pas abolies, mais elles ne concernent que les Goyim assassins et barbares, fréquents à l’époque.


Idem en page 381 et page 383 où l’on rencontre encore ce thème des Mitsvot qui ne sont plus adaptées à notre génération… la nécessité d’adapter la pratique religieuse « à la vision d’aujourd’hui ».


En page 99 , l’auteur écrit que le concept de la rédemption messianique est « une croyance qui n’est certainement plus fondamentale de nos jours ».
Autrement dit, il n’est plus fondamental de croire en la rédemption messianique de nos jours.
Pour un ancien ‘Habad, il en a fait du chemin !

(et je passe sur sa vision du messianisme qui suit en page 100 …)

Disons d'emblée que selon les principes de foi de Maïmonide , celui qui ne croit pas en la rédemption messianique est un Apikoros.


En page 118 , l’auteur semble dire que les récits bibliques ne correspondent pas forcément à une vérité historique.
Il s’appuie en cela sur un Midrash cité par Na’hmanide
En fait ce Midrash n’est rien d’autre que le fameux « Maassei Avot Siman Labanim », cela n’indique pas du tout qu’il n’y ait point de vérité historique dans l’histoire des Patriarches.
Mais le lecteur non averti prendra pour argent comptant ce que l’auteur lui dit au nom de Na’hmanide ou du Midrash .


C’est une des attitudes de cet auteur ; citer des textes et des références qui ne correspondent pas du tout à ce qu’il veut leur faire dire.
Celui qui n’a pas lu le texte ou ne l’a pas compris parfaitement, fera naturellement confiance à l’auteur alors qu’en réalité, cela n’a absolument aucun rapport, seuls quelques mots sont en commun, mais rien de l’idée.

Par exemple en page 153 nous lisons ceci : « Le concept même de liberté exige de s’affranchir d’un monde régi par la loi du plus fort (Talmud, Baba Batra 34,b) ».
Ceux qui ont eu l’occasion d’étudier à la yeshiva se souviendront de cette Souguia « Hahou Arva »,où il est question d’un bateau sur lequel personne n’est « mou’hzak » et deux individus se battent, chacun affirmant que le bateau lui appartient.

La loi est que tant qu’aucun des deux ne peut prouver sa propriété, le seul moyen de ne pas avoir à la prouver, c’est d’investir le bateau.
Ainsi, va débuter une course à la nage entre les deux belligérants pour rejoindre le navire le premier, seul avantage que l’un pourrait avoir sur l’autre.

On y dit donc que « Kol Dealim Gavar », ce qui pourrait par se traduire par « le plus fort gagnera ». (Voyez le Rosh ad loc qui mentionne différentes compréhensions de cette règle, il ne s’agît pas forcément de force physique, ni de nager, on peut l’expliquer « le plus fort en preuves gagnera ».)

Quoi qu’il en soit, ce texte ne dit ABSOLUMENT pas ce que l’auteur lui fait dire.


En page 176 , il y a une erreur de compréhension dans un texte de Gmara cité, mais ça ne porte pas directement à conséquence, ça indique seulement le niveau de connaissance/maîtrise Talmudique de l’auteur…


En pages 356-357 , l’auteur écrit qu’étant donné que la loi interdit le port de tout signe ostensible d’appartenance religieuse dans l’espace public (-Ah bon ? je ne connais pas cette loi. C’est celle que Mme Le Pen souhaite faire passer, mais on n’y est pas encore) , « même si cette loi entraîne nécessairement une indisposition quant à la stricte pratique religieuse, il conviendra néanmoins de s’y adapter ».

Bon, là encore, c’est très long si on souhaite détailler toutes les erreurs que commet l’auteur dans ces phrases, mais bornons-nous à souligner qu’il a encore eu l’occasion de prouver qu’il n’attache que peu d’importance aux Mitsvot et c’est ce qui le pousse à commettre des erreurs conséquentes que le lecteur naïf ou mal éveillé pourrait croire : Même si notre auteur avait raison au niveau de son raisonnement (ce qui n’est pas le cas) , il aurait de toute façon tort dans ses conclusions !
En effet, il dit que puisque la loi interdit la kipa dans la rue, il faut donc marcher sans kipa dans la rue.

Mais en dehors des nombreuses erreurs que comporte cette assertion, rien n’empêche de porter une casquette !
Pour ne pas y avoir pensé, il faut vraiment avoir un certain dégoût des Mitsvot et souhaiter s’en débarrasser.

Je ne connais pas cet auteur et ne l'ai jamais rencontré, mais il y a fort à parier qu'il ne porte pas la kipa, même si Mme Le Pen le lui autorisait.
Je veux dire qu'il marche probablement dans la rue sans rien sur la tête, alors qu'aucune loi (même à ses yeux) ne lui interdit le port de la casquette et qu'il reconnait que c'est une entorse à la pratique religieuse.

[Notez bien que mon propos n'est pas de lui reprocher sa transgression de la Halakha, ni de porter un jugement sur sa personne (ce n'est ni mon rôle ni mon intention) , mais de dénoncer les incohérences de son livre, rendues possibles par un vraisemblable dégoût des Mitsvot -ce qui correspond aux témoignages des internautes le connaissant.]


En pages 360-361 , l’auteur affirme qu’en vertu de la règle Dina Demalkhouta Dina , il est interdit de se soustraire à ses obligations militaires même si cela devra entraîner des transgressions du shabbat et la consommation d'aliments "non-kasher".
Il indique comme source le Mishna Broura , le Rav Hoffmann et d’autres.

En vérifiant, on s’aperçoit qu’il n’est question de transgresser la Halakha qu’en cas de danger de mort (le Mishna Broura parle d’un cas où les ennemis du pays attaquent et il faut se défendre. Le Rav Hoffmann parle d’un danger de stigmatisation des juifs qui feraient tout pour échapper au service militaire et cela risquerait d’entraîner –si ce n’est des condamnations, des pogroms).

Il est vrai que certains Rabanim de l’école allemande, attachaient une très grande importance au service militaire, mais ce n’est pas la Halakha retenue.

C’est une longue souguia, je ne m’y attarde pas puisque le service militaire a été aboli en France depuis des années maintenant.


En pages 370-371 , il écrit que les lois de la Torah sont toujours fixées « selon la majorité »… « c’est bien la conscience de l’homme que D.ieu attend », il en déduit qu’« il s’agît pour l’homme de composer avec sa propre conscience réellement affranchie de toute autorité, même religieuse »…

Voici donc son raisonnement en 3 étapes:
1) La Torah a dit de suivre la majorité
2) donc c’est que c’est la conscience de l’homme qui compte
3) donc à chacun de décider comment et quelle mitsva accomplir.

C’est donc par un malhabile ou malhonnête truchement que l’auteur [qui sait très bien que la majorité dont parle la Torah est celle des Dayanim , des juges et pas de tout imbécile qui se présenterait] passe de la notion du Rov (majorité) à la décision de chacun en son âme et conscience quant aux Mitsvot…

On peut se moquer du monde, mais il devrait y avoir des limites quand même !


Bref, j’en passe encore plusieurs, le but étant de montrer que des sources sont parfois dévoyées et qu’il n’est pas évident pour tout lecteur de faire le tri.

Si un auteur déverse sa haine des Mitsvot, le lire ne risque pas vraiment de nuire, sauf si le lecteur est bien jeune ou bête.
Mais dans le cas qui nous occupe ici, l’auteur indique des textes et leur fait dire des choses qu’ils ne disent pas, le lecteur non-averti a bien plus de chances de s’y égarer.

Il n’est pas question ici « d’accuser » cet auteur ni de lui reprocher d’avoir eu des intentions malhonnêtes, car il est possible que tout ceci soit bel et bien le fruit d’erreurs de sa part, je veux dire des erreurs involontaires, par ignorance, par mécompréhension, par manque de clairvoyance, de connaissance et/ou de jugeote et aussi certainement par manque d’intérêt pour les Mistvot.

Mon propos se résume à répondre à la question de départ, concernant la lecture de ce livre, en disant qu’il s’agît effectivement de ce type d’ouvrages où la lecture représente le plus de pièges/danger, car l’auteur peut paraître -aux yeux des novices- comme un érudit en Torah qui cite des textes de la tradition pour certifier et confirmer ses vues, mais en connaissant les sources, on constate que les preuves n’en sont pas, que les textes cités ne disent pas du tout dit ce qu’il leur fait dire et que de manière générale, l’auteur a tendance à écarter le lecteur du respect de la Halakha.

C’est un peu normal si –comme l’ont confirmé quelques internautes le connaissant, cet homme a abandonné la pratique religieuse.
C’est bien qu’il n’est pas convaincu de la pertinence des Mitsvot.

L’ambiguïté qu’il y a dans ce cas, c’est qu’il cite les sources classiques et traditionnelles pour (parfois) leur faire dire ce qu’elles ne disent pas.


En conclusion , même si ce livre comporte aussi de véritables informations, cette lecture n’est pas conseillée, si ce n’est pour des rabbins souhaitant en débusquer les erreurs et embûches.

Si vous n’avez pas assez de connaissances générales en Torah pour être à même de remarquer lorsqu’une source est interprétée à mauvais escient ou de manière erronée, laissez ce livre de côté.
A moins que vous ne souhaitiez adhérer aux vues quelque peu révisionnistes de l’auteur et/ou à son écart de la pratique religieuse…

Je ne prends pas le temps de me relire, désolé. (ça laissera la possibilité aux faibles d'esprit de pouvoir venger " L'Autre " en me reprochant mes propres fautes) :)
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